« J’affronte enfin le danger ! », s’exclame Alice Daul dès la première page de ce bel album proposé par Etienne Gendrin. Les souvenirs de cette jeune femme – qui a réellement existé – ont servi de base à cette bande dessinée sur la Résistance en Alsace pendant la Seconde Guerre mondiale. Le dessinateur connaît l’histoire de première main, puisque l’héroïne n’est autre que la grand-mère de son épouse.

Une filière organisée par des jeunes filles : impensable !

Alice rentre à Strasbourg à la fin de l’année 1940 après sa démobilisation comme infirmière de l’armée. Elle y retrouve sa famille, dans une Alsace annexée à la Großdeutschland. Avec cinq autres jeunes femmes, elle organise deux années durant le passage vers la France de prisonniers échappés (surnommés « Freddy ») et de jeunes gens voulant échapper au Reichsarbeitsdient. Ce groupe, qui s’est baptisé « les pur-sangs », est profondément marqué par le scoutisme et le christianisme, ce qui transparaît dans certaines vignettes de l’album. « Le guidisme nous avait appris à être attentive à notre environnement, à ne pas vivre en vase clos » expliquera ensuite Alice au sujet de son engagement dans la résistance.

Le tournant de l’année 1942

Le réseau est repéré au printemps 1942, ses membres emprisonnés puis envoyés en Allemagne. Certains sont condamnés à mort, dont l’une des jeunes filles. Les autres, considérées comme complices, sont condamnées à de peines de prison allant de huit à quinze ans. Selon Alice, « les Allemands avaient du mal à concevoir qu’une telle filière ait pu être organisée par des jeunes filles ». Les condamnations à mort sont finalement suspendues et tout le groupe peut rentrer en Alsace au printemps 1945. Alice les a devancées, elle s’est échappée dès la fin de l’année 1944.

Entre bande dessinée et aquarelle

L’illustration est soignée, les vignettes ressemblent à de petites aquarelles. Elles varient d’ailleurs en taille et en couleur, selon les épisodes relatés : grands cadres pour les paysages – notamment Strasbourg déserte et pavoisée aux couleurs de l’Allemagne nazie – ou au contraire, petites vignettes carrées rappelant les cellules pour évoquer l’incarcération des jeunes femmes.

Le découpage en grandes parties et des cartes dessinées en début de chapitre facilitent la lecture et permettent de mieux situer les évènements de part et d’autre de la frontière alsacienne.

La calligraphie est également utilisée par l’auteur pour souligner le fossé entre Alsaciens et occupants allemands (les dialogues de ces derniers sont écrits en gothique, Alice devient « Alicia »). « J’ai l’impression que je ne comprend plus l’allemand“ s’étonne Alice à son retour à Strasbourg en 1940, devant un discours martial des autorités allemandes.

A la fin de l’album, quelques photos d’époque, un récapitulatif de l’histoire du réseau et une bibliographie succincte font clairement apparaitre l’histoire vraie derrière la bande dessinée.

Ce livre est adapté à des collégiens dès la troisième ainsi qu’à des lycéens.