Présentation de l’éditeur. « Dans le cadre d’un stage, Théodore Atem intègre une équipe de chercheurs basée en Suède qui travaille sur la communication des arbres entre eux et avec nous. Ce groupe de travail dirigé par le professeur Frawley et son assistante Moon, tente de démontrer que les arbres détiennent les secrets de la Terre à travers leur ADN, leur codex. C’est en recoupant ces génomes avec la mort mystérieuse de promeneurs en forêt espagnole, le comportement inhabituel des animaux sauvages et la présence de champignons toxiques que le professeur comprendra, hélas trop tard, que ces événements sonnent l’alerte d’un drame planétaire ? ».

Pas de personnages à la Titeuf ; pas d’effets comiques. Le dessin est sobre, et rien ne vient distraire le lecteur, y compris les couleurs qui, vignette par vignette, ou planche par planche, restent dans la même tonalité. Zep nous donne un album qui ne cherche pas à divertir, mais qui laisse à réfléchir, notamment sur l’oxymore de l’expression « développement durable ».
L’intrigue repose sur une conception qui semble absurde, puisqu’elle attribue aux arbres une capacité à agir sur leur environnement. Cette hypothèse ne sort pas de la seule imagination de Zep. Un film est récemment sorti sur un thème assez proche : L’Intelligence des arbres Julia Dordel et Guido Tölke, L’Intelligence des arbres. Comment les arbres prennent soin et communiquent les uns les autres, distribué par Jupiter Films, 2017. On y comprend qu’ils ne se résument pas à leur partie aérienne, mais que leur système racinaire les met en contact les uns avec les autres, et qu’ainsi des informations sont échangées. Le film repose sur le livre de l’ingénieur forestier Peter Wohlleben, La Vie secrète des arbresPeter Wohlleben, La Vie secrète des arbres. Ce qu’ils ressentent. Comment ils communiquent, Les Arènes, 2017., et fait intervenir Suzanne Simard, professeur d’écologie forestière à l’université de Colombie britannique (Canada).

Zep reprend cette idée pour concevoir sa bande dessinée. Un scientifique cherche à comprendre comment les arbres portent l’histoire du monde depuis sa création, en tenant les hommes soigneusement à l’écart. Son hypothèse de travail la fait rejeter par ses pairs. Mais la mort d’hommes, le changement dans l’attitude des animaux qui semblent ne plus les voir comme s’ils n’existaient déjà plus, met son stagiaire en alerte. Au-delà des arbres, c’est la nature (à l’exclusion des hommes) qui se fait auto-régularisatrice. On comprend qu’il est temps d’en finir avec le mythe de la surpuissance de l’homme, qu’il est temps qu’il comprenne qu’il n’est qu’une espèce parmi les autres. Le titre, The End, emprunte directement à l’une des chansons les plus connues et les plus sombres des Doors, qui fait partie d’un albumThe Doors, 1967. que le professeur Frawley écoute sans cesse, comme une prémonition qu’il ne devine pas.

« The end of laughter and soft lies
The end of nights we tried to die ».


Frédéric Stévenot, pour Les Clionautes