Voici la nouvelle livraison du magazine Topo chroniqué régulièrement sur notre site à présent. On retrouve avec plaisir les rubriques habituelles et on continue à suivre la bande dessinée « Le meilleur des mondes possibles ». La revue maintient son intérêt pour expliquer le monde actuel en proposant par exemple quelques pages d’une bande dessinée, « Haytham », consacrée à la Syrie.

Au royaume du flirt interdit

La rubrique « Témoignage » qui ouvre comme d’habitude le magazine s’intéresse à l’Arabie Saoudite et est intitulée « Au royaume du flirt interdit ». A travers l’itinéraire d’Hassan, un chauffeur et de l’histoire vraie de Mariam, on découvre la réalité des relations filles-garçons dans ce pays. Cependant, tout le monde n’est pas traité de la même façon et il faut souligner la différence qui existe selon la catégorie sociale. Les princes Saoud sont à part, comme si les règles ne s’appliquaient pas à eux.
Le reportage montre de façon très concrète les techniques de drague pour déjouer la surveillance de la muttawa, c’est-à-dire la police religieuse. Le reportage évoque aussi de façon rapide quelques réalités de la vie quotidienne, comme le fait qu’il n’ y a pas d’impôt. Finalement, seule la prière rassemble toute la population à quelques moments de la journée. Le témoignage se focalise ensuite vers le cas de Mariam qui a essayé de se défendre en utilisant les nouvelles technologies et notamment tweeter. Il faut savoir aussi que même les plus conservateurs utilisent aujourd’hui ce moyen de communication. C’est donc un reportage assez édifiant sur la condition des jeunes et des femmes en Arabie Saoudite.

Deux portraits

Dans ce nouveau numéro, deux portraits avec Antoine Griezmann d’un côté et Julian Assange de l’autre. Autant dire que peu de chose les rapprochent a priori si ce n’est une surface médiatique importante. Ce qui est particulièrement à souligner c’est que le portrait de Julian Assange ne verse pas dans l’hagiographie et pointe quelques zones d’ombre du personnage. Certains dénoncent sa proximité avec Vladimir Poutine ou insistent sur le côté mégalomane du personnage. Du côté de Griezmann, on apprendra que, comme d’autres footballeurs, il se doit en quelque sorte d’avoir une marque de fabrique, un signe reconnaissable. Ceci explique ce curieux geste qu’il fait comme s’il avait deux téléphones dans la main. Si vous ne le savez pas, vous pourrez désormais briller en expliquant qu’il fait ici référence à une chanson du rappeur Drake.

La France peut-elle se passer du nucléaire ?

Le reportage pose d’abord quelques points fondamentaux pour aborder cette question : la France avec 58 réacteurs est le seul pays au monde qui compte autant sur l’énergie atomique. L’histoire est construite autour d’une alternance entre points positifs et négatifs de cette situation. La question est contextualisée aussi au niveau international en montrant par exemple que les Suisses viennent de voter l’abandon futur du nucléaire tandis que la Corée du Sud s’est engagée à ne plus construire de nouveau réacteur nucléaire. Le reportage évite tout simplisme en concluant qu’il n’y a pas «  de solution idéale ».

Du côté des rubriques : vegan, domotique et boys band

On trouve également dans ce numéro un arrêt sur mot autour du phénomène « vegan ». Les racines pourraient remonter à l’Antiquité grecque. Zineb Dryef et Donatien Mary insistent sur le rôle qu’ont pu jouer les vidéos de l’association L 214 dans le développement du phénomène. Deux doubles pages sont consacrées à la maison de 2040 en montrant à quoi elle pourrait ressembler : brosse à dents qui permet de jouer aux jeux vidéos, réfrigérateur sous alerte sms pour ne jamais manquer d’un produit ou encore miroir virtuel dans la penderie pour voir à quoi on ressemble avant de sortir. Toujours dans le domaine des technologies, « Les maitres du jeu » expliquent ce que sont les gutchs. La rubrique musique décrypte le phénomène des boys band à travers plusieurs exemples. « Sans cliché » présente une photographie de Gordon Parks qui témoigna dans les années 50 de la discrimination dont étaient victimes les noirs Américains aux Etats-Unis. Je signale un petit coup de coeur personnel pour la rubrique «  Ce que n’est pas » à travers cette fois ci le cas du docteur ! Du côté de la science, vous apprendrez ce qu’il faut savoir si le voyage vers Mars vous tente.

Culture littéraire

« Les classiques de Patrique » abordent Virginia Woolf et son ouvrage « Orlando » paru en 1928. Delphine Panique présente d’abord l’auteur, longtemps marquée par une profonde dépression. Elle rappelle qu’elle fut connue et reconnue de son vivant, aussi bien par le public que par la critique. Vous pourrez maintenant résumer l’histoire de ce livre pas banal puisqu’une nuit, en dormant, le héros change de sexe.

Histoire sans paroles

Le grand reportage raconte le quotidien de deux enfants, Erwann, qui est sourd, et Anna, qui est malentendante. Ils sont scolarisés au collège André Malraux à côté de Toulouse. Comme à chaque fois, le reportage permet d’apprendre : il y a actuellement 10 000 enfants sourds scolarisés dans notre pays. Il explique aussi la querelle entre oralistes et signants et le long chemin vers une certaine reconnaissance puisque le droit au bilinguisme, c’est-à-dire l’utilisation de la langue des signes, n’est reconnu que depuis 1991. Il faut attendre 2005 pour que l’enseignement de la langue des signes soit inscrit dans le code de l’Education. Le reportage témoigne de façon très sensible du quotidien d’Erwann et Anna et on mesure mieux l’importance du regard. Solenn Sugier et Alexandra Kha posent également la question de l’identité.

La revue Topo continue d’offrir un regard acéré sur le monde et n’oublie pas non plus de nous faire regarder autour de nous avec notamment ici son grand reportage. Elle manie l’eclectisme en abordant dans le même numéro Griezmann, le flirt en Arabie Saoudite, la vie sur Mars ou Virginia Woolf, bref de quoi se cultiver intelligemment.
Pour se faire une idée plus précise de la revue, quelques pages sont feuilletables ici.

© Jean-Pierre Costille pour les Clionautes