« J’ai toujours cultivé l’illusion de capter une part de l’âme de l’ancienne Égypte dans mes photos, de la faire voyager et de la préserver pour toujours »

Note de l’éditeur sur Sandro Vannini

Sandro Vannini a débuté sa carrière de photographe en 1982. Il se partage aujourd’hui entre l’Italie et l’Égypte, où il travaille depuis 1997. Grâce à l’autorisation spéciale qu’il a obtenue pour accéder aux sites interdits au public, il a pu constituer des archives visuelles considérables sur la culture de l’Égypte antique. Il a notamment inventé des procédés qui ont rendu possible l’utilisation de la photographie numérique de pointe malgré les températures extrêmes de la vallée des Rois. Les clichés de Vannini servent, parmi d’autres, à aider le Musée égyptien du Caire à restaurer les pièces historiques détruites. Depuis 2016, il produit et réalise des émissions de télévision et des séries documentaires en collaboration avec Zahi Hawass. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages.

Cet ouvrage marque le centenaire des premières excavations menées par Howard Carter dans la vallée des Rois. Il accompagne une série d’expositions internationales. L’exposition «King Tut : Treasures of the Golden Pharaon» a débuté sa tournée mondiale au California Science Center en mars 2018. Cet été l’exposition « L’or des pharaons » sous le commissariat de Christiane Ziegler au Grimaldi  Forum Monaco a réuni 150 objets venant du musée archéologique du Caire. Une exposition aura lieu à Paris à la grande halle de la Villette en 2019.

Toute la splendeur des œuvres égyptiennes se révèle grâce aux photographies de Sandro Vannini qui présentent de somptueuses images en très haute résolution pour « éclairer » le voyage que tout pharaon aurait entrepris après sa mort. Les légendes sont élaborées par des spécialistes comme Mohamed Megahed. Les avant-propos ont été rédigés par neuf égyptologues réputés, parmi lesquels Salima Ikram,  David P. Silverman et Francecso Tiradritti qui a publié Peintures murales égyptiennes dans la collection Citadelle et Mazenod.

Il faut bien le dire, ce livre de grande taille (25 x 34 cm) est magnifique. Les reproductions des photos de Sandro Vannini sont sublimées par la qualité d’impression et le choix d’illustrer l’ouvrage avec des détails d’objets d’une grande finesse restituant des couleurs chatoyantes d’une intensité saisissante. Ces photos révèlent la beauté sublime de ces objets et elles dévoilent des prises de vue des plus sophistiquées.

Ce « compagnon officiel de l’expo » se compose de sept chapitres qui narrent le voyage dans l’au-delà d’un jeune pharaon, Toutankhamon (L’image vivante du dieu Amon) d’après les croyances égyptiennes. Chaque chapitre est rédigé par un archéologue différent ce qui entraîne quelques répétitions. Sont associées à ce récit des œuvres multiples, des objets mais aussi des peintures ou des éléments d’architectures qui datent de toute la période de l’ancienne Égypte. Les légendes sont reportées en fin de chapitre pour laisser toute la page à l’image, des vignettes rappelant les photos pour une plus grande lisibilité.

« Le photographe a été transformé de plus en plus rapidement en quelque chose d’autre, un nouveau type de spécialiste que moi-même ne comprend pas vraiment. »

L’introduction nous rappelle la fascination occidentale pour l’Égypte à partir du XVIIIe siècle et le début des photographies dans ce pays qui reflètent ce goût pour un Orient idéalisé et fascinant. En 1839, Horace Vernet, peintre et lithographe, part en Égypte avec le daguerréotypiste Frédéric Goupil-Fesquet pour mettre à profit la nouvelle technique et photographier les antiquités égyptiennes. De suite, la photographie est associée à l’Égyptologie. Les premiers ateliers de photographie ouvrent leurs portes au Caire et à Alexandrie dans les années 1860.

S’en suit le récit des spécialités de Flinders Petrie, le photographe archéologue et Howard Carter, le dessinateur, pionniers de l’Égyptologie par l’utilisation des méthodes scientifiques. La rencontre avec le riche anglais, Lord Carnavon stimule leur recherche du tombeau de Toutankhamon, pharaon de la XVIIIe dynastie du Nouvel Empire, considéré comme perdu. L’extraordinaire découverte a lieu le 4 novembre 1922, 5300 objets dans la tombe KV62 de la vallée des rois, pratiquement inviolée. (Les 64 autres tombeaux connus aujourd’hui ont tous été pillés.) Ayant sollicité le Metropolitan museum de New-York, Howard Carter est assisté de Harry Burton, photographe d’art à Louxor qui pose de nouveaux critères photographiques en alliant le regard d’un archéologue et l’œil d’un artiste. A partir de 1923, les objets sont exposés au nouveau musée du Caire ce qui les éloigne de leur destination initiale confirmant l’importance des clichés d’origine.

Toutes les œuvres trouvées devaient servir au pharaon dans l’au-delà. Ce trésor funéraire peut être divisé en trois groupes : ceux du roi de son vivant (armes, char), des objets particuliers utiles pour l’au-delà (sarcophages, vases canopes) et des objets fabriqués spécialement pour son métier de roi là-bas (armes rituelles, cartouches d’apparat). La finesse du travail artisanal et la beauté des fresques murales témoignent du raffinement de la fin de la période amarnienne et de la XVIIIe dynastie.

Si depuis les années 60, de nombreuses expositions exacerbent le goût du public mondial pour ce trésor exceptionnel, seulement quelques objets sont montrés. L’exposition itinérante de 2008, «Tutankhamun-His Tomb and his treasure » a généré pour la première fois plus de mille répliques élaborées par des artisans originaux. Une reconstitution a été possible grâce aux photos d’Harry Burton et celles de Sandro Vannini qui utilise la technologie numérique la plus moderne ainsi qu’une méthode d’éclairage sophistiquée pour restituer les couleurs d’origine.

Le centenaire de la découverte du tombeau, en 2022, ne pourra pas être célébré avec tous les objets vus par les photographes car lors du pillage du musée égyptien en janvier 2011, certaines d’œuvres ont été endommagées et d’autres ont été dispersées.

Mort et momification

Les Égyptiens se préparent à la mort car ils pensent qu’elle constitue un passage vers la vie éternelle. Tous les éléments de l’identité personnelle (le bâ, l’akh…) jouent un rôle dans l’existence éternelle. Permettant de préserver l’intégrité du corps préalablement momifié, le tombeau aide le mort à voyager sans risque dans l’au-delà. Les tombes des rois et des élites présentent des prières, les dieux protecteurs mis en scène ou des scènes idéales de la vie quotidienne. Elles sont censées s’animer dans un monde parallèle auquel le défunt pourrait participer et profiter. Les prêtres et la famille accompagnent le défunt dans sa dernière demeure. Après le rituel de l’ouverture de la bouche, l’âme peut suivre Anubis et subir le jugement de Maât. Si la balance est à l’équilibre, le défunt entrera dans le royaume du soleil perpétuel.

Rituels et offrandes

Les rituels sont dédiés à Rê, le dieu créateur et aux multiples divinités. Il est suivi de la présentation des offrandes dans un temple ou une chapelle funéraire. Fils de Rê, le pharaon est dépositaire de ces rituels mais ce sont les prêtres qui les effectuent à sa place. Le pouvoir royal d’essence divine du pharaon est célébré lors de son couronnement puis aussi lors de la fête Sed qui marque le renouvellement de sa force. Pharaon est cependant responsable des offrandes à la déesse Maât et à son père Rê. L’objet de ces multitudes offrandes est de prier les dieux pour qu’ils aident le pharaon mais aussi tout Égyptien à accéder au monde divin. Ceci constitue la base des croyances égyptiennes pendant 3 000 ans. L’âme ou le bâ sort du corps momifié tel un oiseau pour rejoindre l’éternité après l’ouverture de la bouche. On trouve page 88 l’explication de ce voyage sur les murs du tombeau de Toutankhamon.

Les funérailles

Au Nouvel Empire, les funérailles des élites sont plus complexes qu’aux époques précédentes. Elles sont l’occasion de cortèges, d’incantations, de danses et d’arrêts tout au long du chemin menant au tombeau selon des rituels précis en fonction de l’importance du mort. L’équipement funéraire comprend des cercueils, des sarcophages, les quatre vases canopes pour les viscères, des amulettes, des offrandes alimentaires, des textes mortuaires et des statues. Des porteurs transportent des paniers et des boites contenant toute sorte d’articles. Le sacrifice d’un veau et la présentation d’un cuisseau de veau complètent la scène. Le sarcophage  peut alors être mis dans le tombeau accompagné d’un groupe de neuf amis au son des tambours, de libations et d’encens. Une statue du défunt est enterrée. Puis des rites protecteurs comme des sacrifices d’animaux sont accomplis. Le but des funérailles et de ces rituels sont la purification, l’habillage et l’alimentation du défunt pour sa résurrection vers une vie éternelle réussie en fusion avec une forme d’Osiris.

Osiris et le jugement

Les premiers textes funéraires n’apparaissent qu’à la fin de la Ve dynastie (vers 2345 av.JC) avec le roi Ounas, les Textes des pyramides contiennent des incantations vers de nombreuses divinités. On assimile le Pharaon à Osiris lorsqu’il passe en jugement, étape nécessaire de son voyage dans l’au-delà. Vers la XVIIIe dynastie, le Livre pour sortir au jour ou le Livre des morts des anciens Égyptiens rassemblent plus de 200 incantations. Ces dernières se retrouvent sur les parois ou sur les différents objets. Il semble qu’à l’époque de Toutankhamon, le papyrus soit moins utilisé chez les puissants que précédemment.

Le ciel des anciens Égyptiens

Jusqu’à une époque récente, l’Égypte a organisé son existence autour de la course du soleil d’est en ouest. Des textes ont été écrits sur le thème du ciel, les Textes des pyramides pour l’Ancien Empire et les Textes des sarcophages pour le Moyen Empire alors que le Nouvel Empire relie des écrits différents qui traitent de l’importance du ciel. Pour les anciens, le ciel est bleu, car il est vu comme une immense étendue d’eau. Il est aussi plat que la Terre sur laquelle la vie se déroule. Les quatre cardinaux sont les points d’ancrage sur le sol matérialisés par des piliers, représentés comme Nout et Geb. Le paradis se situe au ciel divisé en  « Champs des offrandes » au nord et en « Champs des roseaux » au sud, où on trouve le repos et la vie éternelle. Les étoiles sont censées voguer sur l’eau dans des barques. Rê migre dans le corps de Nout le soir, combat les forces du mal pendant la nuit pour renaître le matin. Après la période amarnienne, apparaît un texte abondamment illustré dans les tombes, le Livre de Nout où sont décrites les péripéties de Rê dans le ciel ou le Livre de la vache sacrée qui raconte la révolte des hommes contre les dieux et la perte de l’âge d’or. Dans la tombe de Toutankhamon, le Livre de l’Amdouat (signifiant ce qu’il y a dans la vie après la mort) montre le voyage en douze heures pour accéder à la renaissance après avoir fréquenté de nombreuses divinités et vaincu le serpent Apophis.

Le voyage dans l’au-delà

Au commencement de l’histoire de l’Égypte, le tombeau est conçu comme une demeure dans le prolongement de la vie terrestre. En témoignent les pyramides qui manifestent le pouvoir divin du pharaon. A partir de la Ve dynastie, est conçue l’idée que le mort voyage sur une barque solaire en étant assailli par des dangers, se transforme et participe à des activités diverses. Le voyage se termine par l’aube d’un nouveau jour. La première version complète du Livre de l’Amdouat a été trouvée dans la tombe de Thoutmôsis III (KV 34) Pendant la période post-amarnienne, les tombeaux de nouveau creusés à Thèbes prennent des dimensions gigantesques, ce qui multiplie les surfaces de reliefs peints et la reproduction de textes. S’y ajoutent les rouleaux de papyrus où est copié le Livre des morts, anthologie des textes anciens dont les versions les plus longues peuvent atteindre 165 chapitres. Certaines copies sont personnalisées et répondent aux besoins et attentes des acheteurs. Au VIIe siècle, le voyage dans l’au-delà est l’une des principales caractéristiques du culte d’Isis où la promesse d’une vie éternelle passe par une initiation.

La vie éternelle au paradis

L’objectif tant désiré de l’homme et de la femme dans l’Égypte ancienne est d’atteindre la vie éternelle et d’en jouir dans l’au-delà. La notion de résurrection n’est pas un état final mais se répète et se renouvelle chaque jour, associé à la course du soleil. Ainsi tout être participe au renouveau de la création et du Maât, l’ordre parfait, s’il a réussi le passage du jugement. Le Livre des morts reflète la croyance que le défunt serait restitué dans son aspect physique et retrouverait sa place sociale dans le monde. Le roi continue à exercer ses fonctions royales. Il reste le garant de la vie de son peuple après la mort comme d’autres cultivent le champ des offrandes. Les scènes montrent des temps heureux, banquets, danses que les morts espèrent retrouver. Les Ouchebti (signifie « celui qui répond ») sont placés dans les tombes pour suppléer aux travaux demandés au défunt.

Épilogue rédigé par Sandro Vannini

20 ans de travail en Égypte (1997-2017), ont montré au photographe l’évolution du pays. Il justifie la nouveauté de son travail en collaboration avec Zahi Hawaas par le choix « de visions qu’il qualifie d’impossibles », par des reconstitutions des murs des tombeaux et de la réalisation d’émissions télé pour les Égyptiens en arabe. Il considère ce livre comme la synthèse de son travail. Pour Vannini,  le choix d’illustrer les textes avec des photos de dates différentes, se justifie par la permanence des croyances. Tout le voyage du jeune pharaon devait aboutir à l’immortalité grâce à sa fusion avec Osiris. L’idée de l’auteur est de recueillir un peu de l’âme de Toutankhamon et de participer à sa manière, à lui faire faire le tour du monde, accédant ainsi à une autre notoriété.

Privilège des professeurs de collège, nous avons tous vécu ces moments magiques où les élèves de 6ème s’extasient sur la beauté des objets égyptiens ou sur la curiosité des divinités et leurs légendes. Rares sont ceux qui résistent à ce monde envoûtant. L’ouvrage des éditions Taschen est une merveille pour les yeux. Son coût n’est pas si élevé. Il aurait toute sa place dans un CDI de collège. Il pourrait constituer une base de travail en Français accompagnant la séquence sur les contes et en Histoire, le thème 1, chapitre 1 : la naissance des premiers états. Ou tout simplement, ce livre ferait bien des heureux en libre consultation.