Le sujet n’est pas inconnu, mais en général méconnu, et réduit à une image simpliste : les prisonniers de guerre allemands qui travaillaient au déminage. Valentin Schneider enrichit considérablement cette vision.
Professeur d’histoire-géographie au lycée Jacques-Brel de La Courneuve (Seine-Saint-Denis); docteur en histoire contemporaine (thèse sur l’image des prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale), membre de la Commission française d’histoire militaire. Livre paru en 2010 : les prisonniers de guerre français. Enjeux militaires et stratégiques (deux guerres mondiales).

Valentin Schneider est doctorant au Centre de Recherche Quantitative de l’Université de Caen et achève sa thèse sur la présence allemande en Normandie de 1940 à 1948. Il est l’auteur de nombreux articles en français, en allemand et en anglais sur ce thème et a participé au livre de M. Daeffler, J-L., Leleu, F. Passera et J. Quellien La France pendant la Seconde Guerre mondiale, atlas historique. Il présente, avec ce livre, une étude inédite sur les camps de prisonniers de guerre allemands en Normandie.
Le sujet n’est pas inconnu, mais en général méconnu, et réduit à une image simpliste : les prisonniers de guerre allemands qui travaillaient au déminage. Valentin Schneider enrichit considérablement cette vision.

Des aspects communs à la vie de tous les prisonniers

Certains aspects présentés – l’organisation et la vie dans les camps – sont évidemment communs à la vie que tous les prisonniers ont connue dans les stalags, oflags et kommandos, quel que soit le pays de détention. De même, les difficultés des puissances détentrices pour gérer, dans les premiers temps, l’afflux de prisonniers se retrouvent en France, ainsi qu’en témoigne le taux très élevé de mortalité des prisonniers allemands à la fin de la guerre. Autre exemple commun à tous les pays : le cheminement administratif nécessaire pour employer des prisonniers : « toutes les demandes émanant de particuliers ou de services publics devaient être adressées à un bureau de l’inspection départementale du travail et de la main-d’œuvre. Celui-ci les transmettait à l’inspection du travail, qui, à son tour, établissait, en accord avec les services administratifs dont dépendaient les demandeurs (…) une liste classée par ordre d’urgence. Cette liste était envoyée, en dernière instance, au commandant régional des prisonniers de guerre, qui ordonnait alors aux commandants des différents dépôts de donner satisfaction aux demandes en prêtant les prisonniers de guerre requis ». (p. 109-110).

Une captivité spécifique

Mais l’originalité constituée par les prisonniers de guerre allemands par rapport aux prisonniers de guerre d’autres nationalités est valorisée.
Une première originalité apparaît dans leur statut d’abord : 300 000 prisonniers seulement sont en 1944 sous l’autorité directe de la France. Les autres – 700 000 environ sont détenus par les armées britannique et américaine. Des tensions de plus en plus fortes apparaissent entre les populations civiles françaises qui commencent à déblayer pour reconstruire, sans aide extérieure,  alors que les prisonniers de guerre allemands sont sur place mais employés au service exclusif des armées alliées. Ils semblent parfois aux Français être trop bien traités par rapport au sort qu’ont connu les prisonniers français en Allemagne. Le général de Gaulle souhaite intégrer, par manque de main d’œuvre, les prisonniers allemands à la reconstruction du pays. Valentin Schneider évoque « un véritable marchandage (…) entre les différentes nations européennes, chacune désirant s’assurer une part des ressources » que sont les captifs allemands (p. 78) et des transferts de prisonniers ont lieu, bien qu’il s’agisse d’une infraction à la Convention de Genève qui interdit de traiter les détenus comme un butin. Ces prisonniers de guerre ne le sont d’ailleurs plus réellement puisque leur pays, le IIIè Reich, n’existe plus : les Alliés, de ce fait, ne sont pas tenus d’autoriser les visites de la Croix Rouge et les Allemands ne sont pas représentés par une puissance protectrice (p. 82). La convention de Genève ne les protège pas, ils sont soumis à la puissance qui les a capturé.
Une autre originalité concerne l’âge des prisonniers et notamment le cas tout à fait particulier des enfants – 13, 14 ans- enrôlés à l’extrême fin de la guerre par l’armée allemande. Ces prisonniers de guerre particuliers sont regroupés, bénéficient d’une alimentation plus riche et d’un enseignement. (p. 56) Une université est même créée.
Enfin, les rapports entre les prisonniers et la population civile sont originaux. Des preuves de relations cordiales ont été trouvées – ce qui fut le cas pour tous les prisonniers de guerre- , mais dans le cas des prisonniers allemands, les différences sont importantes. La guerre est achevée, l’Allemagne a capitulé sans conditions et beaucoup de prisonniers sont considérés comme « une réparation de guerre » (p. 115) par des Français qui ont beaucoup souffert de l’Occupation.

L’utilisation pédagogique

L’exemple des prisonniers de guerre, rarement utilisé, peut fournir des exemples différents dans les cours. L’utilisation pédagogique de ce livre peut intervenir dans le prochain programme d’histoire de terminale (si le projet n’est pas modifié) pour évoquer l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

Ce livre s’appuie sur un ensemble d’annexes très complet et bien choisi et sur une bibliographie internationale très précise. Il participe de manière importante à la recherche historique concernant les prisonniers de guerre qui s’avère très dynamique actuellement.

Evelyne Gayme