La revue Parlement[s]

Créée en 2003 sous le titre Parlement[s], Histoire et politique, la revue du CHPP change de sous-titre en 2007 pour affirmer sa vocation à couvrir tous les domaines de l’histoire politique. Chaque volume est constitué pour l’essentiel d’un dossier thématique (partie Recherche), composé d’articles originaux soumis à un comité de lecture, qu’ils soient issus d’une journée d’études, commandés par la rédaction ou qu’ils proviennent de propositions spontanées. Quelques varia complètent régulièrement cette partie. La séquence (Sources) approfondit le thème du numéro en offrant au lecteur une sélection de sources écrites commentées et/ou les transcriptions d’entretiens réalisés pour l’occasion. Enfin, une rubrique (Lectures) regroupe les comptes rendus de lecture critiques d’ouvrages récents. Enfin, la revue se termine systématiquement par les résumés des contributions écrits en français et en anglais (suivis de mots-clés).

La revue Parlement[s] n° 27 a pour thème : Une France des sans-voix ? Immigration et vie politique en France (XIXe – XXe siècles). Ce vingt-sixième dossier est sous la direction de Ralph Schor et Jérémy Guedj. Comme d’habitude, le dossier se compose de deux éléments distincts : une première partie consacrée à la recherche (avec la contribution de 6 chercheurs, jeunes ou confirmées) et la seconde à des sources commentées (au nombre de 3) par Laure Teulières, Emmanuel Debono et Rémi Dalisson. De plus, dans ce numéro, nous trouvons à nouveau une partie consacrée à des varia (au nombre de 2) et à 6 lectures (critiquées par 6 historiens).

Puis vient, en introduction, « Une France des sans-voix ? Immigration et vie politique en France (XIXe – XXe siècles) par Ralph Schor et Jérémy Guedj (p. 11-16). La vie politique est-elle le privilège du national ? Une image largement véhiculée dépeint étrangers et immigrés comme des « sans-voix » dans le concert politique français, privés de l’accès aux urnes ou d’un écho suffisant pour faire valoir des revendications longtemps modestes. C’est ce qu’entend explorer ce dossier sous un angle nouveau. Se dévoilent ainsi, selon une perspective à la fois par le haut et par le bas, la place des étrangers et immigrés dans la vie politique française, tout comme l’émergence d’une véritable vie politique d’exil. D’emblée apparaissent des ambiguïtés au plus haut sommet de l’État, tiraillé entre l’injonction à la neutralité politique et la garantie des libertés individuelles. Partis, associations, acteurs collectifs ou individuels ont cependant cherché à s’insinuer dans ces brèches afin de faire entendre, voire peser, la voix de ceux qui venaient d’ailleurs mais dont la destinée se rejoignait, de manière momentanée ou définitive, celle de la France. L’approche politique permet en outre de décentrer les analyses traditionnelles, d’ordinaire tournées vers le seul horizon de l’intégration, au profit des processus complexes de politisation en pays d’accueil d’immigrés qui pouvaient se mêler au jeu politique français ou, au contraire, développer des espaces autonomes d’engagement. Le temps long, des années 1880 à nos jours, permet enfin de donner du champ à cette histoire des marges, qui contribue à éclairer la vie politique nationale autant qu’à lui conférer une coloration qu’elle a trop longtemps négligée.

[RECHERCHE]

Les immigrés italiens dans la vie politique française : présence et invisibilité : Éric VIAL : Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Cergy-Pontoise, AGORA (EA 7392) : p. 19-40

L’article est un parcours à travers l’histoire politique de la France à la recherche d’Italiens, avec une série d’héritages anciens, de participation au pouvoir politique, largement oubliés mais fixant des stéréotypes dès le Moyen-Âge, et encore présents dans la première moitié du XIXe siècle, même si celui-ci tend ensuite à les réécrire au prisme de la xénophobie. La Troisième République marque un tournant, avec une image révolutionnaire, de Garibaldi aux anarchistes, à peine compensée par la fraternité de la Grande Guerre et prolongée par la présence de nombreux exilés dans l’entre-deux-guerres. La participation à la Résistance est vite oubliée, l’invisibilité semble ensuite de rigueur, jusqu’à ce qu’une amélioration de l’image de l’Italie fasse de racines transalpines un atout politique utilisé dans toutes les familles politiques, même si cela n’exclut pas une italophobie résiduelle.

Louis Renault et ses collaborateurs : les avocats du libéralisme migratoire (1880-1914) : Philippe RYGIEL : professeur d’histoire contemporaine à l’École normale supérieure de Lyon, Larhra) : p. 41-57

Les premières décennies de la troisième république voient s’affronter partisans d’un strict contrôle des migrations et des migrants et défenseurs d’un libéralisme migratoire attachés à la liberté de circulation comme au respect des droits des étrangers. Les thèses et l’identité des premiers sont connues depuis longtemps, les historiens se sont peu intéressés aux seconds. Nous mettons ici en évidence le rôle central joué parmi eux par les jurisconsultes du Quai d’Orsay et les réseaux qu’ils dominent. La multiplicité de leurs interventions, la force de leurs alliances font d’eux des acteurs majeurs, et souvent dominants, de la construction du droit des étrangers et de la régulation des migrations.

Les pouvoirs publics français et les activités politiques des étrangers dans l’entre-deux-guerres :

Ralph SCHOR : Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Nice-Sophia Antipolis, Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine (EA 1193) : p. 59-76

Cet article se propose d’étudier l’attitude des pouvoirs publics face à l’immigration dans l’entre-deux-guerres, période pendant laquelle la question se hissa au cœur du débat public. Les craintes face à la politisation – en réalité très limitée – des étrangers étaient nombreuses. Aussi l’État tenta-t-il de la contenir. Dans les faits, les tolérances apparaissaient importantes et la France était toujours une terre où pouvaient s’exprimer les étrangers qui y vivaient, dont beaucoup avaient fui leur pays pour des raisons politiques.

Associations étrangères et vie politique sous la IVe République :

Jérémy GUEDJ : Docteur en histoire contemporaine de l’université de Nice-Sophia Antipolis, Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine (EA 1193) : p. 77-99

Cet article se propose d’étudier une modalité précise de la politisation des étrangers et immigrés, à travers l’exemple associatif. De fait, après la Seconde Guerre mondiale, période pendant laquelle la place des immigrés connut un certain renouvellement en France, des associations d’un nouveau type émergent : elles visent clairement à peser dans la vie politique française et à influencer le débat public. Elles connaissent cependant un bref âge d’or, dans l’immédiat après-guerre, tandis qu’elles peuvent s’enorgueillir de l’effort étranger dans la Résistance, avant d’apparaître comme des agents de subversion après l’éclatement de la Guerre froide.

Les relations PCF-FLN au prisme de l’émigration algérienne en France (1962-1981) : des rapports « exemplaires » ? : Jean-Charles SCAGNETTI : Docteur en histoire contemporaine, Université Nice Sophia Antipolis, Chercheur associé au Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine (EA 1193) : p. 101-119

La forte présence d’immigrés algériens en France a permis un rapprochement entre FLN et PCF, qui s’est approfondi depuis la Guerre d’Algérie et après la destitution d’Ahmed Bella également, en juin 1965. Après une période de forte opposition, un dégel s’observa en 1972. Cependant, les visites des représentants communistes à Alger étaient de plus en plus éclipsées par la montée du Parti socialiste, mené par l’ancien ministre de l’Intérieur, François Mitterrand. L’élection de Chadli Bendjedid en Algérie, en 1979, le tournant connu par le PCF au tournant des années 1980, comme l’élection de François Mitterrand à la tête de la France, mirent fin à ce compagnonnage.

Le droit de vote local des étrangers non communautaires : arlésienne ou irrésistible ascension ? 

Catherine WIHTOL de WENDEN : Directrice de recherche au CNRS (CERI) : p. 121-136

Le droit de vote des étrangers aux élections locales est un motif récurrent du débat français depuis une trentaine d’années. Cet article souhaite rappeler l’histoire de cette promesse jamais tenue, en replaçant la question dans les discussions générales sur la citoyenneté française mais aussi dans le contexte européen, rarement évoqué.

[SOURCES]

Léon Hudelle, « Les chemises noires dans Toulouse », Le Midi socialiste, 5 février 1926 : présenté par Laure TEULIERES (Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Toulouse Jean-Jaurès, FRAMESPA) : p. 139-145

En une du quotidien socialiste, l’alerte aux chemises noires fait surgir avec fracas l’immigration italienne sur la scène politique méridionale. Car Le Midi socialiste, publié à Toulouse depuis 1908, est l’un des grands organes d’opinion, face à La Dépêche pour le courant radical, ou L’Express du Midi d’orientation conservatrice. L’auteur, Léon Hudelle (1881-1973), est rédacteur en chef du journal depuis que Vincent Auriol lui a laissé le poste en devenant député en 1914, et ses éditoriaux donnent le ton.

« Défendre corps et âme la patrie en danger ». Des témoignages d’étrangers lors de la crise de Munich (septembre 1938) : présenté par Emmanuel DEBONO : Docteur en histoire de l’IEP de Paris, Chercheur associé au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP), Université Paris 1 Panthéon Sorbonne : p. 147-154

La vague d’antisémitisme qui accompagne la crise des Sudètes a été peu étudiée par les historiens. Elle constitue toutefois un pic d’antisémitisme au cours des années 1930, elles-mêmes réputées en tant que période de forte résurgence du phénomène. Accusés de vouloir la guerre ou tout du moins, par leurs opinions antihitlériennes, d’être des ferments d’agitation dans les relations franco-allemandes, les Juifs sont alors la cible de multiples attaques, qui se manifestent notamment par des agressions physiques, à Paris et dans les grandes villes de l’Est du pays (Nancy, Metz, Strasbourg…). À ces Juifs, français ou étrangers, qui font montre de leur hostilité au régime hitlérien tout en manifestant leur fidélité à la France, L’Action française répond par un appel à la répression : « La France se passerait volontiers de ces manifestations d’immigrés et de cette “sympathie” juive que l’actualité rend particulièrement redoutable. Si la guerre éclatait, la sagesse commanderait de mettre la plupart de ces “sympathisants” dans des camps de concentration. Mais la sagesse commande que, dès maintenant, des mesures sérieuses soient prises à l’égard des métèques de tout. »

Droit de vote, immigration, héritage algérien : la polysémie d’une affiche électorale (1986) : présenté par Rémi DALISSON (Professeur d’histoire contemporaine à l’Espe de l’université de Rouen, GRHIS) : p. 155-161

La question du vote des immigrés renvoie à deux moments clés de l’histoire française et de son rapport à l’immigration. En effet, l’affiche reproduite en couverture de ce numéro remonte à la campagne des élections législatives de 1986, qui mènent à la première cohabitation et voient l’arrivée d’une trentaine de députés Front national au Palais Bourbon. Plus largement, elle renvoie aux problématiques de la place des immigrés en France, de l’égalité des droits rappelée par le jeu de mots sur le slogan de SOS racisme « Touche pas à mon pote », en bref à l’héritage postcolonial, notamment algérien, dans une France marquée par la « marche des beurs » de 1983. Il faut croiser ces deux entrées pour comprendre la portée de l’image ici commentée et les caractéristiques du débat immigration / droit de vote, en pleine montée des extrêmes, instrumentalisations politiques et espoirs des descendants d’immigrés maghrébins en France.

 [VARIA]

Sédimentation des expériences politiques et séquelles post-révolutionnaires : les Cents-Jours dans le couloir rhodanien

Nicolas SOULAS : Docteur en histoire moderne à l’université d’Avignon et des pays de Vaucluse, Laboratoire d’histoire HEMOC, Centre Norbert Elias (UMR 8562) : p. 165-178

Dans le couloir rhodanien, le retour de Napoléon et l’expédition du duc d’Angoulême au cours du printemps 1815 favorisent la résurgence des antagonismes politiques hérités de la décennie révolutionnaire dans un climat de guerre civile. Contrairement à d’autres zones du territoire, les élections municipales et les épurations préfectorales se traduisent par une profonde rupture politique tandis qu’elles contribuent au retour sur le devant de la scène politique des vétérans de la « Terreur » et réactivent les frontières politiques que la Révolution française avait fait naître.

Scandale à l’Assemblée. Itinéraire d’un imposteur, de la collaboration au Parlement : Gilles MORIN

(Docteur en Histoire, Chercheur associé au CHS du XXe siècle–Université de Paris 1) : p. 179-199

Sept ans après la Libération, un accident automobile mortel révèle un scandale politique : un député élu en 1951 s’avère avoir été un ancien espion des Allemands, collaborateur et déserteur de l’armée française. Après avoir retracé son parcours, l’enquête cherche à comprendre comment cet imposteur a su, en profitant des failles de la démocratie, accumuler des recommandations politiques et policières et tromper les autorités. L’affaire révèle des représentations datées et les dysfonctionnements de la société de la IVe République.

[LECTURES]

Loris Chavanette, Quatre-vingt quinze, Paris, CNRS Éditions, 2017, 397 p., par Laurent Bourquin (p. 205-207)

Loris Chavanette s’intéresse à un moment relativement peu étudié de la Révolution française : la Convention thermidorienne, qui a suivi la chute de Robespierre en juillet 1794 et s’est achevée avec la mise en place du Directoire en octobre 1795. Cette période est cruciale : dans un contexte socio-économique difficile, marqué par les mouvements insurrectionnels de l’Ouest qui ne faiblissent pas et les menaces extérieures, les conventionnels ont dû clore l’épisode de la Terreur et solder les comptes avec leurs adversaires de la veille sans pour autant basculer à leur tour dans une dictature de salut public.

Christian Bougeard et François Prigent (dir.), La Bretagne en portrait(s) de groupe. Les enjeux de la méthode prosopographique (Bretagne, XVIIIe XXe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, 339 p. par François Dubasque (p. 207-209)

La prosopographie est une méthode d’analyse adoptée tardivement par l’histoire contemporaine. Mais depuis les premières enquêtes inscrites dans le cadre rigide des sources sérielles, d’importants travaux sont venus affiner cette méthode et jalonnent désormais son historiographie. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’ouvrage dirigé par Christian Bougeard et François Prigent. Fruit de deux rencontres scientifiques organisées à l’université de Bretagne occidentale (Brest) en mars 2013 puis en juin 2014, il rassemble une vingtaine de contributions autour d’une ambition commune : renouveler, grâce à l’approche prosopographique, une étude des caractères politiques, sociaux et culturels de la Bretagne sur une période significative (de la fin du XVIIIe siècle à nos jours). La démarche consiste à cerner le plus finement possible, à partir de données concrètes fournies par les biographies collectives de différents groupes sociaux, les contours d’une identité complexe, entre maintien des particularismes locaux et altération progressive. De ce point de vue, elle emporte une assez large adhésion. Structuré en trois parties à peu près équilibrées, l’ouvrage appréhende tour à tour les élites politiques, le monde militant, et diverses catégories issues essentiellement des milieux religieux et culturels, par le biais d’une méthode prosopographique enrichie des apports les plus récents.

Bruno Fuligni, L’Art de retourner sa veste. De l’inconstance en politique, Paris, La librairie Vuibert, 2016, 302 p. par Renaud Tauzin (p. 209-212)

            L’auteur porte son attention sur une espèce bien identifiée du personnel politique français qu’on a affublée d’une quantité de sobriquets pas toujours très glorieux : girouettes, funambules, caméléons, matois, tartuffes, opportunistes, Saxons, toupies hollandaises, trotte-menu… Contre vents et marées, ces élus locaux, députés, militaires, hauts fonctionnaires ou ministres ont fait montre de convictions politiques à géométrie variable, notamment dans le but de conserver les faveurs du pouvoir. L’ouvrage accumule ainsi les exemples de reniements et revirements, à travers les régimes politiques, majorités et gouvernements successifs en s’appuyant sur de riches indications biographiques, extraits de correspondance ou de discours, références cocasses révélées en leur temps par les auteurs des successifs Dictionnaires des girouettes, de la Révolution française jusqu’à l’aube du XXIe siècle. Ces changements notoires de trajectoires politiques, l’auteur les saisit au vol en confrontant diverses déclarations de l’homme politique incriminé, pris au piège de ses contradictions à quelques années d’intervalle.

Gilles Richard, Histoire des droites en France de 1815 à nos jours, Paris, Perrin, 2017, 592 p. par Jean El Gammal (p. 212-215)

On peut se référer à un certain nombre de synthèses, qui permettent de rendre compte des contours et des mutations des deux camps traditionnels de la vie politique de la période contemporaine, à savoir les gauches et les droites en France. Au sujet de celles-ci, la tradition historiographique avait été renouvelée il y a plus de soixante ans, en 1954, par l’essai de René Rémond, paru chez Aubier, La droite en France de 1815 à nos jours, fondé sur une tripartition (légitimiste, orléaniste, bonapartiste) qui a souvent été reprise, et parfois discutée, notamment au sujet des nationalismes.

Jacques Binoche, Les Parlementaires d’outre-mer, Paris, Édilivre-Aparis, 2016, 223 p. par Frédéric Turpin (p. 215-218)

Cet ouvrage se veut d’abord une synthèse mise à la disposition des membres la communauté scientifique, tant enseignants qu’étudiants. Il réussit la gageure de traiter en 223 pages d’un sujet à la fois vaste et complexe. Cette capacité à embrasser, de manière claire et synthétique, sans pour autant tomber dans les travers d’une réduction trop simplificatrice, tient au fait que Jacques Binoche, professeur émérite des universités, travaille sur les parlementaires d’outre-mer depuis 1967. Sa thèse de troisième cycle, soutenue en 1970 à l’Université de Toulouse, portait déjà sur le rôle des élus d’outre-mer sous la IIIe République de 1871 à 1914. Cet intérêt pour la représentation ultramarine ne s’est pas démenti par la suite, ce dont témoigne cet ouvrage fruit de plusieurs décennies de recherche et de « sédimentation » historique.

Pascal Delwit (dir.), Du Parti libéral au MR. 170 ans de libéralisme en Belgique, Bruxelles, Éditions de l’Université libre de Bruxelles, 2017, 261 p. par Christophe Verneuil (p. 218-220)

Professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles, Pascal Delwit a notamment dirigé des recherches sur les socialistes, les communistes, les écologistes et l’extrême droite, en Belgique, en France et en Europe. Il était donc logique qu’il s’intéresse, avec d’autres historiens et politologues du Centre d’étude de la vie politique de l’ULB, à « la trajectoire » et aux « mutations » du libéralisme belge. Le parti libéral belge n’est-il pas l’une des plus anciennes formations politiques en Europe, lui qui a été fondé en 1846 ? Son histoire est d’autant plus importante qu’elle s’est longtemps largement confondue avec celle du royaume, tant les libéraux ont joué un rôle clé dans l’indépendance de la Belgique et se sont longtemps considérés comme « le » parti de gouvernement du jeune État – le Premier ministre du gouvernement fédéral est aujourd’hui Louis Michel, ancien président du Mouvement réformateur.

Bertrand Joly, Histoire politique de l’Affaire Dreyfus, Paris, Fayard, 2014, 783 p. par Olivier Tort

(p. 220-222)

Un ouvrage de plus sur l’Affaire Dreyfus ? Bien davantage un modèle de démystification érudite. Ce volumineux ouvrage n’intéressera pas seulement les spécialistes de la République « fin de siècle », ou ceux d’une Affaire qui aura décidément fait couler beaucoup d’encre, mais tous ceux qui aiment à voir dans l’Histoire autre chose qu’une entreprise manichéenne de célébration héroïque. L’échec de Méline d’être le leader d’un grand parti conservateur à la française montre les difficultés structurelles de l’alliance entre un centre progressiste ou prétendu tel et une droite conservatrice, dans une France qui restait foncièrement modelée par l’imagerie binaire issue de la Révolution française.

Jean-Numa Ducange, Jules Guesde. L’anti-Jaurès ?, Paris, Armand Colin, 2017, 247 p.

par Marion Fontaine (p. 222-224)

L’histoire du mouvement ouvrier connaît depuis quelques années un véritable renouveau. L’ouvrage de Jean-Numa Ducange l’atteste parfaitement. Le duo antithétique Guesde – Jaurès a longtemps incarné, dans la mémoire de la gauche, l’ambivalence essentielle entre révolution et réforme. Mais cette incarnation même a souvent transformé les deux hommes en mythes, réduits à quelques traits simplistes. Le traitement de l’un et l’autre est de surcroît aujourd’hui très différent : autant Jaurès est encore célébré comme une figure rassurante ou légitimante, autant Guesde est tombé dans l’oubli ou fonctionne comme un repoussoir. Il faut donc savoir gré à J.-N. Ducange d’avoir rouvert le dossier « Guesde », qui n’avait plus guère été exploré en français depuis les travaux de Claude Willard. En déployant une approche biographique nourrie des sciences sociales, appuyée sur des sources très diverses et jouant sur les échelles, l’auteur restitue toute sa complexité au personnage de Jules Guesde, aussi loin de l’hagiographie (« le prophète du socialisme ») que de la diabolisation (« le révolutionnaire sectaire »).

© Les Clionautes (Jean-François Bérel pour La Cliothèque)