Une odyssée historique du jeu vidéo au manhua

L’entreprise française Ubisoft est à l’origine de la saga de jeux vidéo « Assassin’s Creed » depuis 2007. Que ce soit à Rome au XVIe siècle, dans les Caraïbes au XVIIIe siècle, à Athènes au Ve siècle avant Jésus-Christ, à Constantinople au XVe siècle, à Londres au XIXe siècle, en Egypte ptolémaïque ou en France lors de la Révolution française, le jeu consiste à incarner un assassin et à affronter les mêmbres de la confrérie des Templiers.

Près de 15 ans plus tard, les productions littéraires sous la forme de romans ou de récits graphiques sont très nombreuses. A ce titre, les éditions Mana Books viennent de publier les deux premiers volumes d’un adaptation libre de la série se déroulant dans la Chine de la dynastie Tang.

Ces deux publications sont des manhuas, le nom donné aux « mangas » publiés en Chine. Ils trouveront donc rapidement une place dans ce rayon des CDI, principalement dans les collèges mais également en lycée.  Pour les deux premiers tomes, Zhang Xiao est un jeune dessinateur ayant remporté plusieurs prix relatifs à la bande dessinée chinoise et au manga. Les dessins sont particulièrement expressifs, comme en témoignent les mouvements de la danse mongole d’An Lushan au milieu du premier tome. Le scénario est signé par Xu Xianzhe, dont la principale œuvre est « Blades of the Guardians » (disponible exclusivement en chinois, et bientôt en allemand).

Le premier tome débute en suivant le chef militaire An Lushan, pris dans une guerre civile dans la Chine des Tang en 755. Originaire du Nord, brillant guerrier et allié des Templiers, son objectif est de former des troupes puis de s’emparer du pouvoir de l’empereur. Se dresse alors face à lui un assassin nommé Li E. Pour créer ce personnage, les auteurs s’appuient notamment sur les mémoires historiques de Sima Qian qui mentionnent l’existence de cinq assassins dans la Chine antique. Cet appui rappelle celui de Chen Uen, dans la bande dessinée « Des Assassins », publiée par les éditions Patayo au début de l’année 2021. 

« Rien n’est vrai, tout est permis »

En 754, la cérémonie des fleurs se prépare à Chang’an, la capitale de l’empire. Les rues de la ville sont intensément fréquentées et la foule attend les résultats avec impatience. C’est à l’empereur que revient la décision de désigner le plus beau char de la fête. Mais Li E n’est pas dupe : le chancelier Yang Guozhong sera le vainqueur en raison de sa proximité avec l’empereur.

Cette fête est alors le point de départ d’une série d’aventures dans le palais de l’empereur. Les meneurs de chars qui ont remporté le concours sont invités par l’empereur dans le pavillon des fleurs. Pendant ce temps, l’assassin Li E cherche un moyen d’entrer dans le bâtiment, en se déguisant en dignitaire tibétain.

Le second volume débute par un habile retour en arrière sur une bataille peu étudiée dans les ouvrages français : la bataille de Talas entre les troupes chinoises et musulmanes de 755. Située dans l’actuelle Kirghizstan, elle marque l’apogée des conquêtes musulmanes en Asie centrale. Dans la première partie nommée « les flammes de la guerre », l’intensité, la violence et les différentes troupes prenant part à la bataille sont assez fidèlement représentées. Outre les armes, le choix de préciser la langue d’expression de chaque personnage est particulièrement utile. En effet, les troupes du général Gao Xianzhi sont alliés aux Karlouks, un peuple turc d’Asie centrale. Des combattants s’expriment également en arabe et en persan. Un petite troupe composée de dashis (Arabes), d’indiens, de Syriens, de Tokhariens (du Xinjiang) et de Sogdiens se forment alors, et intègre Li E. La cheffe est Elena, une jeune femme à la peau blanche, venant vraisemblablement de l’Empire romain.

En résumé, ces deux manhuas plairont aux collégiens et aux lycéens désirant mieux connaître la dynastie des Tang. Les enseignants évoquant la bataille de Talas dans un cours sur l’expansion musulmane au VIIIe siècle pourront habilement mentionner le volume 2 comme une façon de prolonger le cours.

Une belle réussite graphique au service d’un scénario prenant et d’une volonté de coller au plus près du contexte historique des Tang.

Pour aller plus loin :

  • Présentation du tome 1 par l’éditeur -> Lien
  • Présentation du tome 2 de l’éditeur -> Lien

Antoine BARONNET @ Clionautes