Catherine Wihtol de Wenden est docteur en sciences politiques, professeur à Sciences Po et a publié récemment « La question migratoire au XXIème siècle ». Cinq grandes parties structurent le livre : les grandes caractéristiques des migrations, l’Europe un important pole d’attraction, le Sud en mouvement, le nouveau monde terre d’immigration, des enjeux politiques pour demain. Les annexes consistent en une bibliographie, liste d’acronymes et un glossaire ainsi qu’un index. On trouve également, tout au long du livre, les habituelles pastilles sous forme de « verbatim ».

« La mobilité humaine fait partie intégrante du monde globalisé »

Tout en ne concernant que 3,5 % de la population de la planète, le phénomène de migration s’est mondialisé et, depuis 20 ans, on est entré dans une nouvelle ère de migrations de masse. Cependant, il faut tout de suite préciser qu’il faut penser la question des migrations au pluriel, à la fois en terme de personnes concernées, de lieux ou de statuts. Il est un paradoxe à noter : « les deux tiers de la population de la planète ne peuvent circuler librement à cause de l’obligation de visas ».

 

Migrations : les grandes caractéristiques

La régionalisation des flux est une tendance à relever. Il convient d’abord de rappeler quelques chiffres repères : il y a aujourd’hui 258 millions de migrants internationaux contre 77 millions en 1975. Presque une fois sur deux, ce sont des femmes qui migrent. Parmi les autres évolutions, il faut souligner que le Sud est devenu une région d’émigration mais aussi d’immigration et de transit. Catherine Wihtol de Wenden identifie ensuite les facteurs de la migration mondialisée. Elle pointe ainsi l’inégal développement économique, les crises politiques, l’enjeu démographique, l’urbanisation galopante et les facteurs environnementaux. Elle décortique ensuite différents types de migrations avec le cas des réfugiés et déplacés, mais elle étudie aussi les diasporas avec des exemples. L’auteure s’arrête également sur le cas du tourisme international et le chapitre se termine avec « de nouvelles formes de migrations » : c’est l’occasion d’évoquer le hadj, les seniors installés au soleil ainsi que les déplacés environnementaux.

 

L’Europe un important pôle d’attraction

La deuxième partie de l’atlas se focalise sur l’Europe. Il y a eu un peu plus de 600 000 demandeurs d’asile en 2014 et le double l’année suivante. Catherine Wihtol de Wenden dresse ensuite un panorama de plusieurs pays avec, par exemple, une double page sur le cas de l’Allemagne qui est le premier pays européen d’immigration et d’asile. Le cas français est abordé à travers deux doubles pages qui dressent un bilan autour du dyptique « accueil-fermeture ». Les autres approches proposées sont davantage régionales avec l’Europe méditerranéenne qui passe de l’émigration à l’immigration ou encore l’Europe de l’Est qui se caractérise par des populations très mobiles.

Le Sud en mouvement : monde arabe, Afrique et Asie

Ce sont ces espaces qui ont le plus changé en quelques années. Ces régions sont devenues des régions d’immigration et de transit, tout en restant des terres d’émigration. Le chapitre évoque d’abord le cas de la Méditerranée qui totalise 35 000 morts entre 2000 et 2017. Le continent africain est devenu un système migratoire à lui tout seul. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud hésite entre la peur d’une immigration massive et la dette morale envers les pays africains qui ont lutté contre l’apartheid. Quelques pays font exception dans la zone, comme Israël et le Golfe persique, qui sont des pays d’immigration à la différence des autres pays de la région. Pour l’Asie du Sud-Est, l’auteure insiste «  sur une complémentarité des besoins de main-d’oeuvre entre les pays de départ et les régions d’accueil » à travers le cas des Philippines. Il faut noter qu’un Philippin sur dix est un migrant international, ce qui représente 8 millions de personnes.

 

Le nouveau monde : terre d’immigration

Les États-Unis sont un pays façonné par les migrations. Ils totalisent 50 millions de migrants internationaux soit 13 % de la population totale. Une double-page retrace l’historique depuis le début du XIX ème siècle, souligne les enjeux et débats actuels à travers notamment l’alternative entre « assimilation et multiculturalisme ». On pourra prolonger avec une étude sur le Mexique et les Caraïbes ou une autre sur l’Amérique du Sud qui pointe comme caractéristiques pour cette zone des migrations de retour et de voisinage. Catherine Wihtol de Wenden propose une étude sur le cas particulier du Canada et du Québec. Depuis l’an 2000, la politique d’accueil du pays met l’accent sur les migrations temporaires. D’autres pays sont traités comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.

 

Des enjeux politiques pour demain

Dans ce dernier chapitre, l’auteure pointe un certain nombre de questions qui se posent pour l’avenir. Tout d’abord il faut retenir que la ville est un facteur qui accélère les migrations. En effet, à partir de la ville, on peut envisager une migration internationale. D’autres tendances fortes sont à considérer comme le fait que le continent africain va passer en un siècle de 70 % de ruraux à 70 % d’urbains. Elle interroge ensuite le rapport entre migrations et développement. « L’exil contribue davantage à améliorer le quotidien de ceux qui sont restés sur place qu’il ne constitue un facteur de développement à l’échelle du pays ». L’ouvrage se termine donc logiquement en posant la question d’une gouvernance mondiale de l’immigration, tout en soulignant les réticences de plusieurs opinions publiques nationales.

Il faut signaler que plusieurs précédentes versions de cet atlas ont été chroniquées sur le site des Clionautes dont la dernière en date en 2016. Néanmoins, un tel sujet implique forcément des relectures fréquentes. Cet atlas permet donc de dresser un état des lieux de la question migratoire qui, tout en intégrant les événements les plus récents, permet en même temps de replacer le phénomène dans son historicité pour saisir les ruptures. Il déconstruit aussi au passage des idées reçues, que ce soit sur le volume des migrations ou le profil type du migrant. Une lecture qui s’impose.

© Jean-Pierre Costille