Dans le cadre du 4e centenaire de la mort de Bayard, une journée d’étude, organisée par l’Académie delphinale et l’Université Grenoble-Alpes, s’est intéressée aux traces du personnage dans les mémoires savantes ou autres. Les contributions réunies par Stéphane Gal et Gilles-Marie Moreau sont proposées au public dans ce petit ouvrage Autour de Bayard.

Bayard ou l’actualité d’un oublié

Stéphane Gal replace l’homme dans son époque, un héros construit pour faire oublier Pavie. Il montre l’utilisation du personnage aux différentes époques. Le h éros de guerre, longtemps célébré, est aujourd’hui oublié. L’auteur propose quelques pistes pour retrouver l’homme Pierre Terrail sous le chevalier héroïsé qui a inspiré plusieurs biographesL’énigme Bayard, Benjamin Deruelle, Laurent Vissière (dirs.), Presses Universitaires Francois Rabelais, 2021.

Bayard, illustre et méconnu : la fabrique d’une exposition

Éric Syssau, archiviste aux Archives départementales de l’Isère, explique comment a été conçu l’exposition Bayard, illustre et méconnu qui a été organisée de septembre 2024 à mars 2025Le département et les Archives ont édité un journal d’exposition (sept. 2024) – Dossier de presse.

L’auteur définit les sources utilisées : publications et documents conservés aux archives, dont une parution de 1525 : Gestes ensemble le vie du preulx chevalier Bayard. Sont ensuite décrits les choix scénographiques, les dispositifs retenus (textes, audio, video) de l’exposition.

 

Peur du châtiment divin et reproches de Savonarole à Florence au temps de la première guerre d’Italie

Cécile Terreaux-Scotto, professeure à l’ l’Université Grenoble-Alpes, présente le personnage de Savonarole, ses prophéties aux Florentins annonçant un châtiment divin incarné par l’armée de Charles VIII, à laquelle appartenait Bayard. L’autrice développe les sermons du prédicateur qui voit, dans les guerres d’Italie, une occasion offerte à Florence pour se réformer.

Les regards de l’Académie delphinale sur Bayard

Gilles-Marie MoreauIl est le président de l’Académie delphinale. se penche sur la façon dont la société savante a honoré le légendaire personnage dauphinois.

Fondé en 1772, le cercle d’érudits ne prend son nom d’Académie delphinale qu’en 1789. L’auteur en décrit les débuts. Si les sujets traités portent plutôt sur l’économie (dépérissement des bois, industrie, mine d’or de la Gardette…), la mémoire du chevalier n’est jamais loin. Un prix d’éloquence lui est consacré en 1789, son sujet : l’éloge historique du chevalier Bayard. Une souscription est lancée en 1788, pour un monument destiné à honorer ses vertus morales. Il devait le représenter faisant l’accolade avec François 1er. Les événements révolutionnaires n’ont pas permis sa réalisation. Si le projet refait surface en 1796, il sera finalement réalisé sous la Restauration.

L’Académie delphinale s’est aussi inquiétée de l’état du tombeau, situé dans l’église des Minimes de la Plaine, à Grenoble. L’église ayant été vendue comme bien national, le tombeau a été transféré au musée de la ville, sans doute en 1803.

L’auteur répertorie les discours, communications au cours des XIXe et XXe siècles, dont il détaille les sujets et présente les auteurs. Deux commémorations ont été organisées en 1924 et en 1978500 ans de sa naissance, , elles restèrent une affaire dauphinoise. Enfin, l’auteur liste les biographes du héros d’Auguste Prudhomme (1879) à Stéphane Gal.

Bayard, le « bon chevalier » au confluent de l’histoire, du roman, le témoignage des sources.

Thierry Lassabatère, auteur de Bayard, le « bon chevalier »[footnote] paru en 2024 aux éditions Perrin[/footnote] cherche à retracer une vie, à établir le rapport à la réalité des premiers biographes, en particulier à propos de la période 1509-1511. L’auteur rappelle la présentation longtemps présente dans les manuels scolaires:

« Pierre Terrail, seigneur de Bayard, était un jeune nobliau dauphinois d’origine modeste, doué pour le cheval et les armes, mort en 1524 d’un tir d’arquebuse reçu lors d’une retraite en Piémont, à l’âge de 48 ans. »citation p. 112

Le jeune homme aurait été page à la cour de Savoie avant d’intégrer les Compagnies d’ordonnance et de suivre l’armée française dans les guerres d’Italie. Ses premiers biographesSymphorien Champier : Gestes ensemble le vie du preulx chevalier Bayard, Le Loyal Serviteur : La très joyeuse, plaisante et récréative histoire du gentil seigneur de Bayart  ont peu parlé de ses fonctions de gouverneur du Dauphiné à partir de 1515. Ils ont préféré le récit de sa carrière militaire en Italie, jusqu’à sa mort le 30 avril 1524.

L’auteur confronte les récits des premiers biographes aux apports plus scientifiques des travaux récents qui modifient sensiblement les premières années, jusqu’à sa naissance plutôt en 1474 qu’en 1476. Les défaites militaires (la Bicoque, 1522, échec du siège devant Crémone, 1523) n’étaient pas mentionnées dans la tradition biographique. L’auteur propose une analyse critique des premiers biographes, fondée sur les sources du XVIe siècle. Il reprend en partie les conclusions de Jean Jacquart[in Bayard, lieutenant général du Dauphiné, Pontcharra, Les Amis de Bayard, 1997.

 

Bayard chanté par ses soldats (1521-1524)

Laurent Vissière, professeur à l’université d’Angers s’intéresse aux chants de marche et de siège qui furent diffusés comme textes d’actualité dans de petites brochures bon marché, dont peu d’exemplaires nous sont parvenus. Ces chansons sont un témoignage de la guerre, vue du point de vue des soldats. Dans ce corpus, des chants de 1521 évoquent le siège de Mézières où s’illustra le chevalier.

Il s‘interroge sur les auteurs : aventuriers et poètes de fortune qui plaquaient des paroles d’actualités sur des airs connus. Les textes évoquent la vie du soldat, son ressenti (joie, dérision, espoir de butin dans les chants de marche), par exemple dans la chanson Regrets du Comte de Nassau à propos du siège de Mézières. La mort de Bayard, lors de la retraite de l’armée, est célébrée dans un poème qui pleure le noble chevalier courageux, un capitaine loyal, fauché par un tir d’arquebuse.

L’ouvrage propose, sur une dizaine de pagesp. 155 à 166, les textes de quelques chansons avec mention de l’air sur lequel elles devaient être chantées.

Bayard et le cinéma : un rendez-vous manqué

Jean Serroy, universitaire et chancelier de l’Académie delphinale, rappelle les formes qui ont construit la légende de Pierre Terrail: manuels scolaires, peintures d’histoire du XIXe siècle et images d’Épinal, une riche iconographie. La publicité a repris cette imagerie: automobile, stylos, chocolat… Courage, loyauté font de Bayard un héros pour la littérature jeunesse.

Il apparaît aussi à la télévision dans un feuilleton des années 1950-1960, concurrencé par le personnage de Thierry la Fronde. Le cinéma lui a préféré Jeanne d’Arc. Il ne figure même pas dans le François 1er de Christian-Jaque (1937). Toutefois, en 1988, un film lui est consacré : Sans peur et sans reproche de Gérard Jugnot, un Bayard de fantaisie qui n’a pas rencontré son public.

Des chevaliers dans la montagne

Cette contribution de Stéphane Gal reprend le scénario du documentaire qui décrit la réalisation en 2019 d’une expérience d’histoire expérimentale que l’auteur a présenté dans l’ouvrage : Des chevaliers dans la montagneUniversité Grenoble Alpes éditions, 2021.

Ce petit ouvrage montre la construction de l’image du chevalier sans peur et sans reproche Pierre Terrail ce dauphinois, natif de Pontcharra, au château Bayard , compagnon d’armes de François 1er.