L’histoire des espaces et des sociétés des littoraux de l’Ouest atlantique européen se porte bien. Le volume d’hommages édité en l’honneur du professeur Jean-Luc Sarrazin en donne une très belle illustration par la diversité des thèmes traités et la palette d’auteurs qui ont accepté d’y contribuer. Tout historien et/ou géographe intéressé par l’histoire médiévale des sociétés habitant les littoraux situés entre l’estuaire de la Gironde et la Bretagne incluse a nécessairement croisé la route de Jean-Luc Sarrazin. Professeur émérite d’histoire médiévale à l’université de Nantes, ce dernier a longuement arpenté les espaces entre terre et mer du Centre-Ouest français.
La structure, en quatre parties, de l’ouvrage édité par les Presses Universitaires de Rennes, donne une bonne idée des territoires explorés par l’historien médiéviste : les ports et leurs interactions (I), les sociétés littorales et leur arrière-pays (II), les relations des hommes à l’océan (III), le sel et ses problématiques (IV). Les articles collectés ici ne sont pas tous centrés sur la France, le littoral atlantique ou le Moyen Âge des derniers siècles, et c’est heureux. L’ouverture vers l’époque moderne et des espaces situés en dehors du champ de recherche de Jean-Luc Sarrazin fait écho, d’une certaine manière, à la capacité que montra ce dernier à dépasser une stricte spécialisation : on le perçoit très nettement quand on lit les excellentes pages qu’il écrivit il y a maintenant un quart de siècle dans le manuel consacré à l’économie médiévale Philippe Contamine (dir.), L’Economie médiévale, Paris, Armand Colin, 1993, chapitres V (pp. 141-195) et VI (pp. 209-251).Les historiens qui interviennent sur la question des ports soulignent les progrès réalisés par les nombreuses études engagées, même si certaines zones géographiques semblent à peine émerger malgré leur rapport fondamental à la mer Par exemple le Portugal abordé par Amândio Jorge Morais Barros, Les ports du nord-ouest portugais dans le premier âge global, pp. 85-100. Ils font également écho au constat formulé par Mathias Tranchant d’une insuffisante attention portée aux équipementsVoir son dernier ouvrage : [Mathias Tranchant, Les ports maritimes de la France atlantique (XIè-XVè siècle),Volume I : tableau géohistorique, Presses Universitaires de Rennes, 2017, 261 p.->https://clio-cr.clionautes.org/Les-ports-maritimes-de-la-France-atlantique-XIe-XVe-siecle.html]. Mais cela ne saurait suffire : comme l’indique Amândio Jorge Morais Barros, il faut aussi accentuer les recherches concernant la gouvernance On peut à cet égard se reporter aux diverses contributions d’un très récent ouvrage : [Amélia Polónia et Ana María Rivera Medina (dir.), La gobernanza de los puertos atlánticos, siglos XIV-XX. Políticas y estructuras portuarias, Madrid, Casa de Velazquez, 2016, X-358 p.->http://books.openedition.org/cvz/200] des ports, nécessaire à une meilleure appréhension de leur gestion et de leur fonctionnement.
Si l’on met de côté la contribution très (trop?) spécialisée, et centrée sur un contexte antique, d’Aurélia Borvon et Claude Guintard Contribution à l’histoire des animaux : note sur les bovins du port antique de Rezé (Loire-Atlantique) à la fin du Ier siècle de notre ère, pp. 23-33, les études de cette première partie concernent soit un port (Almeria à l’époque islamique Christine Mazzoli-Guintard, L’émergence d’Almería, ville portuaire d’al-Andalus : un établissement urbain né de la Méditerranée (VIIIe-Xe siècles), pp. 35-47, dans lequel l’auteure montre bien que le développement de la ville fut suscité par le port. Redon et Brest à la fin du Moyen Âge), soit un groupe de ports (la Confédération des Cinq PortsJohn Tolan, Henri III, les juifs et les Cinq Ports, pp. 49-64, qui montre combien le roi Henri III est, au milieu du XIIIè siècle, en train de perdre le contrôle sur les juifs anglais et les Cinq Ports, préfiguration de la déchéance ultérieure du pouvoir royal anglais. et leur rapport au pouvoir royal dans l’Angleterre des années 1218-1255 ou les ports du Nord-ouest portugais dans le contexte de l’expansion), soit deux régions littorales atlantiques étudiées dans une optique comparatiste Guy Saupin, Variations sur le modèle des petits ports atlantiques européens : une comparaison entre un port asturien et le littoral nantais aux XVIIe et XVIIIe siècles, pp. 101-111.
Si l’étude consacrée à BrestYves Coativy, Brest et le commerce maritime au Moyen Âge, pp. 77-84 n’apporte pas de révélations fracassantes compte tenu d’une documentation assez parcellaire, celle que Daniel Pichot consacre au port de RedonDaniel Pichot, Le port de Redon à la fin du Moyen Âge, pp. 65-76 tire parti d’une source exceptionnelle : une série de dessins issus d’un manuscrit de 1543 montre « l’intime liaison de la ville avec le fleuve », la Vilaine, qui la traverse et « la construction d’un complexe portuaire diversifié » (p. 65). C’est un site classique de rupture de charge qui, pour l’essentiel, redistribue le sel extrait des salines proches de Guérande possédées par l’abbaye de Saint-Sauveur qui dispose d’ailleurs, à son pied, de son propre port. Redon s’affirme également, de plus en plus, comme le débouché fluvial de Rennes. Ces dynamiques nécessitent d’étoffer les équipements afin d’édifier un véritable complexe portuaire.
Les deux derniers articles de cette partie consacrés, pour l’un, aux ports du nord-ouest portugais des XVè-XVIè siècles, et, pour l’autre, aux littoraux cantabrique et nantais des XVIIè-XVIIIè siècles, sont également fort intéressants. Le premier article évoque en particulier Porto et son insertion dans la première mondialisation : sa communauté marchande, fortement structurée par les nouveaux chrétiens (juifs convertis), est partie prenante dans le développement économique des archipels atlantiques et du Brésil : « Les réseaux marchands sont les premiers à établir des plantations de canne à sucre au Brésil » (p. 94). De manière très pertinente, l’auteur constate que grâce aux marchands, qui « jouent des loyautés et des intérêts divers tout en unissant les océans », « les limites politiques et territoriales imposées par les Etats monarchiques lors des confrontations, des traités et des négociations perdent une part de leur importance »(p. 100). Quant au petit port de pêche asturien de Lastres, étudié par Guy Saupin, il présente une étonnante particularité : un important développement monumental qui contraste avec la modestie de son importance démographique et économique. L’argent massivement investi à Lastres l’est par une communauté d’émigrés, partis pour la Galice ou les terres d’Amérique, qui a gardé un fort attachement à sa petite patrie. Ce qui est loin d’être le cas pour les ports du littoral nantais évoqués (Le Croisic, Le Pouliguen, Pornic et les havres de la Baie de Bourgneuf) où cet attachement a connu un « effritement rapide » (p. 111).La deuxième partie portant sur les sociétés littorales et leur arrière-pays, il y est principalement question de campagnes. Des campagnes en partie dominées par un réseau assez serré de communautés monastiques. Jean-Luc Sarrazin a beaucoup travaillé sur l’ordre cistercien : sa thèse de troisième cycle (1977) était consacrée à un Recueil et catalogue des actes de l’abbaye cistercienne de Buzay en pays de Rais (1135-1374); dans sa thèse d’Etat (1997), publiée sous le titre La Campagne et la mer. Les pays du littoral poitevin au Moyen Âge (fin XIIè-milieu XVè siècle), et de nombreux articles, il a montré le rôle actif des cisterciens, même s’ils sont loin d’être les seuls, dans la mise en valeur du littoral. Deux articles abordent cette dimension religieuse : celui de Florent Cygler Les abbayes cisterciennes de Bretagne dans les actes des chapitres généraux de l’ordre aux XIIe et XIIIe siècles, pp. 115-129 montre, à travers l’étude des décisions du chapitre général, une « bonne intégration des abbayes bretonnes dans l’ordre cistercien » (p. 128) sans sous-estimer leurs difficultés financières ; quant à Philippe JosserandUne découverte historiographique : Templiers et Hospitaliers dans la France de l’Ouest au regard d’une thèse inédite du milieu du XXe siècle, pp. 175-184, spécialiste des ordres militaires dont l’historiographie connaît un regain de vitalité On peut à ce sujet signaler, par exemple, l’ouvrage de Philippe Josserand, Luís Filipe Oliveira et Damien Carraz (dir.), Elites et ordres militaires au Moyen Âge. Rencontres autour d’Alain Demurger, Madrid, Casa de Velazquez, 2015, IX-465 p. et Nicole Bériou et Philippe Josserand (dir.), Prier et combattre. Dictionnaire européen des ordres militaires, Fayard, 2009, 1029 p., il exhume, pour en montrer tout l’intérêt, un tapuscrit, qu’on croyait disparu, d’une chartiste consacré à l’organisation du prieuré hospitalier d’Aquitaine aux XVIIè et XVIIIè s..
Dans un article relatif aux activités d’un rassembleur de terres au milieu du XVè siècle[Jean-Luc Sarrazin, Les activités d’un rassembleur de terres en pays de Rais vers le milieu du XVe siècle, in Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, tome 88, numéro 2, 1981, pp. 135-156->https://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1981_num_88_2_3041], Jean-Luc Sarrazin avait bien montré combien la situation des paysans des campagnes nantaises s’était aggravée dans un contexte de troubles divers. Cela avait favorisé l’action de Jean Gauguet, à la fois moine et petit seigneur du pays de Rais, dans son entreprise de rassemblement de terres à son propre profit comme à celui de l’abbaye de Buzay à laquelle il appartenait. Les troubles des XIVè-XVè siècles permettent à Brice RabotCrises et recompositions des campagnes bretonnes méridionales (pays vannetais et nantais) aux XIVe et XVe siècles, pp. 143-152 de montrer les évolutions différenciées des modes de faire-valoir dans les pays vannetais (le binôme manoir-convenant y dominant à la fin du XVè siècle) et nantais (progression du binôme manoir-métairie), révélant l’emprise croissante des seigneurs sur le monde paysan. En PoitouPierre Legal, Puissance seigneuriale et appropriation de la forêt. De la restriction des usages forestiers en Poitou (XVe-XVIIe siècles), pp. 165-174, l’autorité du seigneur s’affirme aussi sur la forêt : au milieu du XVè siècle, les officiers seigneuriaux d’Arthur de Richemont, futur duc de Bretagne, « interdisent la pratique de l’usage ancestral de ramassage du bois mort, tombé à terre ou étant sur pied, et de la coupe des morts-bois », c’est-à-dire « de sujets vifs considérés comme morts en raison de leur médiocre qualité, piètres essences d’oeuvre ou de chauffage » (p. 167). On constate, en revanche, qu’en Anjou et en Bretagne, « les coutumes laissent davantage la place aux usages ruraux et forestiers » (p. 173). La pression seigneuriale s’exerce donc de façon différenciée selon les régions de l’Ouest atlantique.
Dans un très bel articleFrédérique Laget, Le marin et le maritain. Pistes de réflexion sur l »effet-tunnel’ des littoraux médiévaux, XIIIè-XVè siècles, pp. 131-141, Frédérique Laget rappelle que Jean-Luc Sarrazin insistait sur le fait « que l’interaction entre mer et littoral, surtout au Moyen Âge, n’allait pas de soi (p. 131). Quand, à partir du XIIIè siècle, l’Occident connaît une remarquable expansion de la pêche maritime, qui se traduit par une dilatation de l’espace de pêche, on assiste à l’émergence de la figure du marin-pêcheur. L’auteure montre alors que les paysans du bord de mer ne peuvent être considérés nécessairement comme des marins-nés. Il convient donc de bien distinguer entre les maritains, ces « paysans-marins » qui utilisent les ressources des deux milieux mais « pour qui la mer représente un obstacle et un danger plus qu’un horizon de développement » (p. 132), et les marins proprement dits que l’auteure rattache au port, donc au monde urbain. Le rapport des maritains à la mer est en effet particulier : s’ils sortent en mer, ils ne font que la longer et leurs repères sont à terre; et ils se perçoivent comme des « terriens exposés à la mer »Cette dimension est plus particulièrement analysée dans l’article d’Emmanuelle Athimon, Adversités météo-marines : reconstruction historique, impacts et résilience en Anjou, Poitou et Bretagne méridionale (XIVe-début XVIe siècle), pp. 153-164. Sur cette question, on peut lire Jean-Luc Sarrazin,« Vimers de mer » et sociétés littorales entre Loire et Gironde (XIVe-XVIe siècle), in Norois, n°222, 2012, pp. 91-102 ainsi que [Emmanuelle Athimon, Mohamed Maanan, Thierry Sauzeau et Jean-Luc Sarrazin, Vulnérabilité et adaptation des sociétés littorales aux aléas météo-marins entre Guérande et l’île de Ré, France (XIVe – XVIIIe siècle), in VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, Volume 16, n°3, décembre 2016-> http://journals.openedition.org/vertigo/17927](p. 136). L’auteure estime que les campagnes littorales proches d’un grand port connaissent une marginalisation croissante : « Les deux mondes coexistent, mais leur communication ne va pas de soi » (p. 132).

Les articles de la troisième partie nous conduisent davantage vers le grand large pour évoquer les relations des hommes à l’océan. Il y est question de diplomatieNicolas Drocourt, L’ambassadeur byzantin et la mer. Perceptions, déplacements maritimes et diplomatie médio-byzantine (VIIe-XIIe siècle), pp. 187-199, de guerreStéphane Curveiller, Les affrontements navals en mer du Nord à la fin du Moyen Âge et au début des Temps modernes : parcours et historiographie, pp. 215-226, d’associations (sociétésMichel Bochaca et Beatriz Arizaga Bolumburu, Une association de gens de mer du XIIIe siècle : la Societas navium Baionensium, pp. 201-214. Les auteurs nous livrent les grandes lignes de statuts au début du XIIIè siècle mais indiquent qu’ils n’ont pas « le moindre indice attestant l’application concrète des statuts » (p. 213). et confrériesJesús Ángel Solorzano Telechea, Les confréries des gens de mer dans le nord de l’Espagne atlantique aux XIVe et XVe siècles, pp. 227-237) et de traite atlantiqueGildas Salaün, Le cauri : monnaie de la traite atlantique, son usage monétaire à Ouidah (Bénin) au XVIIIe siècle, pp. 239-251Jacques Péret, Le temps et l’espace d’un capitaine rochelais à la fin du XVIIIe siècle, pp. 253-266. Jesús Ángel Solorzano Telechea signe une très intéressante étude sur les confréries des gens de mer de la côte cantabrique à la fin du Moyen Âge. Il note qu’elles ne se sont développées qu’au nord de l’Espagne. A leur tête figurent des propriétaires d’embarcations et d’appareils de pêche. Si, comme la plupart d’entre elles, elles ont notamment pour finalité de « délivrer une assistance sociale aux confrères nécessiteux et à leurs parents » (p. 234), on note un certain nombre de particularités : elles semblent tout d’abord très soucieuses du respect de leur environnement (on pourrait presque parler de conscience écologique), réglementant ainsi très strictement les campagnes de pêche (avec l’interdiction faite aux pêcheurs de sortir en mer en dehors des saisons fixées et de pêcher une autre espèce que celle qui devait l’être) et la nature des équipements (on faisait ainsi très attention à la taille minimale des embarcations ainsi qu’aux dimensions et à la nature des filets employés); on constate par ailleurs que ces confréries ont porté les revendications du peuple des villes, exclu du pouvoir politique : « dans la plupart des villes [comme San Vicente de la Barquera ou Lequeitio], les objectifs et les intérêts des confréries et du peuple se sont avérés inséparables » (p. 236).
Dans son étude consacrée aux affrontements navals en mer du Nord, Stéphane Curveiller tire quelques constats : « jusqu’à la fin du XVè siècle, les grands affrontements sont peu nombreux entre flottes ennemies, car aucune nation n’est encore maîtresse des mers, malgré l’avance de l’Angleterre dans ce domaine » (p. 219); afin de protéger les pêcheurs et leurs prises dans un contexte de guerre, les Etats arment les navires et généralisent les convois (ainsi, Charles-Quint arme en 1535 une escadre à Dunkerque pour protéger les harenguiers); les pêcheurs, en fonction des aléas politiques, n’hésitent pas à combiner pêche et course, toutes deux d’un fort bon rapport. C’est également de guerre dont il est, en partie, question dans l’article de Jacques Péret consacré au capitaine rochelais Joseph Micheau (1751-1821). Ce dernier est passé par l’Ecole d’hydrographie de La Rochelle, est entré à dix-sept ans dans la carrière maritime, est devenu capitaine en 1777 : c’est alors, pendant la guerre d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique, qu’il se lance dans la course. Mais c’est sur les armements de la traite négrière qu’il a construit l’essentiel de sa carrière, sur « les rails du tristement célèbre trafic triangulaire » (p. (264) : il fait plusieurs fois le trajet entre La Rochelle, les côtes de l’Angola, très fréquentées par les négriers rochelais, et Saint-Domingue. La traite atlantique fait l’objet d’une seconde étude, exemplaire, de Gildas Salaün. Celui-ci montre que le royaume africain de Ouidah est très « structuré sur le plan monétaire, fiscal et commercial » (p. 250) : le cauri, valeur de référence pour les échanges, et les esclaves, fournis au roi par ses soldats à qui il les achète pour les vendre aux négriers européens, sont les deux indicateurs de la richesse à Ouidah. On constate, au cours du XVIIIè siècle, une importante hausse du ‘cours’ des esclaves, que traduit l’augmentation de son prix exprimé en cauris : un esclave s’échange alors contre l’équivalent de quatre-vingts écus européens, soit 80000 cauris. L’auteur indique alors : « Sachant que l’on estime à deux millions le nombre d’esclaves embarqués depuis la région de Ouidah, c’est donc jusqu’à cent millions de livres pesant de cauris, ou cinquante mille tonnes, qui furent nécessaires dans ce seul secteur » (p. 247)… Gildas Salaün conclut que « la prise de bénéfice croissante des Africains eux-mêmes sur le commerce négrier constitue assurément une cause majeure, jusqu’à présent négligée, de la baisse constante de la rentabilité de la traite atlantique constatée tout au long du XVIIIè siècle » (p. 251).

Jean-Luc Sarrazin s’est beaucoup intéressé aux problématiques du sel, thème qui parcourt une bonne partie de son oeuvre, depuis sa thèse d’Etat, déjà citée, à divers articles un article de 1992, en deux parties, intitulé Le littoral poitevin (XIe-XIIIe siècles) : conquête et aménagement, paru dans les Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest (Tome 99, numéro 1, pp. 13-31, et numéro 2, pp. 117-130); ou encore Le paysage salicole de l’île de Bouin à la fin du Moyen Âge, in Frédéric Chauvaud et Jacques Péret (dir.), Terres marines, Rennes, P.U.R., 2006, pp. 57-67.en passant par la co-direction d’un riche ouvrage consacré au sel de la Baie[Jean-Claude Hocquet, Jean-Luc Sarrazin (dir.), Le Sel de la Baie : histoire, archéologie, ethnologie des sels atlantiques, Rennes, P.U.R., 2006, 416 p.->http://books.openedition.org/pur/7581]. Des quatre articles qui composent la dernière partie du livre, trois s’articulent, pour chacun, autour d’une source originale. Julien BriandUn compte d’exploitation salicole dans la baie (1463-1484) : présentation et édition commentée, pp. 287-306 édite et commente de riches extraits d’un compte d’exploitation salicole privé unique : le témoignage exceptionnel de Robert Blanchet, possesseur de plus de 800 aires salicoles disséminées au nord de la Baie de Bourgneuf, sur la gestion de son patrimoine. Son carnet comporte des actes de nature variée dont des prêts d’argent et des reconnaissances de dette sous seing privé qui indiquent « l’endettement chronique des sauniers et leur dépendance vis-à-vis du possesseur de la saline » (p. 291). L’auteur remarque : « A une période où la Baie a retrouvé une grande partie de son dynamisme, avant d’être victime d’un envasement progressif de ses ports et d’une concurrence de plus en plus vive à l’époque moderne, c’est l’importance des investissements bourgeois dans la production locale qui mérite d’être réévaluée à l’aune du cas Blanchet » (p. 294). Alain Gallicé De l’intérêt pour les salines en pays guérandais à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne : l’exemple du patrimoine constitué par Michel Le Pennec, pp. 307-315, lui, montre, à travers deux documents relatifs aux nombreux achats réalisés par Michel Le Pennec, un propriétaire d’oeillets dans les salines de Guérande de la seconde moitié du XVè siècle, que « les salines sont de bon revenu, quoiqu’irrégulier, particulièrement dans les secteurs les plus exposés aux aléas météorologiques » et que « leur gestion assure une bonne rentabilité » (p. 315). Thierry Sauzeau, Salines de Brouage et d’Oléron dans l’enquête « Bouthillier » (1714), pp. 317-330 s’appuyant sur « la plus ancienne enquête En 1714, le commissaire Bouthillier fut missionné par le contrôleur général des Finances Desmarets pour ‘dresser procès verbal de l’Etat et quantité des marais sallants des paroisses d’Hiers et de Brouage et des sels trouvés existants sur chacun d’iceulx marais.’ offrant une couverture systématique de la zone des marais salants du Centre-Ouest » (p. 318), dresse un portrait contrasté des paysages salicoles de Brouage, sur le continent, et de l’île d’Oléron au lendemain de la Guerre de Succession d’Espagne. Pendant deux décennies, la guerre La Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1689-1697) et la Guerre de Succession d’Espagne (1702-1713). empêcha l’accès des pêcheurs français à l’Atlantique et désorganisa la production et le commerce du sel produit sur le littoral du Centre-Ouest, concurrencé par les sels ibériques notamment L’article de Jean-Claude Hocquet, La concurrence des sels dans une perspective européenne : l’Ouest entre la Hanse et les sels méridionaux, pp. 269-28, évoque les débouchés des sels de la Baie et les concurrences diverses qui les affectent dans un contexte moins tardif que celui qu’étudie Thierry Sauzeau.. Au cours de ces années, « moins sollicitée, l’hydraulique des marais salants se dégradait, les salines s’envasaient […], la sédimentation s’accélérait au niveau du trait de côte », si bien que, la paix revenue, se « posa finalement la question de la remise en route des salines » (pp. 317-318). L’analyse serrée de l’enquête fait clairement apparaître des différences marquées entre Brouage et Oléron : les salines du vieux golfe de Brouage sont dans état de déprise avancé et représentent la moitié de celles qui sont exploitées dans l’île; là, les salines font preuve d’une belle vitalité et la propriété y est bien moins émiettée qu’à Brouage. A cette époque, c’est donc « bien plus sur l’île d’Oléron qu’il faut rechercher les structures de production les plus dynamiques et les surfaces saunantes les plus importantes » (p. 323).

Encadré par la chaleureuse préface du professeur Philippe Contamine et l’excellente mise en perspective finale de deux Frédérique Laget et Brice Rabot, Conclusion. Vers l’Atlantique et au-delà, pp. 331-337 des trois maîtres d’oeuvre de l’hommage rendu à Jean-Luc Sarrazin, ce livre vaut donc le détour et donne un état actualisé de nombre des chantiers historiographiques relatifs aux sociétés littorales atlantiques des temps médiévaux et modernes.