Jean-Benoît Bouron et Pierre-Marie Georges

Les territoires ruraux en France – Une géographie des ruralités contemporaines

Ellipses, 2015, 455 p, 29 euros

Sans prétendre nier l’importance de l’urbain dans l’analyse de l’espace contemporain, Jean-Benoît Bouron (professeur au lycée La Martinière-Monplaisir) et Pierre-Marie Georges (doctorant en géographie à l’université Lyon 2) exposent avec cet ouvrage la forte prégnance du fait rural dans nos sociétés tant la campagne cristallise les aspirations des urbains et qu’elle semble justement « éclairer la ville après en avoir été le négatif » (p 9).

C’est fort de ce précepte que les deux auteurs structurent ce copieux manuel (455 pages, 3 parties et 9 chapitres) adressé aux étudiants, aux professionnels des territoires mais, bien entendu, à tout curieux désirant se documenter sur la ruralité d’aujourd’hui. Des territoires ruraux en mutation à l’approche régionalisée des territoires ruraux en passant par leurs rapports avec les milieux, l’ouvrage embrasse de nombreux thèmes pour tenter d’arriver à un panorama complet de la question.

Ce qui ressort d’emblée à la lecture du livre, c’est un ton de parole honnête, libéré pourrait-on dire, laissant une belle place à une certaine forme d’humour : « un manuel n’a pas besoin d’être triste pour être sérieux » (p 10). Les auteurs mobilisent leur vécu pour montrer qu’il peut être bon de se procurer des bouchons d’oreille pour se concentrer avant un oral (p 223), que les métaphores et autres « envolées lyriques » lors de la rédaction doivent être dosées avec parcimonie, voire évitées (p 220) mais également que l’on survit à la « cruauté » (p 222) de l’épreuve de commentaire de carte topographique bien qu’elle ait pu susciter des « hallucinations » chez les étudiants (p 19).

Et c’est précisément parce que cette agréable façon d’écrire résonne avec de solides contenus et surtout un fameux corpus illustratif que l’ouvrage tire son épingle du jeu. L’analyse photographique est très claire, notamment au travers de l’exemple temporel de « l’adaptation progressive du bâti agricole à la mécanisation de l’agriculture » (p 34) où l’image est annotée avec les différentes dates de constructions des bâtiments. De manière plus générale, les auteurs insistent bien sur la question de savoir « pour qui » et « pourquoi » (p 24) telle ou telle photographie de paysage a-t-elle bien pu être prise, outil objectif de l’analyse géographique ou support orienté de la mise en tourisme d’un espace.

Les graphiques, tableaux et textes intéressants ne sont pas en reste avec celui sur les différentes cohérences des maillages territoriaux (p 52), sur l’accessibilité des services en milieu rural (p 118), sur les superficies et ordres de grandeur (p 428) ou encore sur la graphie des toponymes (p 430).

L’outillage méthodologique est également passé au peigne fin à l’image de l’exemple du toujours délicat calcul de la densité (p 90-91) ou de celui des mobilités « triangulaires » (p 56, 101 et, pour un cas concret, p 102) du type « domicile-école-travail » ou « domicile-supermarché-travail ».

L’ouvrage séduit aussi par sa bibliographie chapitrée agrémentée d’une filmographie autorisant l’analyse diachronique.

S’il est une ou deux modestes réserves, elles porteraient peut-être sur l’utilisation des mots en gras dans le texte qui, dans un sens autorisent certaine une lecture « en diagonale » mais qui ne sont pas tous repris dans le lexique final. Peut-être également que la comparaison entre la croissance urbaine et les différentes façons de préparer les œufs n’était pas la plus judicieuse (p 104) : dans l’œuf brouillé, représentant la « ville émiettée », le jaune et le blanc ne sont-ils pas mélangés ?

Ces broutilles ne ternissent évidemment pas l’image générale de ce volume très complet et très bien ficelé consacré à la pluralité de nos campagnes.

Au titre de notre communauté, nous apprécions de voir, p 109, la citation d’un compte-rendu de la Cliothèque rédigé par Jean-Pierre Costille, un nouveau témoignage de l’utilité de notre action de lecture et de mise en ligne des travaux d’autrui.

À propos de l'auteur

Xavier Leroux

Professeur des écoles (Tourcoing), docteur en géographie, membre associé au laboratoire "Discontinuités" (Université d'Artois) Qualification CNU aux fonctions de maître de conférences (section 23) Responsable de la Cliothèque - service de presse géographie et junior Centres d'intérêt: Étude des liens entre géographie et école selon deux axes: - l'enseignement et la didactique de la géographie à l'école élémentaire - les territoires scolaires (affectation des enseignants, carte scolaire...) Articles en ligne …

Jean-Benoît Bouron et Pierre-Marie Georges,

Les territoires ruraux en France. Une géographie des ruralités contemporaines.

Ellipses, 2015, 455 p. 29€.

Voici une petite mine pour les étudiants de géographie (qu’ils soient élèves de classes préparatoires ou inscrits à l’Université) comme pour leurs enseignants ! Jean-Benoît Bouron, agrégé de géographie interrogateur au lycée du Parc à Lyon et Pierre-Marie Georges, ATER à l’Université du Littoral et de la Côte d’Opale interrogateur au Lycée Fauriel à Saint-Étienne proposent ici un manuel au sens premier du terme. Nul doute que cet ouvrage ne quittera pas les mains de nos apprentis géographes tant il renferme les notions essentielles à la compréhension de notre espace.

Loin de se limiter aux espaces ruraux comme l’indique le titre, cet ouvrage brosse un tableau général de la France puisqu’il examine les relations qu’entretiennent les espaces ruraux avec les espaces urbains : d’excellentes pages sont consacrées aux espaces périurbains. Le chapitre consacré aux territoires productifs replace les espaces ruraux dans une perspective bien plus large que l’examen de l’activité agricole puisque la place tenue par l’industrie et le tourisme est bien montrée. La géographie physique n’est pas absente de l’ensemble puisqu’elle est examinée par le biais de la gestion des milieux dans le chapitre 4 puis dans les chapitres suivants par l’entrée littoral et montagne. La dernière partie de l’ouvrage propose une approche régionale des territoires ruraux, sans oublier les territoires ultra-marins.

Au-delà d’un texte renfermant les connaissances essentielles à la préparation d’un concours ou d’un examen de géographie, cet ouvrage est un véritable outil puisqu’il propose, à la fin de chaque chapitre, une bibliographie et filmographie très complète ainsi que des points de méthode (sur la manière de réaliser un commentaire de carte topographique en temps limité, de construire une problématique, de représenter l’espace, de repérer les acteurs géographiques…). Des dossiers thématiques (les services en campagne, le développement rural, …) ou des sujets corrigés (le vignoble français, eau et paysage) sont présents aussi. L’ensemble est illustré de photographies réalisées par les auteurs ou mutualisées comme en témoigne la liste des remerciements adressés aux photographes professionnels et amateurs. On sent à la lecture de cet opus, qu’au-delà des deux auteurs identifiés, cet ouvrage est le fruit d’une maturation collective faite d’échanges et de conseils. C’est ce qui fait sa richesse et nous aide à comprendre en quoi consistent les ruralités contemporaines. Tout sauf une vision passéiste !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

À propos de l'auteur

Catherine Didier-Fevre

Professeure agrégée d’histoire - géographie en classes préparatoires littéraires au Lycée Sainte-Marie Lyon (69005) Elle a soutenu une thèse de géographie à Paris Ouest Nanterre La Défense le 29/09/2015 : The Place to be ? Vivre et bouger dans "l’entre deux" : Mobilités et jeunesses dans les espaces périurbains. Mention très honorable. http://www.theses.fr/s75353 Activités dans l’association : - rédactrice de la Cliothèque de géographie - administratrice et rédactrice de Clioprépas

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