Un très bel ouvrage pour les réalisations de Vauban, plus qu’une biographie de l’homme c’est une analyse de ses constructions, assortie de plans, croquis en élévation d’une grande qualité. C’est à un véritable tour de France qu’invite ce livre.

L’œuvre architecturale de Vauban, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008, est représentée par 12 réalisations1 parmi les quelque 170 ouvrages conservés. Ils sont répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain mais l’inspiration de Vauban est visible dans d’autres sites et dans des fortifications lointaines2.

Les sites que les auteurs mettent en valeur sont présentés au fil des pages par un court texte et de remarquables croquis de Jean-Benoît Héron.

L’éditeur propose quelques exemples sur son site : Vauban, homme de l’art, Vauban, homme de l’art

Vauban, homme de système ?

Ce premier chapitre évoque rapidement la vie et la formation de l’ingénieur3 qui lui a permis d’être au cœur des nouvelles formes de guerre. Au XVIIe siècle les fortifications connaissent une rapide évolution liée aux progrès de l’artillerie. Dans un premier temps Vauban va modifier des fortifications existantes. Le premier exemple proposé est le site de Villefranche de Conflent (p.12-15) où il complète la défense de la ville par des bastions.

Le « système de Vauban » repose sur la fortification bastionnée, définie par des calculs mathématiques et des travaux de nivellement épousant le relief (Mont-Louis, p. 22-25). On connaît ce « système » par la compilation que Fourcroy fait au XVIIIe siècle en l’absence ce traité de fortification rédigé par Vauban.

Jean-Loup Fontana montre les efforts d’adaptation aux sites, aux constructions antérieures. Il fait évoluer les solutions trouvées (sites de Saint-Martin de Ré, d’Antibes). Grâce à l’observation des usages lors des guerres qu’il a pu connaître Vauban adapte tant en plaine (Lille) qu’en montagne (Briançon, Mont-Dauphin).

La géométrie, clef de la fortification

La citadelle de Besançon montre tout le talent de Vauban (p.42 et suiv.). Cette géométrie s’exprime tantôt sur la base carrée (Antibes) tantôt par le pentagone (Arras) s’inspirant ici des fortifications de Turin.

Le choix des sites est lui-même stratégique : verrou de la Gironde (Mont-Médoc, Blaye).

L’exemple, peut-être le plus célèbre, Neuf-Brisach, a démontré la force des idées de Vauban lors des sièges du XIXe siècle.

Les précurseurs italiens dont Vauban a pu s’inspirer et les Français comme Clerville permettent, par comparaison, de comprendre l’originalité de Vauban, sa réflexion sur la poliorcétique.

L’analyse détaillée de la tour du Fort Pâté sur son îlot sur la Gironde et la tour dorée de Camaret permet d’aborder les principes de la défense.

Expérience et empirisme ouvrent l’éventail des formes

C’est son expérience de terrain qui permit à Vauban d’améliorer ses réalisations et de les inscrire dans la stratégie de fixation des ennemis sur la frontière, qu’elle soit terrestre (Sisteron, Mont-Dauphin) ou maritime (Saint-Vaast la Hougue). On le suit sur divers sites où son expertise est recherchée (Pignerol, Perpignan). C’est l’occasion pour Jean-Loup Fontana re resituer l’œuvre de l’ingénieur dans le contexte géopolitique de l’époque.

Si Vauban est un bâtisseur il propose aussi des démantèlements comme à Nice avant sa restitution au Duc de Savoie. Il est aussi aménageur : les villes nouvelles crées entre 1678 et 1698. L’œuvre n’est pas seulement militaire comme en témoigne son souci d’implanter des églises au cœur même du dispositif défensif (Mont-Louis). Les constructions sont une affirmation de l’absolutisme avec la place d’arme, le logement du gouverneur, la porte d’accès (Porte royale à Blaye, Longwy). L’architecture est fortement marquée par le classicisme dans sa rigueur mais pas sans détails qui lient fonction militaire et accueil des visiteurs (vestibules et portiques sous les niveaux supérieurs des bâtiments – porte royale d’Arras, porte de France à Briançon). D’autres installations incontournables, en cas de siège, sont évoquées : puits, poudrerie.

L’auteur conclut sur Vauban, homme du baroque, qui sans négliger les héritages, a su innover.

Présentation sur le site de l’éditeur Vauban, L’Homme de l’art

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1 Carte p. 7

2 Forte Stella en Italie, Bourtange aux Pays-Bas, Québec et Luisbourg au Canada, en Haïti : Fort Jacques (sur la section communale de Fermathe) et la citadelle La Ferrière à Cap-Haïtien

3 Brevet obtenu le 3 mai 1665