Présentation de l’éditeur. « La politique, ce n’est pas pour moi, c’est trop compliqué, et ça ne sert à rien ! »
Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette phrase ? De plus en plus rétifs aux appareils politiques, trop sclérosés et conformistes, les Français n’en demeurent pas moins passionnés par la chose publique, et restent très attachés à des idées comme la transparence, la démocratie participative et le non-cumul. Mais trop souvent, il leur manque les clés pour se lancer eux-mêmes et faire la politique.

Ce guide pratique relève un défi : lutter contre la lassitude des citoyens et leur donner envie de se présenter à des élections locales pour passer à l’action. Il aide à décrypter, par des explications simples et concrètes, le jargon d’un conseil municipal ou de l’administration, à décoder le fonctionnement de la vie politique locale et le « qui fait quoi » et à connaître les démarches nécessaires (et les obstacles).
Dans la deuxième partie, l’auteur met en lumière cinq initiatives communales innovantes et efficaces qui redonnent une crédibilité à l’action politique locale ».

 

Il est de bon ton de se proclamer apolitique, de prétendre ne pas faire de politique, d’être à la fois de droite et de gauche, ou de n’être ni d’une tendance, ni de l’autre. Mais c’est alors réduire l’action politique aux seuls formations partisanes, aux gesticulations médiatiques, à des postures, et estimer qu’elle doit être réservée à ceux qui s’y connaissent, même si la pertinence de nombre de décisions laisse perplexe. C’est pourquoi le titre de l’ouvrage pourra séduire, et surtout son sous-titre : « La démocratie vous appartient ! ».  Il peut se comprendre comme un rappel aux citoyens qu’il leur est possible d’agir en politique, c’est-à-dire dans les affaires communes qui les concernent au premier chef. Il peut aussi se concevoir comme un rappel s’adressant aux élus, en particulier à ceux qui parlent de « carrière » ou de « métier » là où il n’est que mandat électif, et qui ne se souviennent de ceux à qui ils doivent leur position qu’à l’approche des élections, brandissant alors des mots qui n’ont que peu de sens pour eux, notammetn le pléonasme qu’est la « démocratie participative ». On n’a, par ailleurs, que trop d’exemples de ces potentats qui se comportent comme s’il avait un fief, transmissible à un dauphin dûment adoubé, et distribuant prébendes et privilèges à quelques ouailles.

Christian Proust connaît bien le milieu politique politique local pour avoir exercé des fonctions dans des collectivités territoriales, ce qui l’a conduit à devenir directeur général adjoint d’un conseil général. À lire son ouvrage, on le sent animer de l’idée selon laquelle une régénération du fonctionnement politique français est indispensable. Il ne croit pas aux structures partisanes et des détenteurs du pouvoir pour se poser en force de proposition : trop d’enjeux, trop peu d’idées. La seule solution à ses yeux consiste à en passer par les citoyens. Son ouvrage (et ses conférences) vise donc à réveiller ce corps engourdi, réduit à un rôle de spectateur passif, à peine stimulé lors des campagnes électorales.

L’ouvrage de Christian Proust est volontairement didactique et très accessible, ce qui en fait une référence pour nous-mêmes, enseignants, mais également un outil pour nos élèves. Il explique comment fonctionnent les collectivités territoriales, mais en échappant à l’austérité des pensums qu’on nous imposait en éducation civique, tant son propos est vivant et documenté. Il n’hésite pas à entrer dans la technique budgétaire : où une collectivité territoriale trouve-t-elle des ressources financières, et qu’en fait-elle ? Et c’est tout un jargon technique qui se trouve démythifié : la politique n’est pas réservée à une élite de techniciens, de professionnels, à une « technocratie », à quoi aspirait (en partie) un groupe de réflexion comme X-Crise, dans les années trente. La présence d’un lexique et d’un index en fin d’ouvrage aide à y voir encore plus clair, et on peut aller plus loin avec les références utilisées et les encadrés « en savoir plus ».

Au passage, on note que les limites du champ d’action des élus est abordé : si dirait un ancien Premier ministre estimait que « l’État ne peut pas tout », on constate que beaucoup peut être fait au niveau local. Et s’ils n’ont pas la science infuse, il leur est même possible de s’ouvrir au « monde civil » (comme s’ils n’en faisaient pas partie…), comme les associations. Et on en arrive à comprendre qu’il est (parfois) possible d’influer sur les décisions prises, pour peu que les élus en question veuillent bien accepter d’écouter et d’entendre… Et on en arrive à comprendre que l’action des citoyens ne se réduit pas à déposer (ou non) un bulletin dans une urne électorale de temps à autre, mais que les structures associatives sont un moyen d’expression politique, quelle que soit leur nature : par son implication dans le domaine public, une association de boulistes a, un tant soit peu, une dimension politique.

Et pour donner plus de corps à son propos, Christian Proust nous propose cinq exemples (se terminant chacun par une synthèse) qui montrent non seulement qu’il possible de s’impliquer dans le champ politique, et que des initiatives sont déjà en train de se développer ça et là. On n’échappe évidemment pas à Saillans, qui fait figure de laboratoire en matière de démocratie locale, mais on ne voit pas comment ni pourquoi il aurait fallu y échapper. Mais d’autres exemples sont proposés, qui montrent notamment en quoi le jazz participe depuis une quarantaine d’années à la redynamisation d’une commune modeste du Gers, Marciac. L’un des intérêts de cette partie repose sur le fait que ce sont les acteurs eux-mêmes qui expliquent ce qui s’est passé.

Bref, on a là un ouvrage très utile parce que stimulant, et qui rendra bien des services aux enseignants d’ « éducation morale et civique » (puisque ces choses-là s’appellent comme cela), et qui aidera à réintroduire le sens du mot « politique » à rebours des organigrammes institutionnels pesants qui sont encore proposés aux élèves (si, si).

On pourra tout de même regretter — s’il faut vraiment regretter quelque chose aux seules fins de paraître  objectif — que le mot de la fin ait été donné à Éric Gautier (mort en octobre 2017), conseiller général pendant dix-sept années et maire pendant treize ans. En matière de cumul de mandats simultanés, on a là un exemple de carrière politique, même si celui-là n’est guère allé au-delà de trois élections remportées : il en est d’autres qui ont duré pendant plusieurs décennies et qui ont autrement massacré la démocratie. Et enfin — difficile de résister au plaisir de tirer le diable par la queue —, il ne faudra pas se méprendre sur la signification des mains levées qui illustrent la couverture.

Fort heureusement, Christian Proust propose une conclusion appelant à l’action de chacun, très justement intitulée « Les Jours heureux »Voir le compte rendu qui a été de deux films de Gilles Perret sur ce sujet, à quoi on ajoutera son autre documentaire intitulé La Sociale.. La référence au programme du Conseil national de la Résistance ne pouvait pas mieux tomber, démontrant ainsi toute sa pertinence.


Frédéric Stévenot, pour Les Clionautes