Dans ce roman, le quatrième récitAprès L’Enfer ne brûle pas, , Sauver les Français et L’Année des surhommes 

de la vie de Pierre-Esprit Radisson, le héros et son acolyte Médard Chouart Des Groseilliers, vont connaître les difficultés des trappeurs de la Nouvelle-France. Ils entament une carrière internationale qui les conduira à Boston, New York et Londres entre 1661 et 1670. Ils parviendront, grâce au soutien du roi d’Angleterre et de la Compagnie de la Baie d’Hudson à atteindre la baie d’Hudson et ses belles fourrures de castor.

L’auteur, Martin FournierIl a notamment publié, en 2004, aux Éditions du Septentrion : Jean Mauvide. De chirurgien à seigneur de l’île d’Orléans au XVIIIe siècle est historien et romancier. Sa thèsePierre-Esprit Radisson, aventurier et commerçant, 1636-1710, Septentrion, ­Québec, 2001, 314 pages ; réimprimé en 2014. portait déjà que le personnage historique qu’est Pierre-Esprit Radisson, le plus connu des coureurs des bois.

Radisson est de retour d’une campagne de traite, il arrive au village de Trois-Rivières, il n’a qu’une vingtaine d’année en cette année 1661. Il est accompagné d’une jeune Amérindienne Anichinabée. Les retrouvailles avec sa sœur Marguerite, l’épouse de l’autre protagoniste de cette aventure Médard Chouart dit Des Groseilliers annoncent le grand projet des deux hommes : gagner la « mer du Nord », c’est-à-dire la Baie d’Hudson.

La description des lieues, des modes de vie tant français qu’algonquins, la crainte d’une attaque iroquoise permettent au lecteur de plonger dans l’atmosphère des débuts de la colonisation de la colonie française. Le récit rapide du voyage de Des Groseilliers en métropole replace dans l’histoire des débuts du règne personnel de Louis XIV : lutte contre les protestants rochelais et dans la manière dont petit-à-petit se peuple la colonie.

Le second chapitre évoque aussi bien la pêche à la morue que le poids des Jésuites dans la colonie, la violence latente entre des engagés qui ne sont pas des enfants de chœur, la situation en Acadie. Devant les difficultés il est question de contacts avec les Bostonnais. Radisson et Des Groseillers négocient, non sans difficultés, ce qui permet au lecteur d’appréhender le climat tendu qui règne au Massachusetts entre puritains et royalistes, partisans du roi Charles II. Enfin le 30 mai 1663, ils embarquent pour l’Atlantique Nord à bord du Good Hope. La première tentative est un échec retour à Boston le premier octobre.

Les aventures se poursuivent où l’on voit que l’hostilité qui existe entre Anglais, Français et Hollandais est parallèle aux guerres indiennes qui opposent de nombreux groupes amérindiens aux Iroquois. Elles renseignent aussi sur les querelles entre puritains et royalistes dans les colonies britanniques, sur les méthodes d’appropriation des territoires de chasse des Amérindiens pour y imposer des colons agricoles.

Toujours à la recherche de fonds pour financer leur projet de route du Nord, Radisson et Des Groseilliers partent pour Londres mais la navigation transocéanique est périlleuse, corsaires. C’est le roi d’Angleterre et quelques riches marchands anglais qui vont leur permettre de réaliser leur rêve. Le temps passé à préparer ce voyage est l’occasion d’évoquer la toute jeune Royal Society de Londres, quelques quartiers londoniens, les aléas de la guerre anglo-hollandaiseIl s’agit de la deuxième guerre anglo-hollandaise ou la deuxième guerre hollandaise (4 mars 1665 – 31 juillet 1667 Seconde guerre anglo-néerlandaise, et l’incendie de Londres en septembre 1666. On y voit aussi les concurrences commerciales entre Hollandais et Anglais, la route du Nord est un mirage très convoité. C’est finalement la création de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui permettra ce voyage plus mouvementé pour Radisson que pour Des Groseillers. C’est dans l’attente d’un nouveau départ que Pierre-Esprit raconte sa vie à un témoin à Londres qui sera éditéVoyages of Peter Esprit Radisson, being an account of his travels and experiences among the North American Indians, from 1652 to 1684, transcribed from original manuscripts in the Bodleian Library and the British Museum with historical illustrations and an introduction by Gideon D. Scull, London England, Boston, The Prince Society, 1885, 385 p. (lire en ligne) alors que Médard passe un premier hiver sur les côtes de la Baie d’Hudson. La réception de la charte royale de la Compagnie de la Baie d’Hudson donne une bonne idée de ce que fut le mécanisme de colonisation et comment dans ce cas il contient les germes de la guerre avec la Nouvelle France.

La postface replace, avec rigueur la part du roman et celle de l’histoireLes romans historiques contribuent-ils à la connaissance de l’histoire? L’exemple de Radisson – RVH Québec 2021 https://rvhqc.com/#!/fiche/13.

Un récit plein de suspens et très bien documenté, qui valorise les cultures traditionnelles autochtones. Une agréable façon de pénétrer l’histoire du continent nord-américain.