Les éditions Belin publient un nouveau volume de l’excellente collection « Mondes Anciens 1».

Dans son prologue François-Xavier Fauvelle propose une découverte des singularités de l’histoire africaine qui ne se réduit pas à une recherche des origines qui oublierait les évolutions. Pour sortir du piège primitiviste il insiste sur la diversité et la cohabitation des sociétés africaines et nous oblige à quitter la périodisation occidentale : préhistoire, Moyen-Age… La carte linguistique dit les interpénétrations entre groupes mais aussi les différenciations à l’œuvre sans oublier ni survaloriser les contraintes environnementales. Un défi reste à relever, celui du récit des temporalités cycliques non linéaires comme le montre la vitalité des récits de fondation par exemple dans les savanes d’Afrique de l’Ouest. Il est rappelé que l’Afrique n’est pas un continent sans histoire ni sans écritures.

Les continents de l’histoire africaine

Les premières pages justifient le choix de commencer par l’Égypte pharaonique.

L’Égypte, oasis africaine IVe – Ier millénaire avant notre ère

C’est le long du Nil2, trait d’union entre Afrique et Méditerranée que s’est développée une civilisation qui a des caractères proche-orientaux (culture des céréales, orge et blé) et africains (sorgho, millet). L’auteur Damien Agut3 interroge les origines de l’Égypte pharaonique longtemps rattachée à l’Asie proche-orientale ; il rappelle les étapes de l’historiographie depuis le XVIIIe siècle et les deux écoles discutées : une origine noire pour Volney ( 1787) et Amelineau (1916) qui devancent sur ce point Cheikh Anta Diop4 (1955) pour qui l’Égypte serait la matrice de la civilisation africaine ou une origine blanche, saharienne et paléoafricaine, thèse défendue par Barth, Léo Frobenius ou Jean Leclant, Muzzoli et Miroslav Barta à partir de l’étude des peintures rupestres.

L’auteur propose de partir des données archéologiques récentes qui mettent en évidence des échanges dès le troisième millénaire entre la vallée du Nil et les rives du lac Tchad à travers le désert et propose d’étudier la civilisation pharaonique à une échelle plus vaste que la seule vallée du Nil, Libye, Sahara mais aussi en direction de la Mer rouge sans oublier le Sud nubien, de concevoir cette civilisation comme perméable aux influences extérieures et hétérogènes (exemple dans la réinterprétation récente des Medjay par Kate Liszka). L’auteur aborde les relations conflictuelles et mimétiques entre Égypte et Nubie.

Les Royaumes de kerma, Napata et Méroé (3e millénaire avant notre ère – IXe siècle de notre ère)

Matthieu Honneger5 invite à remonter le Nil au-delà de la première cataracte pour pénétrer dans « le Royaume de Kouch »6. Trois capitales s’échelonnent du Nord au Sud : Kerma, Napata et Méroé, l’écriture y apparaît au VIIIe siècle avant notre ère sous l’influence égyptienne. Les sources, souvent égyptiennes, sont peu nombreuses d’où l’intérêt de l’archéologie. L’auteur évoque l’évolution des modes de vie depuis les cueilleurs-chasseurs jusqu’aux agriculteurs même si la tradition pastorale reste forte. Il décrit le Royaume de Kerma qui fournit or, ivoire, ébène à son voisin du Nord, sa capitale, ce qu’en disent les fouilles et les cimetières. Les relations avec l’Égypte n’ont pas toujours été harmonieuses. C’est plus au Sud autour de Napata que renaît un pouvoir nubien au cours des VIIIe et VIIe siècles avant notre ère qui contrôle l’Égypte kouchite et la défend contre les Assyriens.

Mais au VIe siècle le centre politique se déplace à Méroé sans qu’on en connaissent les raisons car il n’y a pas de rupture politique ou culturelle. L’histoire du Royaume de Méroé reste en grande partie à écrire.

 

L’Afrique antique de Carthage à Aksum IXe siècle avant notre ère -VIe siècle de notre ère

Pierre Schneider7 traite d’un vaste espace de l’Afrique du Nord à la Corne de l’Afrique qui a fait partie de l’histoire antique de la Méditerranée : échanges commerciaux, migrations, conflits ont réunis les deux rives et l’influence gréco-romaine s’y est étendue notamment à l’époque hellénistique. L’auteur décrit l’Afrique méditerranéenne8 : la Libye des Anciens dont parle Hérodote, un littoral touché par les colonies phéniciennes puis grecques. Certaines ont connu et grand essor comme Carthage devenant indépendantes. Entre le troisième et le premier siècle avant notre ère les royaumes africains ont eu à se défendre des interventions romaines (guerres puniques, guerre de Jugurtha) avant d’être intégrées à l’empire et romanisées.

Plus à l’Est l’auteur montre l’évolution du Royaume de Méroé face à de nouveaux acteurs grecs puis romains, quand l’Égypte devient macédonienne. C’est encore plus à l’Est que naît le Royaume d’Aksum sur le plateau éthiopien, on peut en décrire quelques éléments chronologiques, culturels, les activités commerciales et portuaires d’Adoulis sur les rives de la mer rouge, les contacts avec le monde indien. Suivant les écrits d’Ératosthène, Pierre Schneider montre l’existence de sociétés sans État aux marges des royaumes de Méroé et d’Aksum, groupes souvent turbulents voire hostiles, nomades et mal connus.
Pour clore ce chapitre l’auteur mentionne les débuts du christianisme à Carthage et sa lente avancée vers l’Est où il prend de l’importance en Éthiopie.

 

L’Afrique, nouvelle terre d’Islam VIIe -XVe siècles

Julien Loiseau9 évoque à la suite de l’expansion islamique une orientalisation de l’Afrique du moins sa frange Nord et met en évidence le « trésor des textes arabes » face au « silence textuel » du Sud du Sahara10. Il parle alors d’une intégration de l’Afrique au système monde de l’Islam d’abord avec les Fatimides puis les Almoravides qui conquièrent l’Égypte puis les provinces romains isolant les chrétientés nubienne et éthiopienne, installant un style de bâti, illustré par l’exemple de Kairouan.

Mais les besoins en or, en ivoire et en esclaves invitent à traverser le désert. L’Afrique islamisée n’est pas pour autant un havre de paix, elle est traversée par les dissidences doctrinales et les tentations autonomistes comme le montre l’empire almoravide et son action sur les cités sahéliennes islamisées au débouché des pistes caravanières (Takrûr, Silla, Gaô) où se déploie un islam sunnite.
L’auteur revient ensuite sur l’histoire de l’Égypte au XIIIe siècle avec les expéditions de Saint Louis et le succès des Mamelouks qui restaurent le pouvoir abbasside, reconnu par les rois du Songhay et du Bornou11 car les Mamelouks contrôlent et protègent le pèlerinage à La Mecque, rayonnent grâce à leur capitale, Le Caire, capitale intellectuelle avec au XVe siècle la mosquée al-Azhar, Ibn khaldûn s’y installe et y meurt en 1406.

 

Le monde Swahili IIe millénaire avant notre ère – XVe siècle de notre ère

Ce cinquième chapitre sous la plume de Philippe Beaujard12 fait pénétrer le lecteur plus au Sud sur les rives de l’océan Indien. Cette région a depuis très longtemps été intégrée au commerce transocéanique avec l’Inde y apportant des denrées africaines comme le sorgho ou le haricot dolique mais d’autres plantes on fait le chemin inverse comme le bananier plantain13.
Au premier millénaire de notre ère se met progressivement en place une culture swahili dont on trouve quelques traces dans les textes grecs qui complètent les rares données linguistiques et archéologiques. L’auteur la définit comme une « culture des rivages » liée à la langue bantoue, à des activités commerciales avec l’Asie mais aussi avec le monde islamique et qui à partir du Xe siècle s’étend sur 1500 km de côtes, avec ses villes-marchés islamisées et dominées par deux entités politiques au Nord des cités-États et au Sud le Royaume de Shirazi en relation avec, à l’intérieur des terres, des chefferies mal connues.

Le XVe siècle est marqué par un essor économique impulsé par la Chine des Ming d’une part et l’Empire ottoman d’autre part.

 

Ghâna, Mâli, Songhay – Royaumes africains courtiers du sahel occidental (VIIIe – XVIe siècle)

François-Xavier Fauvelle14 part d’un récit d’Ibn Battûta sur un voyage au « pays des Noirs » sont il doute de la véracité mais qui paraît néanmoins bien informé. Les recherches archéologiques récentes montrent la réalité des échanges transsahariens au Ier millénaire de notre ère mais ce sont aux auteurs arabes qu’on doit les premières descriptions du monde agropastoral sahélien. Les villes mentionnées restent méconnues encore aujourd’hui et les sources orales semblent peu fiables pour les périodes antérieures au XVIIe siècle. C’est donc l’histoire de quelques lieux pour lesquels existent des sources qu’il est possible de retracer15.

L’auteur esquisse l’histoire des cités-États de la vallée du Sénégal, du royaume du Ghâna décrit par Al-Bakrî16 et du royaume de Gao sur la boucle du Niger ; des royaumes qui contrôlaient le commerce entre marchands arabes venus du Nord et marchands africains, Dyula, Soninké ou Malinké.

Un paragraphe est consacré au royaume du Mâli à la fin du Moyen-Age dont Ibn Khaldûn fournit la liste dynastique. Deux grands souverains : Mûsa dont on trouve une représentation sur l’Atlas catalan réalisé vers 137517 et Sulaymân. Puis c’est l’empire Songhay qui retient l’attention.

 

Du Kanem-Bornou aux cités haoussa – Empire, Islam et commerce au Sahara central IXe – XVIIIe siècle

Le projecteur se déplace vers l’Est avec l’archéologue allemand Detlef Gronenborn. Autour du lac Tchad les sources islamiques sont incontournables d’autant que dès de XIIe siècle Ibn Saïd décrit des peuples convertis sur cet axe qui relie la région à la Libye, principal axe transsaharien du XVIe au XIXe siècle, période durant laquelle les Européens tentent des voyages notamment Heinrich Barth dont les notes sont précieuses. L’archéologie et les artefacts retrouvés permettent une approche de la complexe culture Nok au milieu du Ier millénaire avant notre ère à l’Ouest du lac Tchad et au centre de l’actuel Nigeria, une culture qui maîtrise le travail du fer. Mais c’est au IXe siècle de notre ère que se met en place l’empire du Kanem-Bornou avec sa capitale Kukawa décrite par Gustav Nactigal vers 1870, un empire dont la longévité semble liée à sa base économique : la traite esclavagiste avec razzias au dépens des villages agricoles non islamisés de sa périphérie.
Plus au Sud émerge au XVe siècle les cités-États du pays Haoussa au moment où l’islam progresse au centre d’un commerce de l’or, de la kola, des esclaves.

 

La Nubie, des royaumes chrétiens à la domination islamique VIe – XVIe siècle

Encore plus à l’Est dans la vallée du Nil une nouvelle population, les Noba, s’installent à la place du royaume méroïte. Robin Seignonos, historien18 spécialiste de cette région décrit les caractéristiques de la culture Noba, l’émergence de trois royaumes du Nord au Sud au VIe siècle à partir de chefferies locales et leur évangélisation par des missions byzantines. Mais dès le VIIe siècle les Arabes tentent depuis l’Égypte une conquête de la Nubie.

L’apogée du royaume de Makouria (en position centrale entre le royaume de Nobadia au Nord et le royaume d’Alodia au Sud) se situe au VIIIe siècle après un accord avec les Arabes installés en Égypte qui fréquentent pour leur commerce la région nord. Le pouvoir repose sur le souverain et sur les dignitaires chrétiens. L’auteur montre les relations diplomatiques et commerciales entre le monde islamisé du Nord et les royaumes chrétiens de Nubie jusqu’à leur déclin (XIIIe – XVe siècle) avec une islamisation progressive pendant la période Mamelouk.

L’Éthiopie chrétienne et islamique VIIe – XVIe siècle

Pendant le même temps plus au Sud se joue la même évolution étudiée par Marie-Laure Derat19. C’est la conversion au christianisme du roi d’Aksum au IVe siècle qui ouvre ce chapitre. D’une période d’apogée au VIe siècle le royaume d’Aksum décline rapidement au moment où se diffuse l’islam en mer Rouge et où le port de La Mecque, Djeddad contrôle le commerce. La période des VIIe – XIIe siècles est une période « obscure », mal connue durant laquelle se côtoient chrétiens, païens20, musulmans. Au XIIIe siècle de nouveaux pouvoirs se mettent en place : le royaume païen de Damot et le sultanat d’Ifât sont tributaires de la nouvelle dynastie dans le royaume chrétien d’Éthiopie, notamment sous le règne de Lalibela connu pour les églises qu’il a fait érigées et par l’Histoire des patriarches d’Alexandrie21. Avec le roi Amda Seyon le royaume chrétien étend sa domination après une période de « complémentarité » (islam urbain – chrétienté nomade). La concurrence se confirme au XVe siècle avec l’appel au djihad de l’imam Ahmad.

 

Igbo-Ukwu, Ifé et les régions du golfe de Guinée IXe – XVe siècle

Gérard L. Chouin22 présente un monde entre océan et savanes (carte p. 288) dont la cité médiévale d’Ifé découverte en 1910 par Frobenius, un monde forestier mais traversé par des rivières, des fleuves propres aux échanges. Bien que proches du littoral ce sont des sociétés peu tournées vers la mer, mais des sociétés qui exploitent les lagunes, au contact des Portugais dès 1471. L’auteur retrace les phases d’occupation depuis la préhistoire avant d’aborder les sociétés de la savane arborée, zone de contact entre forêt et Sahel qui connaît un réel essor aux IXe et Xe siècles. Il décrit les villages agraires forestiers et le site Igbo-Ukwu où furent trouvés des traces d’activité métallurgique. A la charnière forêt-savane le site d’Ifé, fondé vers l’an mil fut un centre de production d’un art très raffiné23 (verrerie, métallurgie) qui semble décliné rapidement au XVe siècle.
Il montre les difficultés liées à l’interprétation des traditions orales et au réemploi des vestiges à des périodes plus récentes.

 

Les Royaumes Kongo et Luba, culture et sociétés dans le bassin du Congo

Avec ce onzième chapitre on aborde réellement la forêt équatoriale. Pierre de Maret24 nous fait découvrir, malgré le défi des sources, les sociétés de chasseurs-cueilleurs qui ont très longtemps habité cette région petit à petit investie par la migration des Bantou (4000 – 2500 avt le présent) peut-être pour des raisons climatiques. Des royaumes25 se mettent en place lentement dont le Kongo visité par une première ambassade portugaise en 1491, des échanges qui conduisent à la conversion du roi Nzinga a Nkuwu, baptisé le 3 mai 1491 sous le nom de Joâo Ier. L’apogée de ce royaume se situe au XVIIe siècle.

Plus à l’Est le royaume de Luba dont les premières traces archéologiques sont datées du VIIe siècle, est fondé selon la tradition par un roi-forgeron. Les tombes ont livrées un abondant matériau en céramique.

 

L’ouverture atlantique de l’Afrique XVe – XVIIe siècle

Sous la plume de Gérard L. Chouin, ce chapitre traite de la progression sur la côte26 des Portugais qui établissent des relations diplomatiques et commerciales avec les élites côtières. L’auteur rappelle ses interrogations du chapitre Igbo-Ukwu, Ifé et les régions du golfe de Guinée IXe – XVe siècle sur la crise dans le golfe de Guinée et montre à la veille du contact avec les Européens une Afrique en crise où des changements importants opèrent de la Sénégambie à l’Angola. Il décrit les premiers écrits européens qui parlent de la cité d’Ijebu dont l’immense fortification est antérieure de 100 ans à l’arrivée des Portugais. Il émet des hypothèses sur sa construction et montre que dès les premiers contacts les autorités du Bénin ont proposé des captifs. Il aborde ensuite les modifications aux réseaux d’échange préexistants entraînées par l’irruption des navires européens même si l’emprise territoriale se limite à quelques forts. Un large paragraphe est consacré à la traite27.

 

Écritures de l’histoire en Afrique XIIIe – XVIIe siècle

Bertrand Hirsch28 clôt cette première partie, l’occasion de rompre avec le pré-supposé d’une Afrique sans écriture. Il développe les informations dues aux écritures éthiopiennes et aux écrits en langue arabe connue des élites islamisées. Les premiers écrits sont en relation étroite avec la Bible ou le Coran. L’auteur invite à (re)découvrir des auteurs comme Ibn Yaqûb, al-Kânemî ou Ahmad Bâbâ. Le royaume chrétien d’Éthiopie a laissé une abondante production textuelle en langue guèze, nombreuses vies de Saints qui néanmoins renseignent sur la vie profane et quelques annales dont la chronique royale Kabra Nagast. L’auteur analyse les limites poreuses entre textes historiques et mythologies, le rapport des textes au pouvoir et leur circulation dans l’espace et le temps ?

 

La fabrique de la diversité culturelle

L’introduction de cette seconde partie rappelle la coexistence en un temps donné de sociétés hiérarchisées, organisées en États et de groupes de chasseurs – cueilleurs ou de pasteurs nomades et que les défis de l’adaptation à un environnement hostile est plus une acceptationdes contraintes qu’une affaire de choix sociaux.

 

L’Afrique après le « Grand aride » 20 000 – 10 000 avant le présent

Si on a beaucoup suivit l’Homo Sapiens dans sa conquête du monde on connaît al son expansion sur le continent qui l’a vu naître. C’est ce manque que veulent combler François Bon29 et Clament Ménard30.

L’histoire préhistorique de l’Afrique a été marquée par le « Grand aride » autour de 20 000 avant le présent, un épisode froid et sec qui a entraîné une discontinuité du peuplement suivi d’une période plus chaude pendant laquelle on peut suivre l’histoire des peuplements dans des paléoenvironnements divers décrits dans ce chapitre. A partir des traces archéologiques et notamment des microlithes les auteurs présentent quelques foyers de peuplement au Maghreb, dans la vallée du Nil, en Afrique orientale et australe.

 

La préhistoire récente du Sahara Xe – IIe millénaire avant le présent

Avec Michel Barbaza31 le Sahara prend la teinte verte de ce qui fut une région de savane parcourue de chasseurs-pêcheurs – cueilleurs-collecteurs semi-sédentaires. L’auteur aborde la chronologie des épisodes froids et secs et des épisodes chauds et plus humides. Ces variations ont entraîné des déplacements de population créant un melting-pot. L’auteur montre les processus de néolithisation, visibles sur les peintures rupestres en particulier du Tassili et les autres très nombreuses traces de l’occupation humaine du Sahara, de civilisations pastorales diversifiées et les transformations sociales perceptibles dans l’art rupestre analysées grâce à de nombreux exemples.

 

Les premières sociétés de production en Afrique Xe millénaire avant notre ère – Ier millénaire de notre ère

Un chapitre écrit à trois mains : Jessie Cauliez32, Tiphaine Dachy33 et Xavier Gutherz34 qui marque la rupture entre sociétés de prédation et sociétés de production caractérisée par des innovations techniques : céramique, pierre polie. Cette évolution remonte à environ 12 000 ans avant le présent en plusieurs foyers indépendants selon trois points de vue : la réponse à une nécessité environnementale, la conscience de l’emprise humaine sur l’environnement, la croissance démographique. Les auteurs notent en Afrique l’existence de situations carrefours où se sont échangées les innovations : l’Égypte (oasis de Farafa), le Soudan et le désert (Haua Fteah en Cyrénaïque, massif de l’Acacus en Libye) et indiquent les controverses entre spécialistes de la néolithisation.

Quant à l’Afrique subsaharienne la céramique y apparaît très tôt au Mali dans une économie de cueillette de céréales sauvages bien avant la domestication animale. En matière d’agriculture : millet, pastèque, fonio, pois bambara, riz africain, baobab, igname, il faut attendre le second millénaire avant le présent.

Les auteurs consacrent aussi une étude aux pasteurs-pêcheurs de la Corne de l’Afrique et aux fronts pionniers en Afrique centrale en relation avec les crises climatiques. Dans la région des Grands lacs des populations prédatrices et des populations productives cohabitent. Parties de l’Est africain des groupes se seraient peu à peu installés en Afrique australe. Mais les auteurs concluent sur une préhistoire africaine qui reste à écrire.

Des pasteurs et des vaches

Joséphine Lesur35 décrit la « civilisation de la vache » dénommée ainsi par les anthropologues du début du XXe siècle. Il existe deux systèmes pastoraux et agropastoraux qui se répartissent en fonction des situations environnementales. Elle décrit des systèmes pastoraux producteurs de viande et de lait en Éthiopie et notamment dans la vallée de l’Omo, au Kenya, les Massaï, et en Tanzanie où la vache a une dimension mythique, religieuse. Elle note la grande variété biologique des animaux, s’interroge sur leur origine et pose la question du zébu.

Outre les informations anthropologiques, les traces archéologiques confirment l’importance des bovins.

 

L’Afrique des métaux

Caroline Robion-Brunner36 constate que les questions sur l’origine de la métallurgie (Quand ? Où ? Quel métal ? Quelle diffusion?) restent sans réponse du fait des nombreuses controverses : l’Afrique est-elle le berceau de la métallurgie ? Questions d’autant plus difficiles qu’il n’existe qu’une dizaine de sites très éloignés les uns des autres.

Abandonnant cet impasse l’auteure montre la diversité : Égypte (cuivre), Nubie – Éthiopie (cuivre, or, argent et fer), Afrique méditerranéenne occidentale (exploitations minières), région saharo-sahélienne (cuivre et fer), Afrique subsaharienne (fer – carte p. 530). Elle évoque ensuite les techniques diverses, le commerce et notamment le rôle de l’or mais aussi les bronzes nigérians.

 

La longue histoire des chasseurs-cueilleurs d’Afrique

Serge Bahuchet37 s’intéresse à ces populations qui, encore aujourd’hui, vivent de chasse et de cueillette, qui échangent avec les communautés de production. Il s’interroge sur la permanence de cette interrelation notamment en Afrique centrale et australe38. Ces chasseurs-cueilleurs sont environ un demi million dispersés dans des groupes de la steppe australe, les Bushmen dont il rapporte l’histoire, ou de la forêt, les pygmées d’Afrique centrale dont l’histoire s’appuie sur l’étude linguistique. Il montre les limites de l’archéologie, les apports de la linguistique et de la génétique avant d’aborder les conséquences des échanges, des emprunts avec les populations agropastorales et pose la question de l’identité.

 

L’Atelier de l’historien

Ce denier élément présent dans chaque volume de la collection aborde les sources habituelles ou spécifiques au thème traité. Ici sont analysés :

Linguistique et archéologie : comment reconstruire l’histoire depuis 12 000 ans ? qui traite des grandes familles de langues africaines.

L’histoire de l’Afrique et ses matérialités, qui montre l’intérêt de l’archéologie pour une histoire des femmes à partir de la poterie et les relations archéo-linguistique et génétique par exemple dans la région du lac Tchad. Sont posées les questions : Pour qui travaillent des archéologues ? A qui appartient le passé ? notamment lors de fouilles préventives comme le tracé de l’oléoduc Tcahd – Cameroun.

Les sources orales et l’étude de l’Afrique : une réflexion incontournable sur la méthodologie de l’enquête orale et un nouveau domaine de recherche : les généalogies qui revisitent les chronologies, les détenteurs de la tradition orale et les temporalités.

Enfin une dernière approche est analysée : Comment écrire l’histoire de l’Afrique ancienne avec l’art ? Avec quels défis : datation, origine des pièces et leur transmission, conservation ; usages passés et actuels des fétiches, confrontation avec les documents des voyageurs européens ? Comment confronter images et récits ? Quelle réinvention de la tradition dans le jeu des temporalités ?

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Une lecture agréable grâce à des textes de qualité et une documentation approfondie qui permettent une vrai découverte de l’histoire de l’Afrique ou plutôt des histoires différentes, parallèles, isolées ou en relation entre des entités bien identifiées.

Un ouvrage d’une grande richesse qui ouvre bien des pistes pour des recherches à venir.

 

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1Anne Lehoërff, Préhistoires d’Europe De Néandertal à Vercingétorix, Belin, 2016

Bertrand Lafond, Aline Tenu, Francis Joannès, Philippe Clancier, La Mésopotamie – De Gilgamesh à Artaban 3300-120 av. J.-C., Belin, 2017

Damien Agut, Juan Carlos Moreno-Garcia, L’Egypte des Pharaons, De Narmer à Dioclétien, 3150 avant J.-C.- 284 après J.-C., Belin, 2016

C. Virlouvet, P. Faure, N. Tran, Rome, cité universelle : de César à Caracalla : 70 av. J.-C.-212 apr. J.-C, Belin, 2018

2Carte de l’Égypte dans l’espace africain p. 34

3Il est chercheur au laboratoire CNRS ErScAn et l’auteur en 2016, dans la même collection Mondes Anciens, avec Juan Carlos Moreno-Garcia de L’Egypte des Pharaons, De Narmer à Dioclétien, 3150 avant J.-C.- 284 après J.-C., Belin.

4Auteur de Nations nègres et culture, éditions africaines, 1955 ou Présence africaine, 2000

5Professeur à l’Université de Neufchâtel, il a publié en 2014 Aux origines des pharaons noirs, Latenium

6Carte p. 60

7Professeur à l’Université d’Artois. Il a publié en 2015 chez Lemme Edit, Les éléphants de guerre dans l’Antiquité

8Carte p. 84-85

9Spécialiste du monde islamique médiéval à l’Université d’Aix-Marseille a publié Les Mamelouks (XIIIe-XVIe siècle). Une expérience du pouvoir dans l’islam médiéval, Seuil 2014 et en 2016 en collaboration avec Vincent Lemire, Jérusalem : histoire d’une ville-monde des origines à nos jours chez Flammarion

10Carte de l’expansion islamiste du XIe siècle p. 114

11 Mali et Cameroun – Nigéria actuels

12Directeur de recherche émérite au CNRS, rattaché à l’Université Paris 1-Panthéon – Sorbonne a publié chez Armand Colin en 2012 : Les mondes de l’océan Indien-L’océan Indien, au cœur des globalisations de l’Ancien Monde (7e-15e s)

13Carte de la circulation des plantes p. 146-147

14Directeur de recherche CNRS à l’Université de Toulouse et coordinateur de cet ouvrage a publié Le rhinocéros d’or : histoires du Moyen Âge africain, Alma, 2013, conférence aux Rendez-vous de l’Histoire à Blois en 2018 : Contre les clichés : 24 images pour désencombrer l’histoire de l’Afrique

15Carte p. 177

16Encart p. 178-179 à propos de Koumbri Saleh, probable capitale politique du Ghanâ dans l’actuelle Sud mauritanien

17Reproduction p. 192-194, à aussi sur le site de la BnF

18Titre de sa thèse soutenue en 2016 : L’histoire des relations entre l’Égypte et la Nubie depuis la conquête arabo-musulmane

19Historienne médiéviste du laboratoire Orient et Méditerranée de l’Université Paris1–Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l’Éthiopie elle a publié Le domaine des rois éthiopiens, Publications de la Sorbonne, 2003

20Encart sur la culture païenne de Shay, p. 250-251

21Encart p. 259

22Historien et archéologue, il enseigne à l’Université en Virginie et dirige la Mission Archéologique d’Ifé-Sungho au Nigeria.

23Encart sur les masques en bronze et cuivre pp. 302,303 et 306

24Anthropologue et archéologue de l’Université de Bruxelles

25Sur ce thème voir la table-ronde aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois 2018 : Le pouvoir des images en Afrique

26Carte p. 344

27Carte de la traite atlantique p. 366-367

28Spécialiste de l’Afrique médiévale à l’Université Paris1-Panthéon-Sorbonne et en particulier des sociétés chrétienne et islamique de la Corne de l’Afrique

29Préhistorien au laboratoire TRACES de l’Université Toulouse-Jean-Jaurès

30Après une thèse à l’Université Toulouse-Jean-Jaurès il est post-doctorant à l’Université de Floride

31Professeur à l’Université Toulouse-Jean-Jaurès ( laboratoire TRACES). Il a publié en 2005 aux Presses Universitaires du Midi Les Trois bergers – Pour une anthropologie de l’art rupestre saharien.

32Chargée de recherche au laboratoire TRACES de l’Université Toulouse-Jean-Jaurès

33Associée au même laboratoire

34De l’Université Paul-Valéry-Montpellier III. Il a publié Asa Koma, site néolithique dans le bassin du Gobaad (République de Djibouti) (PULM 2017)

35Archéozoologue au Muséum d’histoire naturelle de Paris, elle a publié en 2017 Et la gazelle devint chèvre (PU du Midi/MNHM)

36Archéologue et ethnohistorienne de l’Université Toulouse-Jean-Jaurès (laboratoire TRACES), elle a réalisé en 2017 un documentaire : Bitchabé, le village des forgerons

37Professeur au Muséum d’histoire naturelle et spécialiste de l’Afrique central, il est l’auteur en 2017 Les jardiniers de la nature chez Odile-Jacob

38Carte p. 546