Dynamiques africaines

Géopolitique africaine

Revue n°57, 1 ème Trimestre 2016, 216p., 42€

Dynamiques africaines

« Oui, nous pouvons assurer notre sécurité » affirme, dans un entretien, le président de la Mauritanie Mohamed Ould Abdel AZIZ face à la menace djihadiste.

Jean PING, économiste, diplomate et homme politique gabonais traite des relations diplomatiques des grands états en Afrique, il évoque la France et Obama, le rôle de l’Onu et la présence chinoise.
Michel ROUSSIN, ancien directeur du SDE, membre du MEDEF donne un point de vue sur les relations entre la France et l’Afrique, les pressions de la Chine et des États-Unis, la croissance et la sécurité, les perspectives commerciales et la place des entreprises françaises, les freins au développement et les grands projets actuels du Groupe Bolloré. Il exprime sa confiance pour l’avenir, avec quelques conseils pour réussir en Afrique.

Saïd HADDAD, Maître de conférences en sociologie aux Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, décrit le nouveau visage des armées africaines de plus en plus impliquées dans la gestion des crises : Centrafrique ou RDC mais aussi par la contribution aux « casques bleus », c’est là l’affirmation d’une volonté d’affirmation politique et de rayonnement national qui se traduit par une augmentation des dépenses militaires.

Partant d’un constat : une nouvelle fois la sécheresse frappe l’Afrique australe et orientale, Sylvie BRUNEL, soulève en matière de sécurité alimentaire la question de la gouvernance. à partir de l’exemple malgache elle montre que la faim est souvent liée à un stockage inadéquat des récoltes. Et si certains pays tiraient avantage des pénuries : détournement de l’aide, meilleur contrôle sur une population précarisée. Elle conclut sur cette phrase forte : «Une famine n’est jamais fortuite»
article disponible en ligne : [http://www.geopolitique-africaine.com/la-fausse-fatalite-des-famines_987658.html->http://www.geopolitique-africaine.com/la-fausse-fatalite-des-famines_987658.html]

Quatre articles sur les questions énergétiques :

Jérôme FERRIER, Président de l’Association française  du Gaz , traite des réserves de gaz et à la nécessité de valoriser ce potentiel notamment pour sécuriser ses approvisionnements électriques.
Le secrétaire exécutif de l’Association des producteurs de pétrole africains (APPA) Mahaman Laouan GAYA évoque les conséquences dramatiques de la baisse des prix du baril pour les producteurs africains dont les recettes reposent surtout sur la manne pétrolière.

En réponse Hermann M’VOUALA propose une réflexion : Comment se préparer à l’après-pétrole ? Riche en ressources minières, l’Afrique attire les investissements étrangers. Saura-t-elle développer son économie, éviter la « malédiction des matières premières » ?

Angola, Mozambique : des promesses par milliards analysée par la Journaliste italienne Augusta CONCHIGLIA entre course aux infrastructures et développement économique durable.

Marvelle ETOU revient sur l’affirmation de l’ancien directeur du FMI Michel Camdessus : «l’Afrique est le continent de l’avenir». Si 7 des 10 pays émergents sont africains, cette évolution repose sur l’émergence d’une nouvelle classe de consommateurs mais l’Afrique reste un continent riche peuplé de gens pauvres, un continent confronté à l’exploitation illégale des forêts. Selon le « docteur » Camdessus, face au réchauffement climatique, les États africains doivent défendre une position commune. Le financement international de l’action climatique doit être assuré. La résolution du déficit énergétique de l’Afrique pourra enclencher une stratégie gagnante sur trois plans : la lutte contre la pauvreté, la sauvegarde de la planète et la promotion du développement durable.

Pour le journaliste Baudouin BOLLAERT l’émigration est une bombe à retardement pour les pays de départ. Un rapport de l’OCDE et de l’AFD en montre l’ampleur et les mécanismes notamment à l’aide de quelques exemples : Liberia, RDC, Sierra Leone (liens historiques, langue commune, hommes-femmes). Un chiffre marquant : « Plus de 75 000 médecins et infirmières africains travaillent dans l’OCDE !».

Lorenzo Cotula, économiste italien aborde la question des achats de terres principalement dans 10 pays dans le monde dont un trio de tête en Afrique : Sud-Soudan, RDC, Mozambique. Pour lui la pression foncière peut devenir une source de conflits internes ou entre États. Sur ce même sujet l’exemple de l’Éthiopie a été traité au Festival de géopolitique de Grenoble par Agnès Stienne : [http://www.clionautes.org/spip.php?page=article&id_article=3659->http://www.clionautes.org/spip.php?page=article&id_article=3659]

Étudiante franco-togolaise à Sciences Po Paris Cecilia Emma WILSON parle du tsunami de la jeunesse africaine. Pour elle l’avant-garde de l’Afrique doit être la diaspora des jeunes Africains expatriés. Leur retour est impératif pour réaliser l’émergence du continent.

Papa Assane TOUR, juriste, traite de la lutte contre la Cybercriminalité. Après la réunion de l’Union africaine en 2014 à Malabo qui a défini une politique jugée, par l’auteur, trop continentale, se tient à Dakar un important sommet international. Pour lui la coopération internationale doit se trouver au cœur de la lutte et des rapprochements restent à réaliser.

Jean-Didier BOUKONGOU rappelle que le numérique bouillonne en Afrique : utilisations des téléphones cellulaires pour les transactions bancaires. Mais d’énormes disparités existent d’un pays à l’autre. Réduire la « fracture numérique » impose de réels progrès dans les infrastructures.

Enjeux régionaux

Le journaliste Frédéric Pons se penche sur la situation en Libye. Il pose des questions sur la nature de l’intervention de 2011 et sur ses participants. Les dirigeants libyens se déchirent et dans le même temps les djihadistes se renforcent.

Autre territoire stratégique à la stabilité menacée : Djibouti qui intéresse les grandes puissances économiques et militaires, Mériadec RAFFRAY en analyse les atouts et les faiblesses.

Christophe BOUTIN, Professeur à l’Université de Caen-Normandie, analyse ce qu’il nomme Guerre froide au Sahara occidental, lourd contentieux entre le Maroc et l’Algérie. Il recherche des réponses dans le droit et dans l’histoire.

Perspectives et débats

L’économiste Lucien Pambou propose le vrai bilan de la COP21, vu par les 54 pays africains participants. Dans une enquête en préparation de la prochaine COP22 (en novembre prochain à Marrakech) il rappelle les défis de l’Afrique : sauver le lac Tchad, établir une muraille verte contre le désert, parler d’une seule voix : refuser la victimisation , électrifier le continent, des Africains acteurs de leur propre destin.

Boniface MONGO-MBOUSSA rappelle Ce que la littérature nous dit de l’Afrique en particulier depuis les années 50 et 60. Mais que reste-il aujourd’hui de cet élan littéraire ?

À propos de l'auteur

Christiane Peyronnard

Aujourd'hui en retraite, ex-formatrice IUFM site de Chambéry - Savoie Je suis historienne moderniste de formation: histoire rurale et histoire culturelle. Par mes engagements associatifs en faveur des actions de coopération et de développement je suis particulièrement intéressée par l'histoire de l'Afrique et plus généralement de la colonisation mais aussi sa situation aujourd'hui et son avenir.

Les Chantiers de l'avenir

Géopolitique africaine

Revue n°55, 3 ème Trimestre 2015, 281p., 42€

La revue Géopolitique Africaine, découverte au Festival de géopolitique de Grenoble, se présente, depuis 15 ans, comme un instrument de la réflexion africaine sur l’intégration politique, économique, sociale et culturelle du continent.
Un certain nombre d’articles sont accessibles en ligne sur inscription : www.geopolitique-africaine.co.
Des auteurs africains ou non proposent des articles d’une dizaines de pages généraux ou consacrés à des enjeux régionaux, des articles plus courts pour la partie perspectives et débats. Notes de lectures et bibliographie compètent chaque volume.

Le numéro 55 a pour titre Les chantiers de l’avenir

Pistes pour l’avenir

12 articles pour cette première partie générale.

Dans un entretien l’ancien ministre Philippe Douste-Blazy, aujourd’hui conseiller spécial auprès de Ban Ki Moon, s’exprime sur le financement de l’aide au développement. Après quelques chiffres clés : 124 milliards de dollars, bien insuffisants pour une aide à penser sur le long terme, à augmenter et à mieux dépenser. Il développe rapidement l’exemple du financement d’Unitaid 1 euro par billet d’avion soit moins que le prix d’un café – pour combattre, essentiellement en Afrique, le sida, la tuberculose, le paludisme, à la fois un échec et un succès. Un échec parce qu’il n’y a que 16 pays sur 194 qui ont accepté de mettre en place le système, un succès car ce sont 2,5 milliards de dollars qui ont été récoltés. Il montre qu’on pourrait généraliser ce principe sur d’autres produits, une taxe dérisoire sur le baril de pétrole ou la livre d’uranium produirait des financements importants pour l’aide au développement.

Pour Nicolas Baverez l’Afrique est au seuil des « Trente Glorieuses ». Chantre du libéralisme et de la mondialisation il y voit la seule solution pour un décollage de l’Afrique. Pour lui il existe six facteurs favorables : la démographie, la diversification économique (matières premières, agriculture, tourisme), une croissance endogène tirée par un secteur privé créateur de 90% des emplois et le développement rapide du numérique sur le continent. des efforts doivent être maintenus : l’intégration de la jeunesse urbaine, la qualité de l’urbanisation, le développement du système bancaire et la sécurité.

Le Congolais Laurent Tengo affirme que l' »Agenda 2063″ est une utopie raisonnable. Les choix de planification offrent une vision à long terme indispensable dans le remodelage de la scène internationale depuis la fin de la guerre froide. Une volonté d’exploiter les ressources du continent pour tous les Africains, ce slogan est réaffirmé en 2015 dans le cadre de l’OUA. Les états s’engagent en termes opérationnels dans les domaines démographiques, de la gestion des ressources naturelles, de la paix (Faire de 2020 une année de silence des armes) et à relancer le panafricanisme et la bonne gouvernance. Des menaces demeurent : le terrorisme et le financement du développement.

Alioune Sall, sociologue, s’interroge en spécialiste sur une possible prospective en Afrique. C’est pour lui, malgré les difficultés liées à l’instabilité politique, un exercice « d’hygiène sociale ». Pourtant il critique l' »Agenda 2063″, trop normatif et ne faisant pas assez de place à une démarche exploratoire des possibles. Il tente une synthèse des scenarii existants, il en analyse les points forts et les faiblesses avec deux focus sur les intégrismes et sur le rôle des femmes.

L’ancien ambassadeur de France Henri Beaumont traite du pétrole dont l’extraction est aujourd’hui un moteur du développement. Il présente un tableau par pays.

Mabingué Ngom, spécialiste sénégalais des politiques publiques analyse le potentiel démographique du continent, les situations démographiques diverses. La question est, selon lui, à aborder pays par pays par exemple en ce qui concerne les migrations mais aussi le défi des mégalopoles, le poids de la jeunesse, la question de l’emploi et de l’éducation.

Francis Laloupo, journaliste béninois part de l’intervention occidentale en Libye et de la position de l’OUA dans cette crise pour montrer les faiblesses d’une diplomatie africaine. Il en décrit quelques tentatives comme le concept de « Renaissance africaine » et le renforcement des institutions régionales.

C’est un autre journaliste Thomas Hofnung qui met en débat les interventions militaires françaises depuis 2012. En quelques lignes il rappelle les opérations Serval, Sangaris et Barkhane et fait un parallèle avec les efforts des états africains pour mettre sur pied une force africaine d’intervention. Il analyse l’actuelle situation au Nigeria face à Boko Haram. Il évoque les limites d’une action concertée de l’UA perçue comme intrusive par certains états au même titre qu’une intervention européenne.

La question stratégique permet au Camerounais Germain-Hervé Mbia Yebega de revenir sur les interventions occidentales sur le continent depuis les indépendances depuis 1961 – Bizerte. Plus de 50 ans de crises, d’interventions françaises reflètent les relations complexes de la France avec ses anciennes colonies. Son analyse porte sur le contexte des interventions, l’évolution dans le temps et les perspectives.

Eugène Berg, lui aussi ancien ambassadeur, aborde un sujet qui pourrait déboucher sur de futurs conflits : l’eau. Il s’interroge sur les réserves hydriques frontalières, fait le constat d’une inégale répartition des ressources aggravée par les aléas climatiques. Il définit trois zones : les déserts peu peuplés mais que l’économie extractive peut transformer en zone de besoin, une Afrique équatoriale riche en eau et une Afrique peuplée et menacée par une saison des pluies variable (Sahel, Mozambique). L’auteur évoque des situations tendues : Egypte/Ethiopie, Sénégal/Mauritanie, positions dominantes de la RDC, de la Guinée ou du Lesotho et la mise en place d’organismes de gestion des bassins transfrontaliers. voir à ce sujet : Festival de géopolitique de Grenoble 2016
Christian Metz : « L’eau et le feu : Conflit ou coopération autour de l’or bleu en Afrique » [http://www.clionautes.org/spip.php?page=article&id_article=3628->http://www.clionautes.org/spip.php?page=article&id_article=3628
]

L’historien Loïc Batel traite du grand défi des villes. Prudent sur les chiffres et le prolongement des courbes il rappelle que la croissance urbaine est une réalité qui pourrait être au cœur du changement de gouvernance, d’apprentissage du vivre ensemble et de la gestion des ressources. Il analyse la ville africaine comme point de fragilité: bidonvilles, dépendance de l’agriculture périurbaine, difficulté à produire des terrains pour l’habitat et point d’ancrage : main-d’œuvre jeune et dynamique. Un défi : face à la diversité ethnique et sociale comment faire de la ville un lieu de sécurité et d’unité ? cet article est disponible en ligne : [http://www.geopolitique-africaine.com/le-grand-defi-des-villes-africaines_1999002.html->http://www.geopolitique-africaine.com/le-grand-defi-des-villes-africaines_1999002.html]

Alain Kiyindou, spécialiste des technologies de la communication à l’Université de Bordeaux, fait le point sur l’accès au numérique en Afrique : une forte croissance depuis 2005 malgré la faiblesse des infrastructures. Il évoque des usages innovants comme le système de paiement par téléphone mobile M-Pesa au Kenya

Enjeux régionaux

Cinq courts articles.

Rafaâ Tabib, Tunisien, revient sur les conséquences de la dislocation de l’État libyen : trafic d’armes, insécurité croissante des états voisins, émergence de la puissance des milices tribales ou islamistes.

Gérard Prunier traite des risques d’orages dans la région des Grands lacs : situation au Burundi avec la réélection de Pierre Nkurunziza, la démocratie « encadrée » de Paul Kagame au Rwanda, les abus d’autorité du président Museveni en Ouganda. On peut s’étonner de l’absence de la question du Kivu en RDC.

Ayache Khellaf décrit l’approche marocaine de planification du développement: amélioration du niveau de vie et prise en compte de la société civile.

Sabine Cessou analyse la montée de Boko Haram sur fond de misère au Nord Nigeria.

Benoît Miribel explore les enjeux des épidémies à partir du cas Ebola.

Perspectives et débats

Cinq courtes contributions.

Felwine Sarr propose de penser autrement l’avenir de l’Afrique.

Alden Young montre que l’Amérique hésite entre afro-optimisme et afro-pessimisme. Il propose de resituer ce continent dans l’histoire mondiale et montre le regain d’intérêt des universités américaines.

Dorcy Rugamba, artiste rwandais, explique son projet dans l’écirure de sa pièce « Bloody Niggers », relecture du passé, de la colonisation, du génocide .

Francis Akindès replace la pensée africaine entre différentes directions : poids du passé, panafricanisme, désespoir de la jeunesse exprimé par la musique. Il milite pour le développement de recherches pour comprendre les dynamiques à l’œuvre dans les sociétés africaines en pleine mutation.

Boniface Mongo-Mboussa ou quand les manifestations artistiques vont d’une Afrique fantôme à une Afrique fantasmée.

À propos de l'auteur

Christiane Peyronnard

Aujourd'hui en retraite, ex-formatrice IUFM site de Chambéry - Savoie Je suis historienne moderniste de formation: histoire rurale et histoire culturelle. Par mes engagements associatifs en faveur des actions de coopération et de développement je suis particulièrement intéressée par l'histoire de l'Afrique et plus généralement de la colonisation mais aussi sa situation aujourd'hui et son avenir.

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