Le présent dictionnaire est le fruit d’un travail de plus de 300 auteurs, un collectif de 13 géographes en assurant le comité de pilotage ayant fait appel à des contributeurs variés tant par le statut (des enseignants-chercheurs mais aussi des doctorants, des ATER, des chercheurs indépendants…) que par la discipline venant en renfort de la géographie (histoire, sociologie, science politique…) et le lieu d’exercice (des contributions émanent de Suisse, du Canada…).
La filiation intellectuelle se veut en lien avec d’autres dictionnaires : « les mots de la géographie » de Brunet, Ferras et Théry, « le dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés » de Lévy et Lussault ainsi que le « dictionnary of human geography » de Gregory, Johnston, Pratt, Watts et Whatmore, certes moins populaire que les deux premiers pour les francophones.
Il est d’ailleurs intéressant de relever la présence d’une notice « DICTIONNAIRE » qui réfère également au « dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement » de Merlin et Choay ainsi que le « dictionnaire critique de l’Anthropocène » du collectif Cynorhodon. Pour ma part, j’ajouterai aussi le « dictionnaire d’analyse spatiale » de Bavoux et Chapelon qui permet de faire le lien avec les entrées présentes ici comme « CONCENTRATION », « DISTANCE », « LIEU », « MAILLE », « INTERACTION SPATIALE » présentées avec une grande clarté, y compris pour des termes paraissant peu familiers comme « AUTOCORRELATION ».
Cette géographie quantitative, tout comme la géographie physique, reste modeste sur l’ensemble de l’opus essentiellement centré sur la géographie humaine. Les thèmes y sont variés (nature, mondialisation, économie, pouvoir, techniques, configurations sociales, violences) et s’articulent autour de lieux, objets, processus et concepts. Les notices sont compactes et s’accompagnent d’une brève bibliographie et de renvois vers d’autres entrées.
S’il revisite des classiques de la discipline, l’apport majeur de l’ouvrage tient à la présence de très nombreux nouveaux objets d’étude. Lus par ailleurs dans des ouvrages, articles et thèses, ils se stabilisent ici comme des thèmes dignes d’intérêt : « ALCOOL/DROGUE », « CRIMINALITE/MAFIA/POLICE », « MORT/CIMETIERE », « SEXUALITE/PROSTITUTION », « ANIMAUX/ZOO », « FINANCE/FISCALITE », « NUIT », « TOILETTES », « CASINO », « MARCHE »….
Signe des temps également, tout ce qui découle de la problématique climatique est abondamment traité : « CHANGEMENT CLIMATIQUE », « PLASTIQUE », « SANTE/EPIDEMIE/ESPECES INVASIVES », « SABLE/MINE/EXTRACTIVISME », « DECHET/PLASTIQUE » ainsi que les types de territoires qui vont en souffrir (« POLDER/POLAIRE »).
Les nouveaux outils et nouvelles méthodes ne sont pas en reste : « BANDE DESSINEE », « FILMS/SERIES/GEOGRAPHIE AUDIOVISUELLE », « DRONE », « EMOTION/FOLIE » tout comme la temporalité : « TEMPS/EVENEMENT/FETE », notamment via de nouveaux agencements spatiaux (« DISPOSITIFS »). L’habiter est réexploré : « CABANE », « RUE », « BLED ».
Le style des notices est toujours très clair et certaines d’entres elles, très riches, proposent quasiment un « plan » des recherches possibles (« ALCOOL »), le partage du territoire des concepts avec les autres disciplines (« AMENAGEMENT DU TERRITOIRE »), les multiples variantes d’acception engendrées par l’ajout d’un adjectif (« BANLIEUE »). Il est appréciable aussi de voir parfois des mots de la même famille pour parfaitement cerner les contours d’un phénomène (« TOURISME/TOURISMOPHOBIE »).
Les recensions de la Cliothèque émanant d’enseignants, ceux-ci seront ravis de constater la présence d’une notice « ENSEIGNEMENT DE LA GEOGRAPHIE » avec notamment la présentation de 4 risques qui pèsent sur elle : sa possible dissolution dans d’autres sciences sociales, sa perte d’ancrage épistémologique sous l’influence de demandes sociales trop pressantes, la dépossession de sa finalité pratique de repérage dans l’espace, son versement dans une idéologie ne permettant plus d’exercer un esprit critique.
Il sera également apprécié de voir la notice « ECOLE » avec l’idée que « le métier d’enseignant est parfois soumis à des injonctions de responsabilisation et d’évaluation de ses performances dans un contexte hyperconcurrentiel ». Le terrain nous montre que ce n’est hélas plus « parfois » mais réellement « toujours » désormais. L’imposition, pour le primaire, d’un pilotage par les évaluations nationales standardisées (dont la géographie est absente) amenant, entre autres, à d’anxiogènes « résidences pédagogiques » ne dit rien de bon de la façon dont nos dirigeants conçoivent notre mission de « passeur ».
Aussi prendre le temps de lire ces quelques 600 pages pour rester à la page et former de futurs citoyens éclairés devient presque un acte de résistance ! Si, comme évoqué page 17, l’ouvrage s’adresse d’abord aux enseignants « du secondaire et du supérieur », il est bien sur légitime d’intégrer dans le « lectorat plus large » les collègues du premier degré.
Nul doute que ce dictionnaire rejoindra la liste de ceux présentés en introduction et qu’il deviendra très rapidement un outil incontournable de la discipline !


