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Le Maroc

Pierre Vermeren

Collection Idées reçues Le Cavalier bleu, Paris, 2010 2e édition ISBN: 9782846703208 9,80€

Petit opuscule de la très pratique collection Idées reçues du Cavalier bleu qui permet à P. Vermeren de démonter un certain nombre de clichés sur le Maroc d’aujourd’hui.
Un petit opuscule de la très pratique collection Idées reçues du Cavalier bleu qui permet à P. Vermeren de démonter un certain nombre de clichés sur le Maroc d’aujourd’hui.

Pierre Vermeren est normalien et agrégé d’histoire; spécialiste du Maroc en particulier et du Maghreb en général, il a longtemps enseigné au lycée Descartes de Rabat, et est aujourd’hui maitre de conférences en histoire du Maghreb contemporain à l’Université de Paris I Sorbonne et membre du laboratoire CEMAF (Centre d’Etudes des Mondes Africains). Auteur en 2001 d’une thèse remarquée sur la formation des élites maghrébines, il a publié notamment plusieurs ouvrages sur le Maroc.

Le principe même de cette collection des idées reçues du Cavalier bleu est intéressant : demander à un spécialiste d’une question de répertorier plusieurs idées répandues sur ce sujet et décrypter rapidement la part de vrai et de faux. La taille réduite de cet ouvrage permet une lecture rapide ; pour l’enseignant d’histoire-géographie, qui se doit d’être compétent dans tant de domaines…, cette collection est fort utile et autorise une mise à jour rapide des connaissances de base. Bien évidemment, un approfondissement de la question nécessite d’autres lectures et l’on trouve une bibliographie qui mêle aussi bien ouvrages scientifiques que romans, ce qui permet dans le cas de l’ouvrage de Pierre Vermeren une meilleure approche de la réalité marocaine.

Le sommaire permet de lire les clichés les plus répandus :
Le Maroc et la France
— « La France est l’amie du Maroc. »
— « Le Maroc est sorti de la colonisation sans heurts. »
— « Tous les Marocains parlent français. »
— « Le Sahara occidental appartient au Maroc. »
— « Le Maroc est l’œil de la France en Afrique. »
Le Maroc, destination touristique
— « Le Maroc est un carrefour de civilisations. »
— « Le Maroc est un beau pays. »
— « Le Maroc vit du tourisme. »
— « Les ryads, ça c’est le Maroc ! »
— « Le vrai Maroc, c’est celui des villes impériales, pas Casablanca. »
Regards sur le Maroc et son roi
— « Le Maroc est un « pays de cocagne ». »
— « Le bled marocain, c’est la misère. »
— « Les Marocains rêvent d’Europe. »
— « La monarchie marocaine tient par la force. »
— « Mohammed VI est bien plus libéral qu’Hassan II. »
Le peuple marocain
— « Les Marocains sont des Arabes. »
— « Les Marocains sont différents des Algériens. »
— « Les Marocains sont des soldats courageux. »
— « Les Marocains sont travailleurs. »
— « Les Marocains sont tolérants. »

Prenons l’idée reçue la plus courante en France aujourd’hui, le Maroc vit du tourisme, il est vrai que l’activité touristique a fortement augmenté depuis une dizaine d’années, la présence des Français est de plus en plus importante et l’on est relativement proche de l’objectif affirmé des 10 millions de touristes par an. Néanmoins, près de 35 millions d’habitants marocains ne peuvent pas vivre que du tourisme, il ne faut donc pas négliger les autres activités économiques : l’industrie, les infrastructures de transports (Tanger-Med), l’agriculture et les revenus des travailleurs émigrés, sans oublier l’exploitation des phosphates. Cette place du tourisme dans l’activité économique est donc surestimée de la part des Français.

Mais l’idée reçue que P. Vermeren souhaiterait voir disparaître est l’opinion répandue sur le fait que le Maroc est sorti de la colonisation sans heurt et sans violence. S’il est vrai que l’amitié entre les élites politiques françaises d’une part et marocaines d’autre part est bien avérée, cela ne doit pas faire oublier les violences commises envers le Maroc avec notamment l’exil à Madagascar du sultan Mohamed V ; c’est le ressentiment provoqué par cet exil qui explique le soutien marocain au FLN algérien, les différentes tensions politiques entre Français et Marocains dans les années 60 ou encore les violences faites aux Français du Maroc en 1957. Si le Maroc n’a jamais été une colonie, le Protectorat voulu et mis en place par Lyautey devait mener à l’indépendance, mais les Français n’avaient nulle envie d’abandonner cette tutelle ! Ces violences ont laissé des traces, même si les relations franco-marocaines sont beaucoup plus faciles que les relations franco-algériennes. Un exemple de ces violences est montré dans le livre de Paul Bowles The spider’s house (Fès 1955).

La deuxième édition de cet ouvrage a été publiée au début de l’été 2010 ; depuis, les événements du « printemps arabe » nous questionnent sur la spécificité marocaine et nous amène à relire plus attentivement cette déconstruction des clichés sur le Maroc. Le récent référendum sur les propositions royales de modifications constitutionnelles ravive le débat sur la réalité d’une démocratie marocaine. Pourtant, si l’on se réfère aux articles des quotidiens français sur la situation marocaine, la méconnaissance de la réalité politique est telle qu’il semble que la lecture de l’ouvrage de P. Vermeren pourrait être nécessaire à plusieurs de leurs auteurs…

Le Maroc

Pierre Vermeren

Paris, Le Cavalier Bleu, collection "idées reçues", 2007, 127 pages

compte-rendu de Jacques MUNIGA
Pierre Vermeren, maître de conférences en histoire du Maghreb contemporain à l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne (laboratoire CEMAF) est incontestablement un spécialiste du Maroc. Il a puisé sa connaissance aux sources même puisqu’il a vécu sept ans au Maroc, et a, pendant six années, exercé en qualité de professeur en classes préparatoires HEC au lycée Descartes de Rabat.

On se souvient de son ouvrage, « Le Maroc en transition » aux Éditions La Découverte en 2001 (nouvelle édition : La Découverte/Poche, 2002), mais aussi de son « Histoire du Maroc depuis l’indépendance » (collection Repères, 2002, rééd. du cinquantenaire, 2006) et de « La Formation des élites marocaines et tunisiennes. Des nationalistes aux islamistes, 1920-2000 » (Paris, La Découverte, 2002). Chez Fayard, il a également publié un essai historique « Maghreb, la démocratie impossible ? »(2004).

En publiant son nouvel ouvrage « Le Maroc » dans la collection « idées reçues », Pierre Vermeren a délibérément cherché à « surfer » sur la vague du « faux » (les idées reçues) pour nous amener à découvrir, dans le creux de la vague, le « vrai ». L’exercice est d’autant plus difficile que l’auteur nous dresse un tableau du Maroc de l’aube des temps à nos jours en offrant une large place à la phase de colonisation et de décolonisation.

Mais au-delà, l’objectif et le singularisme, de cet ouvrage réside probablement dans la manière dont Pierre Vermeren a su démêler l’écheveau du couple franco-marocain et ses implications sur la scène internationale. Il y décrit avec force un Maroc idyllique puis nous ramène à la réalité quotidienne. Mais il invite surtout le lecteur à découvrir les « intérêts » souvent réciproques que génère une image positive du Maroc véhiculée à grands renforts publicitaires.

L’intérêt majeur de cet ouvrage réside certainement dans sa concision, dans son invitation à la réflexion et dans l’utilisation de ses trois temps forts pour « illustrer » nos programmes d’histoire-géographie. En effet, l’auteur aborde d’une manière intéressante la phase de colonisation avec ses certitudes et ses incertitudes. Il retrace, également la décolonisation non pas dans ses faits historiques mais, sous un éclairage nouveau, c’est-à-dire la construction d’intérêts réciproques dans le monde bipolaire d’alors. Enfin, Pierre Vermeren dresse un tableau saisissant d’un Maroc indépendant politiquement qui doit faire des choix pour orienter un développement dont il précise qu’il tarde à venir. Beaucoup d’aspects sont abordés, notamment la lente, la très lente marche vers une démocratie qui elle se fait attendre d’autant que les dernières élections législatives (septembre 2007 – après la parution du livre) confirment les « idées reçues » avancées par l’auteur.

En revanche, on pourra simplement regretter que l’auteur a passé sous silence les choix d’un Maroc agricole après la décolonisation ; un choix lourd de conséquences tant sur le plan social, qu’économique que politique.

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