La Cliothèque https://clio-cr.clionautes.org Recensions, critiques d'ouvrages Histoire Géographie Thu, 06 May 2021 15:18:04 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.7.1 L’aventure géopolitique : la déforestation https://clio-cr.clionautes.org/laventure-geopolitique-la-deforestation.html https://clio-cr.clionautes.org/laventure-geopolitique-la-deforestation.html#respond Thu, 06 May 2021 15:18:04 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=48598 Après avoir commencé sur YouTube, s’être développé en livre, Mister Geopolitix investit un nouveau média avec la bande dessinée. De façon tout à fait transparente, il précise que celle-ci est réalisée « d’après la chaîne YouTube Mister Geopolitix ». Un numéro est effectivement paru en février 2021 intitulé « Neuf erreurs sur la déforestation ( à ne plus faire) ». On peut aussi signaler d’autres numéros plus anciens qui abordent en partie cette thématique.

Aborder le thème de la déforestation

En amont, Mister Geopolitix présente le sujet en rappelant l’importance des forêts sur la planète. Dès le début, il souligne qu’il s’agit là d’une question globale qui a des liens avec l’agriculture, l’élevage ou la population en général. La bande dessinée permet de le suivre en reportage dans plusieurs endroits de la planète. On apprécie cette approche dans plusieurs lieux qui ne réduit pas la question de la déforestation à l’Amazonie. La bande dessinée se termine par un dossier qui aborde trois points : « Où se trouvent les forêts dans le monde ? », « Comment évolue la déforestation ? »  et « Quelles sont les conséquences ? ». On retrouve d’ailleurs ici quelques visuels présents dans la vidéo de février 2021, mais également de rapides références bibliographiques pour aller plus loin et les sources utilisées.

La situation brésilienne et sa complexité

La bande dessinée commence alors que Gildas Leprince alias Mister Geopolitix, termine un reportage sur les baleines. Tandis qu’il est en train de procéder au montage, il est contacté par une chercheuse de l’INRA qui aurait besoin de sensibiliser la population à ses travaux et c’est là qu’il intervient. Le voyage commence au Brésil, dans l’état du Rondoria, l’un des plus touchés par la déforestation sous la forme d’incendies de forêts. Ici, le couvert forestier a perdu en surface 1,5 fois la France en 50 ans ! Il s’agit là d’une déforestation sauvage qui, une fois réalisée, est transformée en terre  pour en faire des pâturages monnayés aux éleveurs. Il est difficile de lutter contre ce phénomène quand on voit l’immensité des lieux et les sommes dérisoires fixées pour les amendes. Il faut aussi mesurer que la consommation de viande augmente dans le monde, ce qui est une donnée du problème. On apprécie le fait que Mister Geopolitix dépasse d’ailleurs une vision émotionnelle du phénomène et cherche à le comprendre avec tous les tenants et aboutissants. C’est pour cela qu’il rencontre un éleveur qui lui explique clairement que c’est la déforestation qui lui permet de vivre et qui ne cache pas son agacement dû au fait qu’à chaque fois qu’on vient le voir, c’est pour le lui reprocher. Mister Geopolitix rencontre également des membres d’une communauté indigène qui ont trouvé une sorte de modus vivendi avec les paysans. Ils travaillent dans des fermes et, si certains endroits ont été transformés, ils ont pu aussi en préserver d’autres, en lien avec leur culture. Finalement, fermiers et Indiens partagent un point commun : il leur faut arriver à survivre et ils ont besoin de travailler pour exister. 

Une question globale

On se retrouve ensuite à quelques kilomètres de la Gambie. Ici se trouve un des bois les plus précieux de la planète : le bois de rose. Mister Geopolitix entreprend de suivre le chemin que suit cet arbre, depuis sa coupe sauvage jusqu’à sa vente. Cela rapporte plus pour les jeunes d’être des intermédiaires de ce trafic plutôt que de travailler légalement. Bref, comme pour le premier cas, la déforestation s’explique aussi ici par le besoin de survivre. Depuis 2017, le bois de rose est placé sous protection internationale pour tenter d’endiguer le trafic. On est au coeur de la réalité quand un des conducteurs est arrêté par la police qui lui reproche de transporter trop de bois de rose. Il n’y a là aucune volonté d’empêcher l’exportation illégale puisqu’il s’agit en réalité d’un moyen pour l’agent des forces de l’ordre de réclamer de l’argent. La bande dessiné souligne une fois encore la nécessité d’examiner la question de façon globale. Avec l’explosion démographique, procéder à de la déforestation est un moyen d’accroître la superficie cultivée pour pouvoir se nourrir. Cela permet de compenser l’instabilité d’un marché comme celui du cacao, sujet à de nombreuses variations que les paysans du coin ne peuvent maitriser. 

Protéger la forêt

Le voyage se poursuit dans la forêt de Bornéo. Mister Geopolitix y rejoint Emilie Derosaria, ancienne journaliste d’investigation qui vit là depuis quinze ans. Elle a fondé une association qui a pour objectif d’exploiter raisonnablement la forêt malaisienne, c’est-à-dire en préservant la biodiversité. Jusque là, la forêt a plutôt été l’objet d’une exploitation frénétique en lien, par exemple, avec l’huile de palme. Le plan d’ Emilie Derosaria est d’acquérir des parcelles fractionnées de façon à empêcher des grands groupes de se constituer de vastes domaines. Elle essaye d’impliquer les acteurs locaux dans son combat. 

Cet ouvrage sur la déforestation est très réussi car il réussit à montrer la diversité de la question ainsi que ses implications. Il dépasse surtout une simple approche émotionnelle au profit d’une étude qui expose les enjeux et les conséquences. La vidéo récente disponible sur YouTube s’avère d’ailleurs totalement complémentaire car elle va parfois plus loin sur certains aspects du sujet.

Gildas Leprince, alias Mister Geopolitx, réussit pleinement le pari qu’il mène sur différents supports, à savoir nous faire découvrir et comprendre le monde dans sa complexité.

Jean-Pierre Costille

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Sélection BD 2021 – 5 https://clio-cr.clionautes.org/selection-bd-2021-5.html https://clio-cr.clionautes.org/selection-bd-2021-5.html#respond Thu, 06 May 2021 07:27:40 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=48577 Voici les nouveautés BD, au tant que j’ai pu les repérer sur les sites des éditeurs.

En espérant que cette sélection vous plaira. Si vous avez vu une nouveauté non signalée qui vous intéresse il suffit de me le signaler par mail. J’ai re-signalé quelques BD de la précédente veille, non demandée, et sortie très récemment.

Anspach

Jylland –  T1 : Magnulv Le Bon, Bruno De Roover, Przemyslaw Klosin

Le chef Viking Sten rentre dans son royaume avec son équipage après une campagne de pillages de plusieurs mois. La situation a changé dans son pays natal. Son père mourant, le Roi Magnulv, a décidé de convertir son peuple au christianisme. Il souhaite que tous les royaumes de Jylland soient pacifiés. La vieille culture Viking doit être définitivement révolue. Plus de pillages et de combats… Rodor le frère de Sten, succède à son père. Il souhaite maintenir cette politique pacifique. Sten n’est pas autorisé à conserver ses trésors conquis. Révolté, il cherche à détruire cette nouvelle politique.
… Mais comment tuer une religion ?

Les arènes

L’Incroyable Histoire du vin, Benoist Simmat Daniel Casanave

L’histoire du vin, c’est l’histoire de la civilisation.
Dans l’Antiquité, le vin est sirupeux, aromatisé à la mûre ou au myrte, additionné de miel ou d’huile, et coupé d’eau avant d’être bu. C’est la boisson religieuse par excellence.
La mythologie grecque regorge d’allusions au vin et dans la Bible, à la fi n du Déluge, Noé plante une vigne. Le vin civilise les hommes et humanise les dieux.
Le premier classement des vins remonte au 1er siècle de notre ère ! À la fn de l’Antiquité, le vin gaulois s’exporte déjà abondamment, grâce à la technique de l’élevage en fût de chêne. À la chute de l’Empire romain, l’Église et les monastères perpétuent le savoir-faire ; au Moyen Âge, le vin se met à ressembler à celui que nous connaissons. Au XVIIe siècle, l’invention de la bouteille révolutionne la garde, et l’oenologie devient un art de vivre. Avec la colonisation, le vin conquiert le monde. Aujourd’hui, la moitié des pays du globe en produisent.
Importance des terroirs, bras de fer commerciaux, goût de la spéculation, magie des grands crus… L’histoire du vin est une histoire de nos passions.

L’Incroyable Histoire des animaux, Karine-Lou Matignon Olivier Martin 27 mai

Casterman

Olympe de Gouges, José-Louis Bocquet, Catel

Mariée et mère à 18 ans, veuve aussitôt après, Marie Gouzes décide ensuite de vivre librement sous le nom d’Olympe de Gouges. Femme de lettres, fille des Lumières, libertine et républicaine, elle côtoie la plupart de ceux qui laisseront leur nom dans l’histoire de la Révolution française : Voltaire, Rousseau, Mirabeau, Lafayette, Benjamin Franklin, Condorcet, Desmoulins, Marat, Robespierre…

Camboucaris

Insectes, Léopold Maurer, Elisabetyh Willenz, Regina Hofer

 

Dargaud

Ludwig et Beethoven, Mikaêl Ross

Petit-fils et fils de musicien, mais un père alcoolique et endetté qui veut surtout tirer profit de ses talents. Une mère aimante qui meurt quand il a dix-sept ans. Un talent brut extraordinaire mais une prime éducation musicale lacunaire. Compositeur révolutionnaire atteint de surdité précoce… Tout, chez Ludwig van Beethoven, relève d’une extrême dualité, d’un destin au mieux compliqué, au pire contrarié. Mikael Ross dépeint cette jeunesse d’un génie avec une énergie folle et une vraie virtuosité.

Non-Retour – Algérie juillet 1962, Patrck Jusseaume, Jean-Laurent Truc, Olivier Mangin

Juillet 1962. L’Algérie est indépendante. Pour les pieds-noirs c’est « la valise ou le cercueil ». Dans un Constellation s’entassent rapatriés, espion, flic de la DST, colonel de l’OAS, et équipage. Au-dessus d’Oran en flammes, les autorités donnent l’ordre d’atterrir, et la tension monte de plusieurs crans… S’inspirant d’un souvenir d’enfance, Jean-Laurent Truc signe pour Patrick Jusseaume son premier scénario. Le dessinateur de « Tramp » storyboarde quelques pages avant de disparaître. Olivier Mangin lui succède au dessin, avec talent.

Delcourt

Buonaparte T1, Fabienne Pigière, Rudi Miel, Ivan Gil

Qu’est devenu le plus grand trésor de guerre de tous les temps découvert par Napoléon lors de sa campagne d’Egypte ? Hudson Lowe, officier anglais et geôlier de l’empereur à Sainte- Hélène, est chargé de le découvrir. Napoléon Bonaparte contemple le désastre de la bataille de Waterloo sonnant le glas de ses conquêtes. Après une longue errance, il se rend aux Anglais, espérant obtenir l’asile. Mais, considéré comme prisonnier de guerre, il est embarqué pour Sainte-Hélène où il sera exilé avec quelques proches. Des soldats anglais sont dépêchés sur l’île afin de prévenir toute tentative d’évasion.

Destins d’Histoire 21

Hemingway à Paris, Jeb Brown

1921, Ernest Hemingway, jeune correspondant du Toronto Star Weekly, débarque dans un Paris bouillonnant et en pleine mutation. Obsédé par l’idée de devenir un écrivain reconnu, il s’émerveille de la vie qu’il découvre et accumule les notes pour de futurs récits. C’est là qu’il fait la connaissance de quelques figures incontournables de la littérature du XXe siècle, comme Blaise Cendrars, James Joyce, Ezra Pound ou F. Scott Fitzgerald… qui deviendront ses amis et confidents. Gertrude Stein baptisera plusieurs d’entre eux la « génération perdue ».

Dupuis

Marie Curie, le fil de l’Histoire raconté par Ariane & Nino – Marie Curie , Erre Fabrice, Savoia

Marie Curie est la seule scientifique à avoir obtenu le prix Nobel dans deux disciplines, la physique et la chimie. Chercheuse avec son mari Pierre, puis seule, elle étudie au début du XXe siècle la radioactivité : la connaissance de ce phénomène naturel ouvre de nouvelles voies technologiques, mais il se révèle aussi très dangereux et finit par causer sa mort.
S’inviter dans l’Histoire pour en raconter les grands moments incontournables, voilà le parti pris d’Ariane et Nino. En partant toujours du réel d’aujourd’hui, ces livres permettent aux enfants de se sentir concernés par l’Histoire. Le scénariste Fabrice Erre est docteur en Histoire et professeur d’histoire-géographie, ces livres sont donc de véritables outils pédagogiques en lien avec le programme scolaire.

Les Escales

Les filles du Kurdistan, un combat pour la liberté, Mylène Sauloy, Clément Baloip

À travers les histoires d’abord parallèles puis croisées de trois filles, de Paris à Kobané, en Syrie, du Kurdistan de Turquie au Sinjar en Irak, Mylène Sauloy témoigne du mouvement des femmes kurdes luttant contre Daesh, héritières d’une longue tradition de résistance.

Un village en construction quelque part au nord de la Syrie. Tout autour, des ruines. Une ambiance de fourmilière : des centaines de femmes, certaines en treillis, d’autres voilées, des jeunes et des moins jeunes s’activent, portant d’énormes briques de terre, piochant, creusant, érigeant. Elles construisent un village de femmes ! Sur les ruines d’une guerre aux ingrédients religieux, impérialistes, pétroliers et post guerre froide, dans une région gangrénée par un patriarcat rance, des imams assassins, des dictateurs et théocrates de tout poil, pousse donc une société rêvée dont l’avant-garde est résolument féminine… Et qui pourrait bien nous donner des leçons de démocratie et de parité ! À travers les histoires d’abord parallèles puis croisées de trois filles, de Paris à Kobané, en Syrie, du Kurdistan de Turquie au Sinjar en Irak, Mylène Sauloy témoigne du mouvement des femmes kurdes luttant contre Daesh, héritières d’une longue tradition de résistance.

Denoël Graphic BD

Le Fantôme d’Odessa, Alexander Pavlenko, Camille de Toledo

Futuropolis

L’attente, Keum Suk Gendry-Kim

 

La Déconfiture, Pascal Rabaté

Version poche

Juin 1940. Il faisait beau mais les temps étaient couverts. C’est la débâcle de l’armée française et l’exode pour de nombreux civils. À travers le destin d’un simple bidasse, Rabaté signe, 18 ans après Ibicus, un grand récit sur une période trouble où tous les repères quotidiens ont sauté…

Kongo, Christiane Perrissin, Tom Tirabosco

Version poche

Au cœur des ténèbres est certainement la nouvelle la plus célèbre et la plus adaptée de Joseph Conrad. C’est au cœur de son expérience personnelle au Congo, dans l’avancée de la colonisation brutale du pays, que l’écrivain a été chercher l’essence de son récit. Un récit authentique sur l’Histoire africaine lors de la conquête européenne que Christian Perrissin et Tom Tirabosco nous amènent à redécouvrir.

Sinaï, Lelio Bonaccorso, Fabio Brucini

En 2012, Lelio Bonaccorso se rend en compagnie de son ami Fabio Brucini, spécialiste du désert, une première fois dans le Sinaï. Il est frappé par le sentiment de familiarité et d’authenticité qu’il trouve dans ce lieu. L’hospitalité et la capacité à vivre sereinement des Bédouins l’ont fait réfléchir. Pauvres, apparemment, selon nos critères occidentaux, ils possèdent deux choses qui nous échappent et ne peuvent s’acheter nulle part : le temps et le bonheur. De ce point de vue, le rituel du thé est emblématique : tandis qu’ils le boivent lentement, les Bédouins regardent le monde occidental et nous demandent : « Mais où courez-vous donc ? »
Depuis, ils y sont retournés régulièrement afin de recueillir la parole des femmes et des hommes qui peuplent ce désert envoûtant, pour nous faire partager leur sagesse et leur culture

Grand Angle

Ellis Island Tome 2 : Le rêve américain, Philippe Charlot, Miras

Tu y débarques un Italien, un Allemand, un Irlandais, un Juif, un Russe et il en sort un Américain…!”   Que faire quand vous vous retrouvez coincé, à la merci d’une administration inhumaine ? Que faire quand tout un village a misé sur vous et n’a plus pour espoir que l’argent que vous pourrez lui envoyer ? Que faire quand la femme que vous aimez désespère de venir vous rejoindre ? Que faire quand, la seule personne qui vous tend la main est un avocat véreux et sans scrupules ?

L’or du bout du monde Tome 2 : Doug, Philippe Esnos, Jérôme Felix, Xavier Delaporte

Doug, c’est de la folie, d’emmener la gamine dans les montagnes. D’accord, elle a survécu à la jungle mais les Llanganates… … c’est 100 fois pire. J’ai une gueule à m’encombrer d’une souris ? Et puis tu sais bien que quand on part chercher un trésor à deux, y’en a qu’un qui revient

Mana Books

Assassin’s Creed : Blade of Shao Jun T03, Minoji Kurata

En 1526, la dynastie Ming est au bord du chaos. Zhang Yong, chef du groupe templier des Huit Tigres, s’empare du pouvoir en éliminant tous ses adversaires. Seule survivante de la Confrérie chinoise des Assassins, Shao Jun est déterminée à prendre sa revanche sur ceux qui ont massacré son clan. Sa prochaine proie : le seigneur Wei Bin. Alors qu’elle touche au but, elle apprend qu’un piège a été tendu à son maître, Wang Yangming. Arrivera-t-elle à temps pour le sauver ? De retour au présent, Lisa se pose de plus en plus de questions concernant son ascendance. Pour couronner le tout, son amie Mari la met en garde contre les intentions du docteur Kagami, qui agit pour le compte des Templiers.

Petit à petit

Dijon, Des Lingons au château maudit, Éric Rückstühl

À travers différentes fictions, qui présentent la fondation de la ville, l’arrivée du christianisme, les conquêtes franques ou encore le règne des ducs de Bourgogne, la bande dessinée retrace l’histoire unique de la ville de Dijon. S’appuyant sur des faits avérés, des reconstitutions de lieux et des archives historiques, les différents chapitres évoquent l’histoire d’une cité au destin tumultueux.

Toulouse Tome 2 – Des guerres de religions à la Cité de l’Espace, Gaëts, Béatrice Merdrignac, Benjamin Blasco-Martinez

Tremblez avec les huguenots face au sanguinaire Montluc, défendez avec Voltaire l’affaire Calas, ovationnez la capitale du rugby et embarquez dans l’odyssée de la cité de l’espace ! Suite et fin de la série à succès consacrée à l’histoire de la célèbre ville Rose !

SOIF #2, Peut-on lutter contre les Fake news ?

Bayonne Tome 1- Du Castrum à Vauban, Jean-Claude Bartoll juin

Plein vent

Clovis, le premier royaume, Coline Dupuy, Andrea Mutti

Rue de Sèvres

Idiss, Richard Malka  & Fred Bernard

Sarbacane

Fourmies la rouge, Alex W. Inker

Soleil

Breizh Histoire de la Bretagne T07 Le Temps des révoltes, Thierry Jigourel, Marco Pelliccia, Guillaume Lopez

Ce tome ouvre une nouvelle tranche de l’Histoire bretonne qui couvre la période de la mort d’Anne de Bretagne jusqu’aux prémices de la Révolution française. Une période riche en confrontations. C’est le temps des révoltes, celle des Bonnets Rouges, qui enflamma toute la Bretagne du printemps à l’automne 1675 et qui fut écrasée dans le sang. Un nouveau tome plein de bruit d’épées et de fureur.

Karolus Magnus, l’empereur des barbares T01, Jean-Claude Bartoll, Eon

Une saga épique qui revisite la légende carolingienne. Un récit médiéval aux accents fantastiques, riche en batailles et luttes intestines, qui nous mène des sables brûlants d’El Andalus aux confins glacés de la Vasconie.

Steinkis

Tsiganes Une mémoire française 1940-1946, Kkrist Mirror, Sarge Klarsfeld

Un pan oublié de la seconde Guerre Mondiale.
En France, de nombreuses familles tsiganes furent internées dans des camps gérés par l’administration française. Cela s’est passé entre 1940 et 1946. Nos livres d’Histoire sont silencieux. Chassés,… (réed)

Urban comics

Robinson à Pékin – Journal d’un reporter en Chine, Aude Massot, Eric Meyer juin 2021

 

 

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https://clio-cr.clionautes.org/selection-bd-2021-5.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/05/capture-du-2021-05-05-18-15-52.png 400 284
Histoire du livre et de l’édition https://clio-cr.clionautes.org/histoire-du-livre-et-de-ledition.html https://clio-cr.clionautes.org/histoire-du-livre-et-de-ledition.html#respond Wed, 05 May 2021 17:01:44 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=48566 C’est une somme que fait paraitre Yann Sordet, directeur de la Bibliothèque Mazarine et rédacteur en chef de la revue « Histoire et civilisation du livre ». Il embrasse une période qui va de l’Antiquité tardive au début du XXIème siècle, mais il consacre son propos de manière privilégiée à la France, même si on trouve régulièrement des élargissements géographiques. L’ouvrage contient par ailleurs une bibliographie, un index des noms de personnes, collectivités, lieux et titres très pratique. Structuré en sept parties et cinquante-trois chapitres, il contient également deux cahiers de documents.

Des étapes majeures

Yann Sordet précise d’abord quelques étapes qu’on peut considérer comme majeures comme « l’invention et la diffusion de l’écriture à la fin du IV ème millénaire avant Jésus-Christ, la généralisation du codex au début de l’ère chrétienne et l’invention de la typographie au milieu du XV ème siècle constituent les évènements majeurs de l’histoire culturelle ». Il relève aussi qu’on observe un balancement permanent entre la détermination matérielle et technologique d’une part et des initiatives humaines d’autre part. 

Le livre manuscrit

Il montre l’importance du papyrus et du volumen dans l’Antiquité. A plusieurs reprises, l’auteur souligne qu’en terme matériel, telle invention n’a pas forcément fait disparaitre les autres supports. A partir du II ème siècle après Jésus-Christ, le volumen est en régression au détriment du codex et du parchemin. Yann Sordet pointe le fait qu’il existe alors en Orient d’autres écritures et d’autres supports. Il explique d’ailleurs l’adoption du papier qui s’impose à partir du XV ème siècle mais qui n’a pas remplacé le parchemin jusqu’au XVIII ème siècle.

De façon générale, il faut donc avoir en tête qu’il existe un «  panorama extrêmement diversifié des formes livresques. » Yann Sordet montre également que la dislocation de l’empire romain a abouti à une forte réduction de la production et de la circulation de livres. La renaissance passe ensuite par l’institution ecclésiastique. On insiste aussi à juste titre sur la renaissance carolingienne  puisque pour le IX ème siècle on a conservé neuf mille manuscrits latins à travers le monde et c’est autant que l’ensemble du corpus conservé pour tous les siècles antérieurs en Europe occidentale latine. 

L’importance du XII ème siècle 

A partir du XII ème siècle, plusieurs facteurs jouent ensemble comme le développement urbain, l’émergence d’une élite bourgeoise aisée ou la fondation des universités. On voit apparaitre les index, tables des matières. L’auteur développe aussi des cas, sans doute moins connus, comme la transmission de la musique par l’écrit. Il faut aussi relever que se produit une laïcisation de la production manuscrite. Le chapitre sept développe la fabrique du manuscrit médiéval. On trouve un extrait savoureux de 1415 où on déconseille d’écrire sur papier pour des textes de valeur qui seraient appelés à durer. Yann Sordet apporte une foule d’informations et rappelle, par exemple, que le livre est en général conservé à plat jusqu’à la seconde moitié du XVII ème siècle. 

L’invention de l’imprimé

L’auteur consacre un chapitre à l’impression et l’édition avant Gutenberg ce qui est l’occasion d’évoquer d’autres époques et d’autres espaces. Il présente ensuite celui-ci dans un portrait vivant tout en soulignant la part d’inconnu qui entoure les premiers temps de l’imprimerie. Yann Sordet mentionne aussi les controverses et concurrences historiographiques qui existent à ce sujet. Il montre aussi qu’imprimer n’a alors de sens  que si on le fait à meilleur coût et si une demande existe au-delà de la commande initiale. Yann Sordet détaille ensuite les nombreux métiers qui se développent autour du livre.

Les différentes autorités s’intéressèrent alors au sujet avec notamment la mise en place de l’autorisation d’imprimer. On se rend compte également comment, peu à peu, ce qui peut sembler aujourd’hui évident, se met en place comme la page de titre. On découvre aussi comment l’image trouve sa place dans le livre. 

Renaissance, humanisme, réforme et imprimerie

Yann Sordet précise que « l’humanisme et la Réforme… ne sont pas des produits de l’imprimerie. L’un comme l’autre prennent leurs racines dans des dynamiques antérieures. » Il rappelle ainsi qu’il existe à partir du XII ème siècle des traductions de la Bible. L’auteur insiste sur la médiatisation inédite auxquelles parviennent les 95 thèses de Luther grâce à l’imprimerie. Le début du XVI ème siècle est marqué par un certain nombre d’évènements dont le livre imprimé est l’enjeu principal comme les condamnations de 1521 ou la crise des Placards de 1534. Après avoir souligné le rôle de Genève, Yann Sordet souligne combien « les ambitions fondamentales de l’humanisme sont mises en oeuvre par la collaboration étroite des nouveaux savants et des hommes du livre ».

Il propose un focus sur Alde Manuce ou Josse Bade. L’édition est de plus en plus contrôlée avec la mise en place dans la plupart des Etats européens au XVI ème siècle de l’obligation d’autorisation préalable. L’auteur explique ensuite le réseau des hommes et la circulation des livres. On lira aussi avec intérêt plusieurs pages qui expliquent les évolutions de mise en page. De façon générale, le XVI ème siècle est le moment où se fixe la distinction entre livres savants et livres « populaires ». 

La librairie de l’âge classique

Cette période est marquée par plusieurs phénomènes comme la croissance des petits formats, la naissance des périodiques, le recul du latin ou encore une expansion de l’histoire et des sciences au détriment du religieux. Les campagnes de diffamation s’intensifient ce qui provoque, par réaction, un renforcement des mesures de surveillance de la part de l’Etat. Yann Sordet retrace l’apparition des premiers médias comme la célèbre Gazette de Renaudot ou l’importance numérique des mazarinades. Il s’agit dans ce dernier cas du corpus pamphlétaire le plus massif de l’âge classique en terme de rythme et d’ampleur.

L’auteur développe ensuite une réflexion sur la notion de best-seller à laquelle il propose plutôt de substituer celle de long-seller. En effet, la longévité d’un titre dit quelque chose de son succès, même si cette idée est aussi à manier avec précaution. Il détaille ensuite quelques exemples de ces long-seller comme « L’Imitation de Jésus-Christ » puis il évoque le livre populaire avec notamment l’exemple de la Bibliothèque bleue. Quittant l’espace français, il parle également de l’imprimé hors d’Europe en montrant que la demande de livres en Nouvelle-Angleterre est particulièrement forte. 

Le livre en révolution 

Tout comme pour la période de l’humanisme, Yann Sordet invite à se méfier de certaines évidences. Ainsi, il faut prendre garde à une vision trop téléologique de l’histoire culturelle « qui ferait de la Révolution un produit des Lumières selon un implacable principe de causalité ». Il faut aussi mesurer que certains livres phares du siècle des Lumières ont été rétrospectivement reconnus comme emblématiques. A côté d’eux le poids des traditions demeure dans le domaine de l’édition.

De même, jusqu’en 1760, le pouvoir est surtout obnubilé par la question du jansénisme. On voit ensuite se développer un système de compromis en terme d’autorisation de publication. Yan Sordet consacre évidemment quelques pages à l’aventure de l’Encyclopédie en rappelant quelques chiffres : 74 000 articles, 2600 planches,  sans oublier le rôle de Louis de Jaucourt qui à lui seul rédigea un quart des articles de l’Encyclopédie.  L’auteur s’interroge ensuite autour du diptyque césure ou transition pour qualifier l’édition française entre 1789 et 1815. 

 Vers un modèle industriel ? 

On entre dans une période marquée par des bouleversements techniques intenses et continus mais aussi par une autonomie croissante de l’imprimerie. L’alphabétisation croissante explique le boom de la presse périodique. Yann Sordet passe en revue un certain nombre d’innovations et insiste sur les mutations du papier, l’importance de la stéréotypie ou encore de la linotypie. L’image se développe de plus en plus et on assiste donc au développement de la presse illustrée. Des problématiques anciennes, comme celle de la contrefaçon, existent toujours et trouvent une nouvelle vigueur.

On assiste également à la structuration des premières maisons d’édition. L’auteur dresse ensuite un panorama de la presse de masse qui affiche des chiffres réellement impressionnants : Le Petit Journal tire à 1,5 million d’exemplaires chaque jour au début du XX ème siècle. C’est l’époque où apparait la publicité et où les pratiques de diffusion évoluent, laissant une place croissante à la vente au numéro. Les feuilletons se développent également. Les sujets se diversifient avec, par exemple, les premiers guides de voyage mais aussi le très volumineux marché des manuels scolaires. On assiste donc à un double mouvement paradoxal entre « banalisation et sacralisation de l’imprimé ». 

Dématérialisation et société de l’information 

Après avoir montré les nouveautés techniques de cette époque, Yann Sordet dresse un état des lieux des industries graphiques en quelques chiffres qui représentent plus de 123 000 entreprises en France. Le marché de l’impression est dominé par la presse magazine et la publicité. Il montre ensuite quelques exemples de livres pensés en relation avec des artistes puis revient sur le rapport entre l’imprimé et la politique. Ainsi, le monde de l’édition s’est trouvé dès les premiers temps de l’Occupation dans une position délicate qui est allée de « l’inertie à l’allégeance ».

L’auteur évoque également le rôle de l’imprimé dans la Résistance. Les derniers chapitres dressent un état des lieux de l’édition contemporaine. Au niveau mondial, la part de livres traduits de l’anglais est passée de 45 à 60 % des années 1980 à 2020. Agatha Christie reste l’auteure la plus traduite. Il revient également sur le cas des libraires indépendants et rappelle que la marge de bénéfice dans ce secteur est aux alentours de 1 %. Yann Sordet retrace ensuite l’historique et l’importance de certains prix littéraires, insiste sur la vitalité du livre jeunesse et n’oublie pas de poser la question du livre numérique. 

Robert Darnton a rédigé la postface du livre de Yann Sordet où il souligne qu’il s’agit d’une somme. Il rappelle que, comme le dit l’auteur, on peut identifier trois révolutions dans l’imprimerie : le temps des caractères mobiles, l’avènement de la culture de masse au XIX ème et aujourd’hui. Robert Darnton souligne également l’approche large en terme d’imprimés, même s’il comprend que certains pourront déplorer une vision franco-centrée. En tout cas, cet ouvrage de Yann Sordet est incontestablement appelé à devenir une référence sur cet objet indispensable qu’est le livre.

On peut prolonger avec une interview de l’auteur d’une durée de trente minutes accessible ici. 

Jean-Pierre Costille 

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Champollion, le champion des hiéroglyphes https://clio-cr.clionautes.org/champollion-le-champion-des-hieroglyphes.html https://clio-cr.clionautes.org/champollion-le-champion-des-hieroglyphes.html#respond Wed, 05 May 2021 13:46:47 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=48549 Ce cahier d’activités destiné aux 8-11 ans propose 58 activités pour découvrir comment le français Jean-François Champollion a réussi à déchiffrer les hiéroglyphes à partir de la pierre de Rosette. Tout au long de ce cahier d’activité, les lecteurs sont accompagnés de deux personnages, Paul et Zoraïde, les petits-petits-petits … neveux de Jean-François Champollion.
Chaque jeu comporte un petit ibis à colorier quand le jeu est réussi (les réponses aux jeux se trouvent à la fin du cahier) et avec 25 bonnes réponses, le lecteur remporte un diplôme d’égyptologue qui se trouve lui aussi à la fin du cahier. Les jeux sont très variés : escape game, charade, mots croisés, jeux de logique, textes à trous, labyrinthes, dessins, etc. En plus de ces petits jeux ponctuels, le cahier d’activité comporte un jeu central, dans un style de jeu de l’oie, avec des cartes-réponses à détacher à la fin du cahier.

Excape game 1
Excape game 2

Chaque double page comporte quelques lignes de contexte en introduction puis à côté des jeux, des informations sur l’histoire, les langues, la civilisation égyptienne ou la vie de Champollion, ce qui fait que les enfants apprennent beaucoup de choses tout en s’amusant.

Exemple d'activité

La fin du cahier contient un alphabet hiéroglyphe, des lieux à visiter et une petite bibliographie pour ceux qui souhaiteraient approfondir leurs connaissances sur l’Egypte ou sur Champollion.

Découvrir un extrait

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Arno https://clio-cr.clionautes.org/arno-de.html https://clio-cr.clionautes.org/arno-de.html#respond Wed, 05 May 2021 13:24:22 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=48547 Cette intégrale des aventures d’Arno comporte 3 volumes déjà parus il y a de nombreuses années, avec un scénario de Jacques Martin et un dessin d’André Juillard :
– Le pique rouge : l’histoire se passe en 1797 à Venise, alors occupée par les troupes de Bonaparte. Arno, jeune pianiste, rencontre le général Bonaparte, lui sauve la vie et s’intègre ainsi dans son entourage. Il découvre l’existence d’un complot contre le général, ourdi par une société secrète dont le signe de reconnaissance est une pique rouge.
– L’œil de Kéops : dans cette deuxième histoire, Arno suit le général Bonaparte dans sa conquête de l’Egypte. Là encore, il déjoue les menées de la Pique rouge qui tente d’assassiner Bonaparte.
– Le puits nubien : après le départ de Bonaparte pour la France, appelé à son destin, Arno reste en Egypte pour venger sa belle égyptienne assassinée par un Anglais. Après un temps passé en Egypte, il poursuit sa vengeance en Angleterre où il devient lord.

Les reconstitutions de Venise, de l’Egypte puis de l’Angleterre sont particulièrement bien réussies. Les monuments sont parfaits de ressemblance. Un gros clin d’œil à Vivant Denon dont le dessin du sphinx de Gizeh, reproduit p. 72, est à l’identique que dans son ouvrage « Voyage dans la Basse et la Haute Egypte » avec les savants en train de mesurer le sphinx.
Concernant l’histoire et l’enquête menée par le héros contre les comploteurs de la Pique rouge, elle est plutôt prenante dans les deux premiers tomes. L’histoire du 3e tome est, à mon avis, moins convaincante que les précédentes. Les incohérences dans l’histoire viennent troubler la lecture. Le lien avec la Pique rouge est fait en Angleterre avec une histoire vraiment peu vraisemblable.
Au final, cette réédition des trois premiers tomes des aventures d’Arno, au côté de Bonaparte, est un plaisant moment de lecture, qui nous plonge dans la grande Histoire avec une enquête en arrière-plan.

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Atlas des migrations en Méditerranée – De l’Antiquité à nos jours https://clio-cr.clionautes.org/atlas-des-migrations-en-mediterranee-de-lantiquite-a-nos-jours.html Tue, 04 May 2021 20:54:06 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=48043

« Mais voyons ! Conte-moi sans rien dissimuler. Où tes errances t’ont mené, quelles régions tu vis,… » Homère, Odyssée, chant VIII.

Les éditions Actes Sud ont conçu un atlas historique autour de la thématique des migrations et des mobilités dans le cadre géographique de la Méditerranée. L’approche chronologique n’a pas été retenue, un ancrage  sur le temps long s’est avéré plus pertinent.

Sous la direction de Virginie Baby-Collin, Sophie Bouffieret, Stéphane Mourlane, soixante-dix spécialistes rendent compte et analysent les migrations et leurs effets au cours de l’histoire sur les sociétés et les cultures, dans l’espace méditerranéen.

Un projet sur six ans

Jamais encore un tel ouvrage sur les migrations n’a été conçu. Un ensemble très large de disciplines des sciences humaines aux sciences sociales ont été sollicitées. Le projet initial s’est construit sur le cadre méditerranéen aujourd’hui. Puis il s’est élargi en intégrant une dimension historique voire préhistorique, et des recherches issues des sciences politiques et sociales. Les coordonnateurs ont dû harmoniser des visions universitaires différentes. Les textes de chacun devaient rentrer dans des thèmes précis compris souvent dans une seule double page. Les chercheurs ont vu leur thèse se réduire à un texte ou une carte.

Les objectifs finaux ont été de comprendre comment la Méditerranée a cristallisé une civilisation particulière dans l’esprit de Fernand Braudel, la problématique étant : comment les mobilités ont-elles façonné les sociétés et participé à la construction de l’espace considéré ?

Cet atlas présente cent objets d’étude.

Chacune de ces sections comprend cinq à six chapitres qui rassemblent une trentaine de doubles-pages thématiques. Au total, l’atlas présente cent objets d’étude. Des extraits de sources historiques et des documents iconographiques accompagnent les textes, pour donner « à voir et à penser les phénomènes migratoires à travers les époques ».

Un ouvrage tripartite

L’ouvrage est organisé en trois grandes parties complémentaires.

Les auteurs ont d’abord posé le cadre, les territoires et leurs structures (les routes, les frontières, les ports, les lieux de passage et d’arrivée, et les papiers, sésames du voyage).

Deux pages (p.62 et p.63) peuvent retenir notre attention, clins d’œil à la période sanitaire actuelle : une carte des lazarets (établissements d’isolement et de quarantaine pour les passagers, équipages et marchandises en provenance des ports touchés d’épidémies) établis sur le pourtour méditerranéen afin que le commerce maritime et terrestre se poursuive. Il n’est pas étonnant que la République de Venise se dote la première d’un tel établissement. La page suivante montre une belle représentation du lazaret de Livourne dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle ainsi qu’une carte à l’échelle européenne de la 3e épidémie de choléra de 1851 à 1857. La propagation des maladies et leur réaction de replis ne sont pas nouvelles.

Certains lieux emblématiques ont une place de choix comme Chypre, une île frontière ou la Sicile, une île carrefour. Objets géographiques qui limitent, séparent et mais aussi unissent, les frontières sont par exemple appréhendées dans leur évolution, une analyse intéressante pour les candidats des concours 2022.

Dans un deuxième temps, les acteurs sont examinés, qu’ils soient marchands, travailleurs, esclaves, religieux, intellectuels, artistes. Les populations en mouvement s’avèrent dominées, colonisées, asservies, converties, accueillies, rejetées, marginalisées, ou bannies… Difficiles souvent de déterminer les motivations des mobilités qui semblent être multiples : une quête d’une monde meilleur, un désir de découverte, un projet politique de conquête, de domination, de colonisation et d’asservissement.

Les auteurs décrivent des voyageurs qui, par les raisons de leurs mobilités peuvent être tour à tour, marchands, captifs, esclaves, travailleurs, hommes de pouvoirs, exclus, réfugiés mais aussi pèlerins, missionnaires, étudiants, savants et touristes. Une évidente porosité existe entre les types de migrants. Ces circulations produisent des lieux spécifiques d’accueil ou de relégation, que ce soient les ports ou les aménagements touristiques.

Enfin, cet ouvrage analyse ce que produisent les contacts dus à ces migrations et mobilités. Invasions, colonisations, transferts, circulations et médiations culturelles sont des entrées envisagées.

Les formes générées par les transnationalismes passent par des modèles architecturaux, par une acculturation dans la musique ou le sport.

Les mouvements de population entraînent la création de quartiers à l’échelle locale ou ces « petites méditerranées » installées en Amérique en passant par les villes monde comme Istanbul ou Alger.

Le chapitre sur le cosmopolitisme (citoyenneté du monde) montre « l’ancienneté de ce modèle philosophique de relations humaines » et les formes qui en découlent de la franc-maçonnerie aux réactions xénophobes.

Une mise en carte remarquable et renouvelée

Deux cents graphiques et cartes à différentes échelles pour appréhender les mobilités, sont l’œuvre et le laborieux travail du cartographe, Patrick Pentsch, qu’il faut ici saluer.

Le travail cartographique est particulièrement intéressant à plusieurs titres. Sans surcharge d’items et de figurés, la lecture et la compréhension du phénomène mis en carte est bien souligné. Une petite réserve toutefois : les caractères typographiques peuvent sembler trop petits, tant dans les textes de légende et que dans la toponymie. Mais il fallait bien partager les productions cartographiques avec les photographies. Souvent les cartes ne sont pas commentées mais le texte et les illustrations qu’elles côtoient suffisent.

En guise de conclusion, l’atlas des migrations se ferme sur une photo du cimetière de Barcelonnette et ses tombes monumentales de familles émigrées au Mexique qui reviennent après avoir fait fortune ailleurs. Ces sépultures ont été construites par des immigrés piémontais d’une vallée voisine. Voici une belle image de des allers et retours de ces hommes qui cherchent le meilleur et qui trouvent parfois le pire, l’humiliation de l’échec à travers la mort comme actuellement en Méditerranée.

Cet ouvrage, issu d’une belle rencontre scientifique, constitue une somme colossale d’informations et de documents la plupart inédits, un ensemble précieux afin de renouveler nos cours. A l’heure où le phénomène migratoire est sans cesse interrogé, cet atlas permet de prendre un certain recul et d’analyser les mobilités dans un contexte élargi, dans le temps long comme dans l’espace. Enfin on salue le choix de la première de couverture, une peinture de l’artiste marseillais Yann Letestu, symbole mélancolique de l’invitation au voyage et de l’attrait de l’inconnu. Décidément cet ouvrage aborde magnifiquement les émotions et les réalités des pulsations migratoires d’hier et d’aujourd’hui.

 

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L’œuvre de Napoléon https://clio-cr.clionautes.org/loeuvre-de-napoleon.html https://clio-cr.clionautes.org/loeuvre-de-napoleon.html#respond Tue, 04 May 2021 20:35:58 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=47017 «Il faisait beau, je découvrais un paysage de plaines aux villages pierreux et, n’étant pas pressé, je me trouvais bien d’être perdu, de cette vacance inespérée. Pouvais-je mieux employer l’après-midi que par une flânerie? Je roulais à petite vitesse. J’aimais les arbres violets, ceux d’un blond verdâtre ; les champs orange pâle et rosés, vert artichaut, couleur de lentille, gris jaune ; les maisons d’ivoire ajourées d’étroites fenêtres. J’étais vaincu par la tendresse de l’air, la finesse des tons, l’aimable simplicité des formes.» page 100.

Architecte, urbaniste, professeur, Didier Laroque a publié, outre une centaine d’articles, une dizaine d’ouvrages remarqués, dont deux romans : La Mort de Laclos (2014) et Le Dieu Kairos (2018).

Rien dans ce roman ne parle vraiment de Napoléon. Ce conte philosophique raconte les tribulations intellectuelles d’un vieil homme, ancien professeur de droit. Après une maladie, il revient sur son passé et se souvient d’une promesse faite à son grand-père : synthétiser les recherches d’un aïeul, Édouard de Becq, un ministre du Premier Empire.

De recherches en recherches, cet homme de 80 ans comprend qu’une des proches d’Édouard aurait eu en sa possession un long poème épique du monde rédigé de la main de Napoléon lui-même lors de son exil à Sainte-Hélène. L’Empereur aurait composé ses vers en souvenir des plus beaux textes de l’histoire et de la philosophie. Fait troublant, cet écrit montrerait une facette imprévue de l’homme de pouvoir, analysant son action, contrit et égaré.

Le roman consiste à suivre les péripéties du narrateur pour retrouver ce poème inconnu et perdu jusqu’à aujourd’hui. Le point d’achoppement se révèle dans sa réflexion sur la vie, comme s’il se substituait à Napoléon et voyait à travers lui les conséquences de ses actes. Le vieillard décide d’ailleurs d’écrire lui aussi un long poème… »je suis tard instruit de la conduite à tenir… Il me faudrait suivre l’exemple impérial, faire usage de mon biblique talent ! »

Telle l’arlésienne, cet ouvrage parle de cet écrit napoléonien sans jamais le révéler. En miroir, le narrateur se découvre un talent d’écrivain et cherche un sens à son existence. Didier Laroque est un magicien des mots. Il connaît les ficelles de la belle écriture qui porte le lecteur. Cependant, à force de belles tournures, le sens du récit s’évapore. Pour qui n’est pas aguerri à ce type de prose, l’ennui s’installe.

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Déclaration universelle des droits de l’homme https://clio-cr.clionautes.org/declaration-universelle-des-droits-de-lhomme.html https://clio-cr.clionautes.org/declaration-universelle-des-droits-de-lhomme.html#respond Tue, 04 May 2021 20:29:55 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=48457 Il est des découvertes heureuses lorsque l’on prospecte dans les librairies. Cette Déclaration universelle des droits de l’homme illustrée en est une.

Édité en 2015, à la suite des attentats contre Charlie Hebdo, ce petit opus bénéficie des talents de trente-deux illustrateurs présentant graphiquement un article de ce texte fondamental.

Parmi les très belles productions qui figurent dans l’ouvrage, on relèvera simplement celles de Sébastien Mourrain (article 12 : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ». Voir ci- dessous) ou de Marc Boutavant (article 13 : « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ». Voir ci-dessous).

L’opuscule contient, en sus, des textes d’auteurs évoquant les droits fondamentaux de l’être humain, à l’instar de cet écrit de Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888) : « Quand la Constitution d’un État offre aux étrangers un asile inviolable, il n’accorde pas une faveur et ce n’est pas un acte délibéré de sa volonté. Il reconnaît un droit qui appartient à tous les hommes dans tous les pays et dont la violation serait un de ces nombreux actes de barbarie qui ont entaché l’histoire humaine ».

Un ouvrage dont l’utilisation en EMC pourra se révéler particulièrement fructueuse.

Grégoire Masson


Illustration de l’article 12 par Sébastien Mourrain


Illustration de l’article 13 par Marc Boutavant

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Histoire de l’alimentation – De la préhistoire à nos jours https://clio-cr.clionautes.org/histoire-de-lalimentation-de-la-prehistoire-a-nos-jours.html https://clio-cr.clionautes.org/histoire-de-lalimentation-de-la-prehistoire-a-nos-jours.html#respond Tue, 04 May 2021 20:22:47 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=47443 Cette histoire de l’alimentation réunit des spécialistes pour chaque période. Les auteurs inscrivent leur analyse dans le champ de l’histoire culturelle, sans oublier l’histoire des corps, des goûts et des dégoûts. L’alimentation, au-delà, de la satisfaction d’un besoin vital est un acte éminemment culturel : imaginaire, religion, organisation économique et sociale. Le cadre géographique est celui d’un vaste espace, le grand bassin méditerranéen. Une large part est consacrée aux mondes anciens et médiévaux.

Comme pour les autres volumes de la collection Références dirigée par Joël Cornette, chez Belin, on retrouve la qualité des documents iconographiques, un texte dont la rigueur scientifique puise aux plus récentes recherches. On apprécie, comme dans la collection Mondes anciens, la rubrique Atelier de l’historien placé à la fin de chaque partie chronologique sous le titre Clio aux fourneaux.

Préhistoire

L’alimentation au paléolithique et au mésolithique

La très longue période des chasseurs-cueilleurs est marquée par la diversité des phases climatiques et donc de l’alimentation disponible. Longtemps la viande de grands herbivores (rennes, bisons, bouquetins…) a été la base de l’alimentation. Des traces de charognage de gros animaux (rhinocéros, éléphants antiques) ont été observées alors que le petit gibier est soit consommé (lapins en Catalogne, marmottes) soit utilisé comme outils ou parures. Une diversification de l’alimentation apparaît avec le poisson (grotte-abri du Moulin – Troubat, Hautes-Pyrénées) puis l’introduction de végétaux. Sans que l’on puisse parler de tabou alimentaire, les auteures, Sandrine Costamagno et Camille Daujeard, notent la très faible place de la consommation de carnivores, plus rares que les traces d’anthropophagie.

Les auteures rappellent que les animaux fournissent à la fois la viande et surtout la graisse, des outils (os, peaux, tendons) et ont un rôle symbolique (parure, art rupestre).
Elles précisent comment les archéologues élaborent leurs savoirs en ce domaine.

Les premiers paysans

L’objectif n’est pas de retracer la néolithisation mais d’en évoquer les conséquences alimentaires à commencer par les produits laitiers. Le régime alimentaire est largement fonction des ressources locales : plantes et animaux domestiqués. Les céréales dominent, les légumineuses sont plus présentes dans les Balkans et la chasse continue à jouer un grand rôle à côté de l’élevage.

Divers exemples sont présentés, en Afrique du Nord, en Europe centrale. Un encart évoque la domestication des arbres fruitiers.

Clio aux fourneaux de la préhistoire pose la question du cru et du cuit et constate notre ignorance de recettes.

Mondes anciens

Alimentation et société en Mésopotamie

Brigitte Lion s’appuie sur les sources archéologiques et iconographiques pour montrer l’entrée précoce du « croissant fertile » dans l’histoire.

Les productions de base sont l’orge, plutôt que le blé, le sésame, les lentilles et pois chiches mais aussi des fruits : dattes, figues, pommes. Elle évoque le vin et la bière, quelques légumes (navets, concombre…) et l’élevage du petit bétail. L’orge joue un rôle central, confirmé dans les textes des premiers États qui organisent la production et le salaire en nature (grain, huile, laine).

Les textes du IIIe millénaires et les fouilles archéologiques permettent de se faire une idée des rations, de l’équilibre alimentaire et des objets nécessaire à la cuisine (jamais évoqués dans les textes, mais très présents dans les fouilles). D’autres textes éclairent sur les repas royauxExemple p. 83, stèle du banquet p. 90-91.

Nourrir les vivants et les morts

L’auteure aborde ici l’imaginaire de l’alimentation, montrant les valeurs différentes conférées aux aliments, la nourriture des divinités et celle des morts qui les accompagne dans la tombe. Des interdits alimentaires apparaissentExtrait de la Bible p. 112-113.

Clio aux fourneaux du Proche Orient ancien propose des recettes de soupe, de bouillon, de gâteau, le mersum, une sorte de pain sucré. Une nourriture raffinée selon Jean Bottéro, assyriologue et gourme.

Du Nil au désert, l’extraordinaire variété de la diète pharaonique

Damien Agut dispose des riches sources funéraires et de l’archéologie pour documenter la question de l’alimentation de l’Égypte antique. Le Nil apporte l’eau de boisson, les poissons, conservés dans le sel du delta, le gibier des berges et une plante comestible de marécage : le souchet. Par la crue il assure la fertilité. Les céréales : orge, blé dur et amidonnier occupent les terres basses alors que le sorgho et le millet, céréales africaines sont peu présentes. Les céréales sont consommées en pans ou en gruaux.
Sur les terres hautes on trouve des légumes, des vergers : dattiers mais aussi vigne et oliviers avant me l’arrivée des Grecs ainsi que de l’élevage de volailles. Enfin le désert offre son gibier, trop chassées les antilopes disparaissent des représentations, et le miel.

Manger pour se régénérer dans la civilisation pharaonique

Manger est un acte nourricier et purificateur, c’est pourquoi les morts sont accompagnés de nourriture dans les tombes. Manger est, selon l’auteur « une des occupations favorites des dieux » (p. 149). Il évoque à la fois les rituels des offrandes et ceux de la table quotidienne. La préparation n’est pas faite dans la salle du repas où l’étiquette est précise : sobriété et rigueur.
L’alimentation est liée à une vision économico-morale et à des connaissances médicales à propos des excès de nourriture et de l’intempérance. Le jeûne exprime la peine. Les tabous décrits dans les textes grecs ou romains sont à relativiser sauf pour les animaux sacrés.

Clio aux fourneaux  des pharaons : Damien Agut regrette de n’avoir pas de recettes écrites et des scènes peintes difficiles à interpréter.

Grèce ancienne : quotidiens et accidents

Pour les Grecs, blé et vin sont les deux biens indispensables à une époque où le risque alimentaire est présent dans la société antique. Thucydide est une source pour analyser le rapport des Grecs à leur alimentation. La base repose sur les céréales : orge, froment et millet, mal aimé mais présent. Le froment fait l’objet d’un commerce. Les céréales sont consommées sous forme de pains, galettes, la « maza » : préparation de grains d’orge grillés et moulus, mélangés à un liquide (eau, lait ou vin). Le sel est un marqueur de la civilisation ; « partager le sel », c’est partager un repas.

Les aromates viennent compléter les moyens d’apporter plus de goûts comme les olives et les fromages. Les légumineuses (pois chiche, fèves, vesces), les légumes et les fruits sont aussi très présents, ils composent les « opsa ». La viande tient une faible place dans l’alimentation quotidienne mais on la trouve à côté des poissons dans les festins. Au rayon boisson : l’eau dont la qualité dépend du mode d’accès : source ou citerne ; le vin est la boisson de fête.

Jean-Manuel Roubineau évoque les périodes de disettes, le grain est alors une denrée politique pour l’approvisionnement des cités mais les pénuries ont aussi poussé à développer des solutions alternatives.

Identités et altérités alimentaires

L’alimentation était pour les Grecs un marqueur de civilisation (Ulysse au pays des Cyclopes) même s’il existait une certaine diversité en fonction des cités. Trois éléments associés à une divinité sont mises en avant : le blé et Déméter, l’olivier d’Athéna et la vigne dionysiaque. VinTexte d’invention du vin mélangé p. 197 et huile marque la civilisation toutefois la tempérance est une vertu.

Les rituels religieux s’accompagnaient souvent de nourriture et notamment lors du sacrifice animal.

Jean-Manuel Roubineau note également la distinction entre alimentations masculine et féminine, servileQui se caractérise par la consommation de pain non levé ou libre, riche et pauvre. La consommation de denrées sans pain : « opson »est peu vertueuse et synonyme de dérèglement, soumission aux plaisirs du corps.

Face à cette alimentation grecque qu’est-ce qui caractérise les alimentations barbares ? Ce sont les laitages et viandes des peuples nomades (Hérodote). Pourtant le lait faisait partie de la diète grecque. Les Thraces et les Scythes sont présentés comme buveurs de vin pur ; les Arméniens de bière.

Les goûts et les gestes

Dans ce troisième chapitre consacré aux Grecs, Jean-Manuel Roubineau aborde les façons de table et de cuisine.

La journée est rythmée par quatre repas : « akratisma », « ariston », « hesperisma » et « deipnon » alors que le « symposion » est une fête. Le temps du repas était une forme de sociabilité.

Un paragraphe est consacré aux arts culinaires et divers métiers associés. A partir des Ve et IVe siècle on peut parler de raffinement alimentaire. Les Grecs disposaient de divers modes de cuisson représentés tant sur les vases que par des figurines de terre. La vaisselle est représentative des catégories socialesInventaire p. 226, service du vin p. 227.La cuisine est agrémentée d’aromates d’origine méditerranéenne (thym) ou plus lointaine (cannelle) utilisés pour les sauces. A l’époque hellénistique le miel de roseau (canne à sucre) ne remplace pas l’utilisation préférentielle du miel, l’apiculture était très répandue en Grèce.

Enfin l’auteur présente les manières de se tenir à table, notamment la propreté.

Diètes et écarts

Au Ve siècle av. J-C Hippocrate consacre un traité à la diététique. L’alimentation est, selon Acron d’Agrigente ou Dihile de Siphnos, le premier médicament.

Des modes alimentaires minoritaires existent : le végétarisme écrit à partir des auteurs grecs et, à l’inverse, la diète athlétique sur-protéinée.

L’auteur s’interroge sur l’existence d’un alcoolisme au-delà de l’ivresse d’un soir dans une société où le vin se consomme, généralement, en mélange.

Les excès sont condamnés par les dieux, une colère souvent évoquée dans la mythologie.

Clio aux fourneaux de la Grèce antique s’intéresse au brouet noir spartiate, à la boisson à base de farine d’orge : le « kykéon », aux usages alimentaires des roses. Jean-Manuel Roubineau donne la recette de la « maza » et de la « vulve de truie ».

La nourriture romaine au quotidien

Christophe Badel retrouve à Rome la centralité du blé dans le régime alimentaire méditerranéen avec la triade : blé, vin, huile d’olive. Les protéines sont apportées par le « pulmentarium », œufs ou fromages frais consommés avec la bouillie ou seuls. Les légumes secs font figure de viande du pauvre.

Les conquêtes vont apporter de nouvelles denrées. C’est Lucullus qui apporte les cerises quand Pline apprécie le melon grec. Les épices gagnent Rome avec l’expansion orientale.

Cette ouverture donne lieu à un commerce, la ville compte aussi sur les surplus agricoles de la campagne (ceinture maraîchère) ou sur les viviers de poissons.

L’auteur décrit un « régime impérial » qui apporte à Rome les meilleures denrées comme en témoignent Pline ou Apicius. Si l’élite profiter de l’abondance, le peuple souffre de mal-nutrition, carences développées à travers deux exemples, l’alimentation des soldats et celle des esclaves.

Trois repas quotidiens rythment la journée mais seul le dernier, la cène, est un vrai repas. L’auteur évoque ensuite le lieu du repas et les manières de table.
Pour se nourrir le Romain dispose de marchés sur le forum, de foires locales ou régionales. Pour la beauté et l’assainissement des villes certaines boutiques, les boucheries, sont exclues du forum. L’administration cherche à contrôler la qualité et la salubrité des aliments. Le Romain peut se nourrir à l’extérieur de la maison, la »
popina », une sorte de bar-restaurant est un lieu où ,’est pas respectée la hiérarchie sociale.

La politique alimentaire des cités romaines

Assurer la paix sociale passe par la sécurisation des approvisionnements, c’est le rôle de l’Anone. Christophe Badel montre comment est née cette institution impériale à partir des distributions de vivres sous la République, les « frumentationes » à l’époque de Caius Gracchus. Il en décrit des actions et les lieux. Si les famines sont très rares, les crises frumentaires suscite des révoltes.
Un autre aspect de cette politique est la défense de la morale : les lois somptuaires cherchent à
réglementer le luxe des banquets et à promouvoir la frugalité.

Dans les provinces la régulation en cas de crise se fait par les donations des Evergètes aux cités.

Le rite social du banquet romain

Le banquet ou plutôt les banquets car les études récentes en montre la diversité. Si le « convivium » peut être privé ou public, l’« epulum » est un banquet public. Christophe Badel décrit les divers types de banquets : avec sacrifices aux dieux, funérailles, banquets impériaux dans les cités, banquets à la gloire des Evergètes. Les notables participent aux banquets quand le peuple reçoit des distributions de nourriture. L’auteur montre les évolutions au fil du temps. A noter deux encarts : les Romains se faisaient-ils vomir ?, la place des femmes dans les banquets.

Les joies de la Gula romaine

Ce chapitre est consacré à la gastronomie romaine décrite dans les manuels qui permettent aujourd’hui d’en restituer le goût, la « gula » : le plaisir alimentaire.

L’hellénisation joue un rôle dans cette évolution de l’alimentation romaine. Le gourmet le plus célèbre, sous Tibère, est Apicius. C’est sous la république que le métier de cuisinier se développe avant que la cuisine ne soit considérée comme un art sous l’Empire.

Comme en Grèce la diététique tient une grande place au service de la santé et de la morale.

Christophe Badel détaille le goût épicé (garum), sucré/sale et moelleux plus que croustillant. Il consacre un paragraphe au vin et rappelle l’existence d’un commerce « mondialisé » dont les amphores atteste de l’intensité. Pas sûr que l’amateur de vin d’aujourd’hui apprécierait les vins antiques.

Comme en Grèce le goût romain est opposé au goût barbare. Les Germains sont qualifiés par tacite de « mangeurs de racines et de viande crue à peine attendrie sous la selle » (p. 351) ; un mépris nuancé car c’est une alimentation vue comme moins décadente que l’alimentation romaine impériale.

Clio aux fourneaux de la Rome antique présente des recettes à tester en cuisine : potage punique, porcelet farci et le menu d’un dîner amical.

Mondes médiévaux

Tables romaines, barbares, chrétiennes : l’Antiquité tardive

Christophe Badel et Alban Gautier traient de l’antiquité tardive, période de métissage alimentaire entre tradition gréco-romaine et habitudes barbares. L’idéal romain de frugalité se poursuit dans l’ascétisme chrétien.

L’encart sur l’image d’Épinal d’Attila trouve sa source, on l’a vu, dans un chapitre précédent chez tacite.

Les élites tentent, non sans le modifier, de préserver leur modèle du banquet qui passe de la soirée vers midi : le prandium » où le lit en arc de cercle remplace les trois lits distincts. Les auteurs décrivent les manières de table en évolution et leurs significations sociales en développant l’exemple du Palais impérial de Constantinople.
Le Ve siècle est aussi la fin de l’Anone. Depuis Aurélien au IIIe siècle les distributions de vivres contiennent du pain mais aussi de l’huile, du vin, de la viande de porc et elles deviennent quotidiennes. La
capitale de l’Empire d’Orient met en place une organisation semblable à celle de Rome, système de distribution copié dans diverses villes d’Orient comme Antioche. Le but, comme à l’époque précédente, est d’éviter les révoltes en période de pénurie alimentaire.

Que dire le la cuisine ? Romaine, byzantine ou mérovingienne ? La cuisine de la viande est au centre du seul livre de cuisine qui nous soit parvenu. Les auteurs évoquent la continuité et les évolutions des goûts, notamment à l’aide d’un traité d’un médecin de Ravenne. Anthimos, entre médecine et recettes montre l’adaptation aux goûts des nouvelles élites barbares : viande de bœuf, cervoise, hydromel. On constate le recul de l’huile d’olive au profit des matières grasses animales. Enfin la christianisation avec le carême et les jours maigres conduit à un certain ascétisme de l’alimentationEncart sur la Règle de St Benoit p. 377.

De la table des moines à la table impériale : Byzance

Alban Gautier  entend montrer l’originalité de la table byzantine. Le recul des échanges commerciaux modifie l’alimentation avec un recours plus grand aux légumineuses (pois, lentilles, fèves) et aux légumes verts (choux, poireaux…). Si les paysans cultivent toujours l’orge et le blé ils les consomment moins car le grain est vendu pour payer l’impôt. Éléments de continuité, le « garum » et le vin demeurent consommés.

Une nécessité comme à l’époque antique : approvisionner la ville est une tâche confiée à l’éparque. On connaît son action grâce au « Livre de l’Eparque » compilé à la fin du VIIIe siècle. Les deux repas quotidiens sont influencés par la religion.

Les écrits de Liudprand de Crémone, en mission diplomatique à Constantinople, permettent de définir à grand trait la cuisine byzantine, la table impériale et la mise en scène des banquets.

Produire, échanger, cuisiner en Occident

Que retenir de la situation occidentale en ce début de Moyen Age ? Diversité et continuité, la base de l’alimentation reste centrée sur les céréales, les légumes, les légumineuses et le vin. Le déclin du commerce a pu favoriser l’alimentation des producteurs, les paysans des VIIe et VIIIe siècle, peu de viande mais des produits laitiers. Petit à petit un mets devient primordial : le pain, demandé par les élites.

Alban Gautier aborde une question fondamentale : Comment conserver les aliments, pour les transformer, les échanger ? Le salage est la principale technique Carte des sites salants p. 413.

Un paragraphe est consacré au développement de la consommation et de la commercialisation du poisson. Un autre traite du vin.

L’auteur s’interroge sur la nourriture des élites : place de la viande, des épices, du miel pour le sucré.

Jeûnes et festins en Europe occidentale

Les périodes de jeûne imposées par l’Église ne doivent pas masquer les disettes et famines fréquentes.

Le jeûne religieux conduit à la création d’une cuisine du maigre où le poisson est roi.

Après les restrictions, Alban Gautier aborde la profusion : les banquetsReproduction de la tapisserie de Bayeux p. 435 mais aussi les lieux où on prépare la nourriture (importance du four). Les banquets sont décrits par les poètes, ils sont un moment social et politique important.

Clio aux fourneaux du Haut Moyen Age montre qu’il n’est guère aisé de reproduite les recettes d’Anthimos, à peine plus facile pour les rares recettes occidentales comme celle des pommes cuites.

L’alimentation dans le monde islamique médiéval

Mohamed Ouerfelli, dont la thèse porte sur Le sucre : production, commercialisation et usages dans la Méditerranée médiévale, commence son propos par la règle : le licite et l’illicite en terre d’islam. Les seuls interdits sont les charognes, le sang, la viande de porc et les animaux sacrifiés à d’autres dieux.

Pour l’approvisionnement urbain, comme dans l’antiquité, les pouvoirs politiques organisent et encadrent le commerce des denrées alimentaires. De nouvelles cultures se développent au Proche-Orient, le sorgho, le riz introduit dans les marécages du bas Irak et les agrumes. L’auteur décrit l’approvisionnement de quelques villes : Bagdad ; Damas, Le Caire et montre le développement des souks Plan du Caire p. 460.

L’alimentation de ce vaste espace est différent selon la catégorie sociale, les régions et les modes de vie : Bédouins qui consomment lait et dattes, paysans ou citadins. Au début de l’islam le vin est consommé et vanté par les poètesLe vin dans la poésie d’Abû Nuwâs p. 468, avant son interdiction.

Les livres de cuisine, depuis l’époque abbasside, sont écrits pour les princes. L’auteur en cite plusieurs et montre l’influence persane à Bagdad, une cuisine luxueuse, exotique et très carnée. S’y côtoient l’usage du vinaigre, l’aigre-doux et les confiseries. Les repas de fêtes qu’elles soient fatimides, ou mamelouks, sont plutôt ostentatoires.

Les échanges entre monde latin et pays d’islam

Les recherches récentes permettent de nuancer l’idée d’un développement du commerce des épices avec les croisades. Dans la circulation des produits alimentaires on constate pour les céréales un intense commerce en Méditerranée pour l’approvisionnement des villes dans les deux sens, en fonction des bonnes et mauvaises récoltes en dépit des interdictions religieuses. Le pape interdit en 1291 de vendre des céréales aux musulmans tandis que les juristes malikites prônent le même interdit vers les chrétiens. L’approvisionnement tient une grande place dans la diplomatie comme le montre les divers exemples cités.

Les épices, sens très large au Moyen Age (condiments, plantes tinctoriales et médicinales), et des denrées orientales : raisins secs, oranges et sucre arrivent en occident depuis l’Asie via le Proche-Orient grâce aux marchands musulmans et mongols. Contrôler les échanges est très lucratif mais soumis aux aléas politiques. La route de Syrie-Palestine est bouleversée par la chute de Saint-Jean-D’Acre aux dépens de l’Egypte et en faveur de la petite-Arménie, de la Crète et de Chypre. Elle est à nouveau modifiée au XIVe siècle1343 attaque mongole en Crimée, les Italiens, Vénitiens et génois, sont de retour en Egypte.

Mohamed Ouerfelli évoque les cargaisons, leur valeur, leurs marchands. Il consacre un paragraphe au sucre qui conduit, en occident , au développement des confituresRecette de la confiture de menthe p. 492 et des confiseries comme les dragées.

Dans ces contacts on note les apports de la pharmacopée arabo-musulmane à la médecine à Tolède, Montpellier ou Salerne. La Sicile joue en grand rôle dans ces échanges. Certaines pratiques culinaires musulmanes se sont répandues sans qu’on puisse parler d’influence profonde, surtout introduction nouveaux produits : le safran, les agrumes, le sucre déjà évoqué. L’auteur cite quelques recettes orientales trouvées dans les livres de cuisine italienne du XIVe siècle.

Clio aux fourneaux du monde islamique médiéval raconte l’histoire d’un plat persan, le « sikbâg » qui de Bagdad gagne les cours princières du monde. Vous pourrez tente la recette de ce mets aigre-doux à base de viande, de légumes, de fruits et de vinaigre, à accompagner de la « fuqqa’ », une bière.

Ecrire et faire la cuisine dans l’occident médiéval

La codification croissante et les ouvrages de cuisine permettent de connaître l’alimentation des élites à défaut d’approcher celle du peuple qui n’est pas écrite. Les ouvrages sont plutôt datés des XIIIe, XIVe et XVe siècles. Pour les débuts du Mayen Age les historiens disposent des manuscrits de traités médicaux.

Antonella Campanini présente les livres de cuisine, d’abord anonymes, souvent peu précis, notamment concernant les temps de cuisson. Bien que rédigés en langues vernaculaires les recettes sont difficiles à expérimenter. Petit à petit quelques noms apparaissent dont certains sont passés à la postérité, le Français Guillaume Tirel dit Taillevent ou le Savoyard ChiquartCe cuisinier des ducs de Savoie Amédée VIII dicte en 1420 ses recettes Du fait de cuisine au clerc Jehan de Dudens, le manuscrit est conservé à la Bibliothèque cantonale du Valais à Sion. Si vous voulez essayer celle des rissoles, c’est ICI., ou encore Maestro Martino attaché à la papauté auquel l’auteure consacre quelques lignes.

Que nous apprennent ces traités ? D’abord la volonté de surprendre les convives. Pour réaliser des mélanges de goût les cuisiniers employaient de nombreuses épices qui permettaient également de colorer les plats comme le safran. L’auteure note des variations nationales ou régionales.

Le bon gouvernement du marché urbain et de la table princière

C’est l’occasion pour Antonella Campanini de revenir sur les relations villes-campagnes, les grandes disettes médiévales mais aussi sur l’organisation de l’approvisionnement des villes et le rôle des officiers municipaux (Bologne et ses experts en céréales, les « Domini bladi »). Si les grains sont l’objet d’un commerce lointain, Florence reçoit le blé sicilien, les fromages et el beurre sont aussi échangés entre régions alors que les animaux arrivent sur pied. Les techniques de conservation se développent (les macaronis). Les officiers contrôlent qualité, salubrité et prix des denrées natures ou transformées.

Les banquets princiers nécessitent une organisation qui crée de nouvelles fonctions : maître d’hôtel, maître-queux, écuyer tranchant et échanson.

De nombreux documents iconographiques complètent ce chapitre.

Manières de consommer en Occident

Après le quoi, le qui, Antonella Campanini aborde le comment. La hiérarchie sociale imprègne fortement les manières de s’alimenter. Les banquets de coursLes deux illustrations, p. 554-555, montrent les aspects de la table médiévale par l’ostentation du luxe sont des temps politiques.

A partir du XIIIe siècle partout en Europe, les autorités cherchent à limiter le luxe des banquets en promulguant des lois somptuaires. La hiérarchie des aliments suit la hiérarchie sociale. Ainsi les nobles consomment des aliments légersLe classement des aliments est présenté dans la « chaîne de l’être », p. 560, plus proche de Dieu.

Quelle nourriture pour les voyages ? Le biscuit, nourriture du marin, les viandes et poissons séchés, les pâtesEncart : Marco polo et les pâtes p. 568 constituent la base de l’alimentation du voyageur, du pèlerin. Les guides du pèlerin, les récits de voyages évoquent les bons produits des régions traversées et de nouvelles denrées : viande de chameau consommé à Jérusalem par Niccolo da Ponggibonsi, de chien, de loup par Jean de plan Carpin.

Clio aux fourneaux au bas Moyen Age évoque une recette internationale : le blanc-manger, mais aussi les mises en forme étonnantes d’un paon et d’un poisson.

Mondes moderne et contemporain

Florent Quellier, coordinateur de cet ouvrage, se charge en spécialiste de l’époque moderne. Il publiait en 2010, chez Armand Colin, Gourmandise – Histoire d’un péché capital.

Une première mondialisation alimentaire

C’est bien sûr l’époque de l’élargissement du monde et ses conséquences à la fois botanique et alimentaires.avec l’introduction en Europe de nouveaux aliments venus des Amériques. Mais ce sont aussi des échanges vers l’Asie et l’Afrique : manioc, patate douce. Les voyages et la colonisation apportent aussi en Afrique des produits asiatiques : taro, igname et en Amérique : café, canne à sucre. Florent Quellier montre comment on est passé de la curiosité botanique à l’adoption culinaire : piment, tomate et bien sûr pomme de terre. Il traite aussi de l’influence du goût pour les boissons exotiques sur les économies des colonies américaines (café, chocolat).

L’alimentation de l’autre dans l’Europe des temps modernes

Comme aux époques précédentes l’alimentation est un marqueur social, distinction et mépris de l’alimentation de l’autre. Florent Quellier décline les règles de civilité à table et la condamnation des excès alimentaires. Certains plats apparaissent comme lié à l’identité nationale ou régionale ; La fondue suisse est présente dans un texte de 1699 quand le pudding est anglais. L’auteur évoque également les rejets alimentaires et les façons différentes de manger selon que l’on est huguenot, catholique, orthodoxe, riche ou pauvre.

Modernités gastronomiques de l’Ancien Régime

L’époque moderne est celle d’une nouvelle gastronomie, en particulier en France. Florent Quellier décrit la cuisine française, en quoi elle est nouvelle et comment elle se diffuse en Europe dans ses goûts et son lexique. En 1653 on traduit en anglais le Cuisinier français.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle apparaît la cuisine bourgeoise Publication en 1746 de « La cuisine bourgeoise » qui prendra son essor au siècle suivant.

C’est aussi le temps ou certaines spécialités sont associée à un lieu : jambon de Bayonne, moutarde de Dijon, câpres de Gênes.

Où cuisine-t-on ? A la Renaissance se diffuse le tournebroche et le potager Illustration p. 639 qui permet de varier les cuissons tout en économisant le combustible.

On déguste les mets dans la salle à manger et en ville dans un nouveau lieu : le restaurant. C’est l’âge d’or du service à la française : succession de plats déposés sur la table, nombreuse vaisselle, l’assiette plate remplace le tranchoir médiéval, le verre devient individuel.

Clio aux fourneaux des temps modernes

Quelques propositions de recettes : truffes, asperges, salades, la pomme de terre avant Parmentier mas aussi du sucré comme la crème de chocolat et un gâteau qui semble très XXIe siècle : le gâteau aux carottes/

Vers une alimentation mondialisée

Un extrait de « La Bonne Cuisine aux colonies »Par Raphaël De Noter (1931) p. 657 introduit la réflexion sur l’ouverture de l’Europe à de nouveaux mets issus du monde colonial en expansion qui, après les élites sociales, gagne une plus large part de la population. Ce qui a des conséquences sur les agricultures asiatiques, africaines, latino-américaines avec le développement des cultures de rente (thé, cacao). Emmanuelle Cronier et Stéphane Le Bras montrent l’évolution des ports pour accueillir ces produits, le développement de la navigation à vapeur. On assiste à une reconfiguration de la géographie alimentaire, par exemple le Venezuela abandonne la culture du cacao au profit du café. Chicago devient en 1848 la capitale des marchés des matières premières agricoles. L’évolution capitalistique marque l’économie agro-alimentaire au XIXe siècle.

Si des produits parviennent en Europe de l’ensemble du monde, les habitudes alimentaires évoluent peu. Quelques plats gagnent en popularité hors de leur région d’origine comme les pâtes.
Au XXe siècle si les cuisines métropolitaines s’ouvrent lentement, l’alimentation européenne se répand dans le quotidien des colonies même après leur indépendance comme le montre cette photographie (p. 665) d’une boulangerie à Saïgon en 1962.
Un paragraphe est consacré aux effets du développement des classes moyennes : uniformisation de l’alimentation, chaînes de magasins de distribution.
On peut parler d’une géopolitique de l’alimentation à travers les réceptions officielles mais aussi de l’imposition de certaines cultures dans les colonies.

Les industries alimentaires avant 1940

Martin BruegelIl a coordonné avec Marilyn Nicoud et Eva Barlösius l’ouvrage Le choix des aliments – informations et pratiques alimentaires de la fin du Moyen Age à nos jours, Presses Universitaires François Rabelais – Presses Universitaires de Rennes, 2010 caractérise l’émergence de l’industrie alimentaire liée au commerce international du blé et d’autres matières premières agricoles. Ces industries s’installent près des consommateurs (industrie de la margarine en Ruhr). Elles se développent surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle tant dans la première que dans la deuxième transformation avec la naissance de la publicité et de l’empaquetage. Des marques naissent qui sont encore connues aujourd’hui : Lu, Amieux, Nestlé, Kellog’s, Maggi…
Faite d’innovations techniques, l’industrie remplace peu à peu les activités artisanales tant dans la minoterie que dans la transformation des viandes. La mécanisation et le travail à la chaîne sont introduits là où les matières premières sont homogènes : distillerie ; brasserie, meunerie, sucrerie. ? La main-d’œuvre féminine domine rapidement (conserveries). Le progrès technique est associé à l’hygiène et à la standardisation. L’auteur évoque le développement des colorants, mais aussi de la législation.

Consommateurs et paniers alimentaires

Martin Bruegel analyse l’évolution des possibilités alimentaires en Europe, désormais sortie des disettes, avec un focus sur l’exemple français. Il constate l’augmentation de la consommation de produits carnés, 12 % de la ration, et des fruits et légumes, vantés au XXe siècle pour leur apport en vitamines. Il montre les disparités régionales et sociales, les évolutions en un siècle et demi.
Si les femmes jouent un rôle majeur dans l’approvisionnement de la famille, elles sont, pourtant, les premières victimes des privations. Le chapitre se termine sur l’évocation d’une mythologie alimentaire : Popeye et les épinards.

Guerre et alimentation à l’époque contemporaine

Emmanuelle Cronier montre comment la faim a été une arme de guerre du siège de Paris en 1870 aux camps allemands de la seconde guerre mondiale. Elle note que dès la fin du XIXe siècle le droit international a chercher à protégé les civils.

L’approvisionnement est un souci pour nourrir les soldats en opération : marins menacés par le scorbut, mais aussi troupes terrestres : biscuits et conserves de viande, cuisines roulantes. L’auteure aborde le ravitaillement des civils pendant les deux guerres mondiales : régulation, rationnement. Si les guerres contribuent à la stigmatisation des identités alimentaires de l’ennemi, paradoxalement elles favorisent la découverte de nouveaux aliments : Tirailleurs sénégalais découvrant la limonade ou les confitures pendant la Première Guerre, introduction en Europe du chewing-gum., sans oublier les édulcorants (fécule, saccharine).

L’auteure montre les images positives ou négatives associées à certains produits dans l’imaginaire des populations.

L’alimentation au temps des paradoxes 1945 – années 1980

Cette époque est celle de la quantité : production de masse, développement de l’élevage. Stéphane Le Bras montre comment la modernité rime avec chimie, alimentation industrialisée et micro-onde. Pourtant, des contre-modèles apparaissent dès les années 1950_1960 : recherche d’une alimentation saine, régime crétois… Si l temps de cuisiner s’est réduit, jamais les livres de cuisine n’ont eu autant de lecteurs.
L’auteur analyse les représentations identitaires dans la publicité, le cinéma.

Clio en quête de repères alimentaires : les peurs (vache folle, OGM), les discours diététiques… le monde occidental est-il malade de son assiette. »Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es » disait Brillat Savarin note cité p. 767 la phrase reste d’actualité : fusion food, slow food. L’identité alimentaire garde toute sa valeur comme le montre l’inscription, depuis2010, d’une presque dizaine de savoir-faire culinaires au patrimoine immatériel de l’humanité.

 

L’alimentation autour de la Méditerranée de la préhistoire au XXIe siècle est une aventure au long court entre continuité et exotisme. A déguster sans modération en un festin copieux ou en grignotant selon ses envies et centres d’intérêt.

Présentation sur le site de l’éditeur : Histoire de l’alimentation

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Clément V – Le Sacrifice des Templiers https://clio-cr.clionautes.org/clement-v-le-sacrifice-des-templiers.html https://clio-cr.clionautes.org/clement-v-le-sacrifice-des-templiers.html#respond Tue, 04 May 2021 16:40:15 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=48495 Événement littéraire et télévisuel des années 1970, la saga des Rois Maudits a marqué la mémoire collective de la « malédiction templière » qui aurait frappé le roi Philippe le Bel et sa descendance au début du XIVe siècle. D’un point de vue historiquement plus avéré, le puissant roi de France s’était alors effectivement engagé dans une politique de puissance temporelle, qui tendait à affirmer sa prééminence dans la Chrétienté et à placer la Papauté sous son influence. Pour ce faire, il alla jusqu’à la confrontation violente, dont l’humiliation du pape Boniface VIII lors de « l’attentat d’Anagni » fut l’épisode le plus spectaculaire.

L’avènement en 1305 du pape gascon Bertrand de Got, sous le nom de Clément V, marqua le début d’un nouveau bras de fer entre le souverain et le nouveau titulaire du trône de Saint-Pierre. C’est leur confrontation, tout à la fois duel de volontés et affrontement politique, qui sert de trame principale à cet album. L’ambition du scénario est cependant plus large. Il retrace la décennie du pontificat de ce dernier et les différents aspects de son action. L’ensemble de son règne est placé sous la pression continue de Philippe le Bel. Le fil conducteur de leur joute est l’emblématique procès des Templiers, qui scelle la chute du trop puissant et trop riche ordre militaire. En situation de faiblesse, le Saint Père louvoie afin de maintenir l’autonomie de l’Église. L’impérieux roi de France n’est pas son seul souci. Il lui faut aussi subir les ambitions de l’Empereur Henri de Luxembourg et de la cité de Venise, ainsi que les désordres de Rome. Dans ce climat incertain, Clément V fait le choix crucial d’installer la papauté en Avignon, lieu de répit hors de l’influence directe de ses principaux antagonistes. Sa politique de concessions à l’égard de la France passe notamment par l’abandon des Templiers du royaume, qui culmine avec la mise à mort sur le bûcher du grand maître Jacques de Molay en 1314. Son immolation précède de peu la disparition du roi Philippe et du pape Clément qui meurent eux aussi la même année, donnant ainsi crédit à la légende de la malédiction templière.

Clément V est une figure estompée de l’Histoire de la Chrétienté. On prend donc connaissance avec intérêt du parcours de ce pape gascon grâce à cet album scrupuleux et didactique, servi par un trait détaillé et riche en couleurs. La stature du personnage en sort utilement grandie. Plus largement, on découvre à cette occasion cette collection dédiée aux « grands papes » du passé, dont l’ambition est de raviver la perception de leur rôle et de leur héritage dans l’Histoire. Une lecture d’initiation recommandable donc, d’autant qu’elle est avantageusement complétée par un dossier documentaire de 8 pages d’une bonne qualité pédagogique, parfaitement accessible au public tant collégien que lycéen.

Présentation de l’album sur le site de l’éditeur

© Guillaume Lévêque

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