La Cliothèque https://clio-cr.clionautes.org Recensions, critiques d'ouvrages Histoire Géographie Sun, 07 Mar 2021 20:20:36 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.6.2 Le défi d’une évaluation à visage humain. Dépasser les limites de la société de performance https://clio-cr.clionautes.org/le-defi-dune-evaluation-a-visage-humain-depasser-les-limites-de-la-societe-de-performance.html https://clio-cr.clionautes.org/le-defi-dune-evaluation-a-visage-humain-depasser-les-limites-de-la-societe-de-performance.html#respond Sun, 07 Mar 2021 20:20:36 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=46318 Chacun d’entre nous est aujourd’hui tour à tour évaluateur et évalué. Charles Hadji est un spécialiste de la question. Il choisit ici d’empoigner la question de l’évaluation, cette pratique parfois devenue « dangereusement obsessionnelle ».

Poser la question de l’évaluation

L’auteur pose deux questions centrales : « Comment évaluer de façon techniquement efficace ? » et «  Comment évaluer de façon légitime ? ». Il souligne d’emblée deux écueils qu’il doit éviter : la séparation entre la théorie et la pratique ainsi que le risque de rappeler des acquis déjà présentés par lui dans d’autres ouvrages. Pour contourner ce risque, Charles Hadji propose de partir d’un problème concret en demandant « au lecteur d’observer et d’analyser en même temps que nous les problèmes spécifiques soulevés ». 

Deux entrées privilégiées

La question de l’efficacité est abordée à partir du cas de l’évaluation artistique et culturelle (EAC) et forme la première partie tandis que la seconde, consacrée à la légitimité, est vue à travers l’évaluation du bonheur. Il est fondamental de définir le terme central à savoir évaluer. «  Evaluer revient à rechercher des indices tendant à prouver que la mise en oeuvre d’un projet a produit les effets escomptés, mais sans jamais pouvoir être totalement assuré de la valeur probatoire des indices réunis ». L’auteur n’oublie pas de souligner que l’évaluation peut être l’enjeu de combats idéologiques. 

Evaluer et expérimenter l’EAC

Il choisit donc de traiter de l’EAC en rappelant, tout d’abord, les trois volets qui la composent, à savoir la fréquentation des oeuvres et la rencontre avec les artistes, la pratique artistique et l’acquisition de connaissances. Il souligne que le recours à des témoignages est utile, mais non suffisant pour évaluer. Il se pose alors la question de savoir comment mettre en place concrètement une évaluation de l’EAC. L’expérimentation est donc nécessaire tout comme la comparaison mais avec le paradoxe qu’il est pratiquement impossible d’expérimenter quand on parle de processus éducatifs. Pour continuer d’avancer, Charles Hadji explique le modèle « Le Poultier » qui propose notamment comme repères : identifier et expliciter les objectifs de l’action, mesurer les moyens, mesurer les effets ou encore comparer les résultats. 

Démarche et identification des objectifs

Charles Hadji propose ce qu’il appelle une démarche simplifiée d’évaluation rigoureuse ou DSER en trois temps : expliciter les objectifs, identifier les espaces d’observation et prélever dans ces espaces des signes probants. Le chapitre suivant montre comment cela peut s’appliquer à l’évaluation de l’EAC. Il souligne que c’est particulièrement ardu dans ce domaine. 

Les espaces d’observation et les données probantes

Trois termes à ne pas confondre sont ensuite définis : l’effort, l’efficience et l’efficacité. Il est clair en tout cas qu’en évaluation « il n’y a pas de vérité scientifique ». Il développe ensuite l’idée de « justifiabilité », terme qui désigne à la fois l’impératif de justification et la capacité à être soutenu par des raisons. Reprenant les analyses de Le Poultier sur les données probantes, Charles Hadji met l’accent sur le fait qu’il est indispensable de dresser une liste de descripteurs répondant à cinq exigences : significativité, observabilité, variablité, polarisation et pondérisation. Une fois que tout cela est intégré, reste à se poser la question du choix d’une échelle d’évaluation. En conclusion de cette première partie, l’auteur résume les principaux apports de sa réflexion sur les conditions de la justifiabilité technique du travail d’évaluation. Il se pose ensuite la question sous un angle éthique.

La légitimité de l’évaluation

L’auteur pointe dès le début les quatre défis que doit relever l’évaluation sur le plan éthique. Elle doit être démocratique, libre de peur, raisonnée et humaniste. Pour incarner ces questions, l’auteur se focalise sur ce qu’il appelle « la folle course à l’indice du bonheur ». Il rappelle d’abord les limites du PIB puis détaille les approches alternatives comme celles évoquées dans le rapport Stiglietz de 2009. L’IDH constitue aussi, à sa façon, une alternative à une mesure strictement économique. La multiplication des indices proposés témoigne à sa façon de la difficulté de mesurer un «  objet évanescent » comme le bonheur. Il faut donc affronter la question autrement : qu’est-ce que le bonheur ? Comme il est difficile d’être consensuel sur la définition, on doit au moins tendre vers une évaluation démocratique ou autrement dit avec un référent qui possède une forte légitimité. L’évaluation n’échappe jamais au problème de la détermination d’un pôle positif. 

Quand l’évaluation devient une menace…

Claudia Senik s’est intéressée aux rapports entre la croissance et le bien-être. On s’aperçoit qu’aux Etats-Unis par exemple, le niveau de bonheur moyen est resté stable entre 1972 et 2002 tandis que le revenu par habitant doublait presque. En France, dans un pays où l’emploi est très protégé, les individus se sentent paradoxalement très menacés. Charles Hadji propose d’examiner le rôle de l’école dans cette crainte. Il pointe les dangers de la compétition, les effets pervers de la recherche de l’excellence ou encore le problème des notes. Il s’appuie sur les travaux de Fabrizio Butera qui dénoncent plusieurs présupposés qui constituent selon lui l’arrière-plan idéologique de la notation. Charles Hadji poursuit en montrant que la peur est un obstacle à l’apprentissage et, pour reprendre Butera, la valeur et l’intérêt des notes dépendent de «  la fonction qu’on leur donne ». Il distingue ensuite très utilement les fonctions possibles des différents types d’évaluation. 

…Voire une folie 

Allant encore plus loin il dénonce dans un dernier chapitre les ravages de la « quantiphrénie », par exemple quand il s’agit d’évaluer les enseignants-chercheurs à l’aune de leur nombre de publications dans des revues de rang A. Le risque est aussi grand d’aller vers une évaluation perpétuelle. Charles Hadji propose de se poser la question de savoir s’il y a des moments opportuns pour évaluer. Il livre également plusieurs éléments de réflexion sur les intérêts et les limites d’un contrôle certificatif terminal. Il propose un tableau synthétique qui évalue les avantages et inconvénients du contrôle terminal, continu, national et local.

En conclusion, Charles Hadji développe l’idée d’une « évaluation humaniste ». Il entend par là une évaluation qui s’inscrit dans un choix de société fondée sur la confiance et le respect et qui peut adopter une pluralité de formes. Poursuivant son idée, il précise les chantiers qui se posent à une telle évaluation. Cette évaluation humaniste doit donc être attentive à la personne mais elle a aussi la volonté de ne pas pénaliser des individus en raison de caractéristiques dont ils ne sont pas maitres. Elle respecte les droits des évalués et a la volonté d’être utile. Cet ouvrage permet donc d’alimenter une réflexion sur l’idée d’évaluation et invite à réfléchir au pourquoi et au comment, quelle que soit la situation.

Jean-Pierre Costille 

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/le-defi-dune-evaluation-a-visage-humain-depasser-les-limites-de-la-societe-de-performance.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/03/le-defi-d-une-evaluation-a-visage-humain.jpg 400 284
Gravir les Alpes du XIXe siècle à nos jours https://clio-cr.clionautes.org/gravir-les-alpes-du-xixe-siecle-a-nos-jours.html https://clio-cr.clionautes.org/gravir-les-alpes-du-xixe-siecle-a-nos-jours.html#respond Sun, 07 Mar 2021 20:03:33 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=45368 Un groupe d’universitaires suisses éditent les actes du colloque de Salvan/Les Marécottes sur l’évolution de l’alpinisme sportif en septembre 2016. Merci aux Presses universitaires de Rennes, associées à l’Institut des sciences du sport de l’université de Lausanne et à la société d’Histoire de la suisse romande d’avoir choisi en grand format qui permet des illustrations de qualité.

Dès l’avant-propos de Delphine Debons, le lecteur est au cœur du sujet : l’alpinisme sportif, une pratique évolutive, pratiques, émotions, imaginaires. Elle resitue rapidement le colloque de 2016 dans un contexte plus large.

En introduction, Patrick Clastres présente quelques références bibliographiques incontournables de la production littéraire et historique. Il rappelle que poésie, peinture, photographies mais philosophie, sociologie, étude des risques participent à la connaissance de l’histoire de l’alpinisme. Les pistes d’études proposées : relation au patriotisme, mutation climatique, archives et patrimoine montrent l’aspect foisonnant de cet ouvrage.

Peinture, poésie et photographie

Quatre articles pour cette première partie plutôt littéraire.

André Hélard dresse un portrait de John Ruskin qui pratiqua la montagne au milieu du XIXe siècle avec l’aide du guide chamoniard Joseph-Marie Couttet. Si Ruskin laisse dans ses carnets des croquis géologiques c’est aussi un contemplatif qui perçoit la montagne comme un « eden saccagé par le progrès et la modernité » (cité p. 23). Dans ses écrits il veut célébrer La Gloire de la Montagne non sans critiquer la prise de risque et la vanité de nombreux alpinistes de son temps.

Jonathan Westaway analyse le poème Excelsior qu’en Henry Wadsworth Longfellow publie en 1842, un texte idéaliste et romantique, d’influence germanique. La bannière du jeune héros devint un élément de l’iconographie victorienne.

Pierre-Henry Frangne interroge la philosophie de l’alpinisme et cet « homme qui voyage et qui gravit des montagnes » d’après Albert Mummery. L’auteur étudie le rapport entre les récits d’ascension et les photographies de la haute montagne et de l’homme qui la gravit dans la seconde moitié du XIXe siècle. Selon cette philosophie, l’acte de grimper permet à l’homme de considérer sa condition d’homme (liberté, corporité, mortalité). L’alpinisme comme l’existence est une lutte, le choix entre des possibles. L’article est illustré de quelques photographies très parlantes.

Laurent Tissot confronte la wilderness et les fréquentations de la montagne, alpinisme et tourisme. Il s’appuie sur deux études de cas : les expéditions himalayennes de Jules Jacot-Guillarmod au début du XXe siècle, notamment au K2 et les publicités pour les Montagnes Rocheuses promues par William Van Horne lors de la construction de la première liaison ferroviaire transcontinentale au Canada.

Entre risque et discours sur l’authenticité

Quatre articles également pour cette seconde partie autour de la notion de risque.

Jelena Martinovic aborde dans « une thanatologie alpine fin de siècle », l’approche psychologique de l’accident de montagne. L’auteure s’appuie sur les descriptions de Théodore de Wyzewa, sa représentation du sublime dans la mort en montagne, et le récit par Albert Heim de sa chute en 1982, à une époque où l’augmentation de la fréquentation de la montagne s’accompagne d’une multiplication des accidents. De l’apologie du suicide à la prévention des risques, l’auteure compare les textes aux représentations iconographiques.

Etienne-Marie Jaillard traite de la notion de risque en alpinisme et de sa gestion par les pratiquants notamment à partir des écrits de Zsigmondy, entre réduction de la vulnérabilité et/ou de l’aléa. L’auteur tente une histoire et une estimation de l’évolution du risque. Comment les inventions techniques en réduisant la vulnérabilité ont entraîné en parallèle une augmentation de la difficulté des ascensions et donc des risques. Il conclut sur un maintien du niveau de risque.

L’alpinisme, un « sport à part » ? Telle est la question que pose Olivier Hoibian. Il ancre sa réponse dans l’histoire culturelle et la sociologie. Partant de la condition sociale et culturelle lors de l’« invention de l’alpinisme », il décrit le temps des clubs alpins (Alpine Club 1857), l’évolution de excursionnisme cultivé, bourgeois, l’émergence des grimpeurs (les Bleausards) vers un alpinisme plus technique (GHM) alors que se développe, en parallèle un tourisme plus populaire que l’auteur qualifie d’alpinisme familial. Il analyse l’appropriation de la pratique par certains groupes sociaux.

Delphine Moraldo montre la distinction entre alpinisme et tourisme. La distinction sociale s’exprime en mépris à l’égard du touriste mais aussi de l’autochtone y compris les guides, mais aussi en distinction genrée. Deux aspects développés dans la troisième partie.

Ces femmes et ces guides qui ont fait l’alpinisme

Après la place prépondérante le l’alpinisme anglais, noble et bourgeois, quatre articles proposent de s’intéresser à la place des femmes et des guides.

Eniko Gyarmati choisit d’évoquer deux Hongroises, la baronne Ploxéna Wesselényi qui raconte son passage du col du Bonhomme en 1835 et Hermine Tauscher-Geduly qui gravit le Mont-blanc en 1881. Toutes deux ont laissé un récit de leurs voyages et ascensions. On y lit l’influence anglaise, les obstacles liés à leur appartenance à la gente féminine, le soutien masculin d’un guide.

Christian Koller présente l’activité de deux organismes suisses : Naturfreunde et Wandervogel qui ouvrent l’alpinisme aux milieux ouvriers au début du XXe siècle. L’auteur analyse leur philosophie, leurs choix idéologiques, la place et le sens de l’alpinisme dans les activités proposées. La montagne est vue comme un moyen d’échapper au monde industriel, un lieu de pureté et de solidarité et l’alpinisme comme un moyen d’accomplissement individuel.

Thomas Antonietti parcourt la correspondance de l’avocat bâlois Wilhelm Burkhardt avec son guide Theodor Henzen dans les années 1940-1950, une manière d’appréhender le rapport ville-montagne.

Rozenn Martinoia recherche dans les archives du Club alpin français et de la Société des touristes du Dauphiné la définition du « bon guide », la sélection (labellisation) et la formation.

Alpinisme, patriotisme, fascisme

A partir de deux exemples : Antonio Curo (1828-1906) et Guido Rey (1861-1935) deux auteurs explorent le côté idéologique de l’alpinisme.

Stefano Morosini évoque la relation ancienne de la ville de Bergame avec la suisse jusqu’à l’installation dans la ville d’industriels suisses du coton au XXe siècle et l’implication de la communauté suisse dans le domaine social et culturel. C’est ce qui explique le rôle des Suisses dans le développement de l’alpinisme bergamasque. L’auteur développe l’exemple d’Antonio Curo : ses activités professionnelles au sein de l’industrie des ciments, sa passion naturaliste et sa pratique de l’alpinisme ?

Alessandro Pastore propose une relecture de la biographie de Guido Rey, bourgeois, industriel et alpiniste turinois. Il analyse ses engagements patriotiques en faveur de l’intervention italienne dans la Première Guerre mondiale, naturaliste dénonçant la modernité, le tourisme et l’automobile comme menace pour la beauté alpine. L’analyse des œuvres de Rey, Il Monte Cervino (1904) et Alpinismo acrobatico (1914) montre son attention aux relations homme/nature et son goût pour l’escalade technique mais qu’il associe au patriotisme : « l’Alpe, comme la Patrie, ne se contente pas de vaines paroles, mais exige du sacrifice par le travail et de la vertu par la hardiesse »(cité p. 137). Au plan politique la correspondance De Rey montre à partir de 1922 son adhésion au fascisme et un homme plein de contradictions.

Mutations du climat, mutations des pratiques

Philippe Bourdeau, Jacques Mourey et Ludovic Ravanel proposent des études de cas dans les massifs du Mont-Blanc, des Ecrins et sans les Alpes valaisannes qui montrent comment le changement climatique impose une transformation des pratiques de l’alpinisme. Ils décrivent l’évolution des températures, de la pluviométrie et des glaciers et leurs conséquences (photographie de l’allongement des échelles sur la voie d’accès au refuge du Requin, p. 144). L’évolution des pratiques concerne la réduction des périodes favorables pour certains itinéraires, des conditions météorologiques changeantes, la modification du tracé de voies d’escalades (Drus), l’augmentation de la difficulté de certaines ascensions et même le déplacement de la pratique vers d’autres massifs.

La décennie 2007-2017 se caractérise par une nouvelle pratique mise en lumière par les médias suisses : le speed-climbing aussi bien en Himalaya que dans les Alpes. Johann Rossel et Patrick Clastres montrent que cette pratique n’est pas si nouvelle et que les questions qu’elle pose l’inscrive dans l’histoire longue de l’alpinisme. Ils décrivent la médiatisation croissante du ski-alpinisme, de l’escalade sportive, de la cascade de glace comme une rupture avec l’alpinisme classique : record de vitesse, matériel toujours plus léger et plus technique et mise en avant de soi en relation avec le statut professionnel et le sponsoring.

Archives, patrimoine et mémoire de l’alpinisme

Daniel Anker recherche dans les archives du Club alpin suisse des sources pour une histoire de l’alpinisme. Il en fait une description exhaustive.

Alain Dubois, Yann Decorzant et Julie Rausis montrent qu’il existe d’autres sources dans les archives de l’État du Valais et du Centre régional d’études des populations alpines ?

Conclusion : de l’histoire de l’alpinisme à l’histoire mondiale des ascensionnismes

Patrick Clastres décrit un vaste domaine ouvert à la recherche au moment même où l’UNESCO inscrit le Mont-Blanc au patrimoine mondial.

___________________

Présentation sur le site des Presses universitaire de Rennes ICI

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/gravir-les-alpes-du-xixe-siecle-a-nos-jours.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/02/9782753580275-internet-w290.jpg 400 284
Fukushima – Chronique d’un accident sans fin https://clio-cr.clionautes.org/fukushima-chronique-dun-accident-sans-fin.html https://clio-cr.clionautes.org/fukushima-chronique-dun-accident-sans-fin.html#respond Sun, 07 Mar 2021 07:41:04 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=46294 Jeudi 11 mars prochain sera le dixième anniversaire de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Cet évènement continue de résonner, dans la société japonaise tout d’abord, mais bien au-delà. Ce retentissement a gagné la France, et la Bretagne natale de Bertrand Galic, dont nous avons déjà chroniqué le travail, et qui signe aux éditions Glénat, avec le dessinateur espagnol Roger Vidal, la bande dessinée revenant sur le déroulé de l’accident. 

Au plus près de la catastrophe

Les deux auteurs nous plongent dès les premières planches dans la catastrophe. Quelques mois après les évènements de mars 2011, l’ancien directeur de la centrale nucléaire, Masao Yoshida, est appelé à témoigner devant la commission d’enquête. Celle-ci est mandatée à proximité de la centrale, pour statuer sur le déroulé et les responsabilités des évènements. C’est à travers son regard et son récit des évènements que nous prendrons conscience de l’immense défi technique, matériel et psychologique qu’ont dû affronter Yoshida et l’ensemble des femmes et des hommes sous sa direction.

Frappée conjointement par une panne électrique générale, à la suite du tremblement de terre de magnitude 9.1, et d’un tsunami de 14m qui inonde les réacteurs, la centrale de Fukushima Daiichi devient rapidement une bombe à retardement. Dès lors, et pendant près de 4 jours, les employés n’auront de cesse de déployer des trésors d’ingéniosité et de dévouement pour tenter de stopper les explosions des réacteurs, luttant contre un ennemi invisible qui ne cesse de gagner du terrain, de manière inexorable. 

Masao Yoshida oeuvra au mieux, prenant dans le feu de l’action toute la dimension de sa mission de directeur. Soumis aux consignes hors-sol de la Tepco, gestionnaire de la centrale, et à la visite impromptue du premier ministre Naoto Kan, les deux auteurs nous dépeignent le portrait d’un homme qui tentera jusqu’au bout de raisonner à partir du réel et de préserver son personnel.  Même si cela doit le mener à désobéir aux ordres et à opter pour des méthodes peu conventionnelles (pompage de l’eau de mer à injecter dans les cuves). 

Mission impossible à mener. Malgré tout, la situation l’amènera à demander le sacrifice de plusieurs employés qui, conscients des risques, accepteront d’accomplir leur devoir. Malgré 3 fusions de coeur une catastrophe pire que Tchernobyl fut évitée. 

Une catastrophe qui résonne encore

L’accident est aujourd’hui loin. Une décennie est passée. La centrale est sous contrôle, et est désormais l’objet de vastes plans de démantèlement et de traitement des déchets radioactifs sur place, notamment pour les immenses quantités d’eau irradiées déversées. Pourtant le Japon continue de vivre avec les conséquences de ce 11 mars 2011. Et pour longtemps. Masao Yoshida fut appelé à témoigner et continua jusqu’au bout à le faire. Il décèdera d’un cancer en 2013.  

La bande dessinée de Bernard Galic et Roger Vidal est un objet militant. Au travers du récit de l’incident de Fukushima se pose la question de la politique énergétique à mener au Japon, et par extension, ici en France. Un dossier technique d’une dizaine de pages revient en fin de volume sur le déroulé de l’incident, sur les détails techniques et sur les risques posés par l’emploi de l’énergie atomique. Une oeuvre plaisante, qui revient avec précision sur le déroulé des évènements et pose le débat. 

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/fukushima-chronique-dun-accident-sans-fin.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/03/bertrand-galic-dedicacera-sa-bd-fukushima-chronique-d-un-acc-5562982-640x360p.jpg 400 284
« Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? » Enquête sur un silence familial https://clio-cr.clionautes.org/papa-quas-tu-fait-en-algerie-enquete-sur-un-silence-familial.html https://clio-cr.clionautes.org/papa-quas-tu-fait-en-algerie-enquete-sur-un-silence-familial.html#respond Sat, 06 Mar 2021 16:45:34 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=45211 Raphaëlle Branche est depuis 20 ans une spécialiste reconnue de la guerre d’Algérie. Sa thèse consacrée à la torture pratiquée par l’armée française a marqué l’historiographie de ce sujet douloureux et politiquement  sensible. Cette thèse a contribué à briser la chappe de silence qui pesait sur les “événements d’Algérie” et, au delà de son intérêt historique, elle a eu ainsi pour effet social de libérer la parole de nombreux anciens combattants de cette guerre si particulière.

Son dernier ouvrage, Papa, qu’as-tu fait en Algérie ?” est, comme l’indique le sous-titre, une enquête sur un silence familial. Cette place du silence sur l’expérience algérienne du père ou du mari au sein des familles, l’historienne l’avait déjà noté à la fin des années 90 au moment où elle enquêtait pour sa thèse et quelque 20 ans plus tard, c’est donc à cette question qu’ elle consacre son livre .

Les mémoires familiales de la guerre

Le postulat de Raphaëlle Branche, c’est que nombre de familles françaises sont habitées par les traces de cette guerre qui ne fut officiellement reconnue qu’en 1999” et son ambition est de “comprendre ce qui s’est joué dans les familles et comment la guerre a été vécue puis racontée et transmise” [afin d´…] éclairer d’une manière inédite la place de cette guerre dans la société française » (p.8). Place importante s’ il en est, puisqu’ au moins un million et demi de conscrits ont été envoyés en Algérie pendant la guerre, des soldats qui furent aussi des fils, des maris, des frères ou  des pères de famille.

Partant du principe que les silences sont des « silences familiaux », l’historienne devait donc baser son travail de recherche sur les familles entières d’anciens combattants afin d’y retrouver les traces laissées par la guerre. Les sources principales qui ont servi à composer cet ouvrage ne se trouvaient pas tellement  dans les archives et  ont donc  été élaborées par l’historienne : au cœur de son enquête, près de 300 questionnaires qui ont été envoyés à 39 familles de divers horizons sociaux et idéologiques, complétés parfois par des entretiens familiaux et par l’analyse de documents privés qu’on lui a confiés (lettres, journaux intimes, photos).

Cette démarche originale mérite d’être soulignée car elle n’est pas sans conséquences sur le fond et la forme de l’ouvrage. Une part importante du travail de recherche repose sur des rencontres, des moments de vie partagés par l’historienne et cela donne un récit empreint d’empathie et de profond respect des personnes interrogées. Historienne retraçant une expérience collective, elle n’oublie cependant jamais la singularité des histoires individuelles : celles-ci sont  en quelque sorte comme des fils de toutes les couleurs de ce qui constituent  la trame narrative de l’ouvrage ;  comme autant de micro-histoires qui  maintiennent  l’intérêt du lecteur en éveil.

La génération qui a « fait l’Algérie »

L’ouvrage est construit selon un plan chronologique en trois parties. La première est consacrée à la période fondatrice de la guerre vécue par les soldats en Algérie et les modes de transmission de cette expérience aux familles et aux proches. La seconde analyse les conditions parfois  délicates du retour dans la métropole, période pendant laquelle ces jeunes hommes libérés du devoir militaire deviennnent de vrais adultes (aux yeux de la société), fondent des familles dans une France en mutations et  qui cherche à oublier la guerre d’Algérie. La dernière analyse l’évolution des dernières décennies, celle d’une France qui accepte enfin de donner un nom à cette guerre, qui voit peu à peu la parole se libérer, non seulement  dans la société mais aussi au sein des familles, entre des anciens combattants vieillissants et leurs enfants (et parfois petits-enfants!) désireux de savoir : « Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? »

Dans le premier chapitre, l’autrice s’attache à dessiner les contours de la génération des soldats qui ont  « fait l’Algérie ». Le terme de génération est souvent employé  en histoire ou en sciences sociales parce qu’il est commode, sans qu’on prenne la peine la plupart du temps de définir clairement  ce qu’on entend par là. R. Branche y consacre plus de 50 pages, preuve de l’importance accordée à cette notion  et son analyse est menée avec brio. Selon l’historienne,  ce n’est pas uniquement l’expérience en Algérie qui autorise à parler de génération car d’autres éléments essentiels doivent être pris en compte. Les conscrits envoyés en Algérie  – environ un 1,5 million d’hommes – sont nés entre 1930 et 1942, en majorité entre 1936 et 1942, soit pendant l’étiage de la natalité française de l’entre-deux-guerres. Cette génération est née « à l’ombre des guerres mondiales » (p.27), avec des pères ou des grands-pères anciens combattants de 14-18 et/ou de 40 et  beaucoup d’entre eux sont donc aussi fils de prisionniers de guerre,  privés de la présence du père pendant 5 ans.

Cette expérience est partagée avec les filles, soeurs, fiancées ou futures épouses nées à la même époque. Aussi est-ce une génération marquée par la guerre : les garçons s’inscrivent pour la plupart  dans une lignée de citoyens-soldats et grandissent dans une société dans laquelle le service militaire et le devoir militaire bénéficient d’un  très large consensus social, un service militaire perçu comme une dimension essentielle de la masculinité,  vision  acceptée aussi  par les soeurs, les fiancées et les épouses. Si l’on suit l’historienne,  « dans la France du début des années 50, les ordres du genre et de l’âge semblent intouchés et rattachent ses jeunes aux modèles des générations précédentes » (p.76). La rupture générationnelle s’effectuera avec la génération du Baby Boom, celle qui n’ a pas connu la guerre et qui vit dans une France transformée par les Trente Glorieuses.

Les relations avec la famille en métropole

Les chapitres 2, 3 et 4 sont consacrés à l’analyse des relations entre les soldats partis en Algérie et leurs familles et proches restés en métropole. La correspondance épistolaire  joue un rôle essentiel dans le maintien des liens familiaux et c’est aussi pendant cette période que se mettent en place les structures du silence dans les familles. Officiellement, ces soldats ne sont pas « partis à la guerre », mais sont partis faire leur service militaire en Algérie pour y effectuer  des « opérations de maintien de l’ordre ». De ce mensonge originel découlent beaucoup de choses : dans ses lettres, « le soldat rassure ses proches, qui le maintiennent dans leur monde en lui donnant des nouvelles de la vie qu’il a laissée en métropole » (p.79). « Le pacte épistolaire » (p. 89), pour tacite qu’il soit, est clair : le soldat s’efforce de ne pas inquiéter ses proches et, en échange, la famille le rassure  sur le fait que son retour est attendu avec impatience par tous et qu’il a toujours sa place dans le cocon familial.

Est-ce à dire qu’il ne se dit rien, ou pas grand chose, sur les expériences de guerre, parfois traumatisantes, vécues par les soldats? Raphaëlle Branche qui a étudié ici de multiples correspondances épistolaires s’attache à mettre en  lumière la diversité des attitudes et des échanges. Il semble – c’est ma conclusion après lecture du livre –  que ceux qui sont partis en Algérie avec des convictions politiques ou spirituelles fortes (les communistes et les catholiques engagés, en particulier) aient été ceux qui ont été le plus aptes à « dire » la guerre, la peur ou la honte, en trouvant un confident ou une confidente : un frère, une soeur, un ami intime, un prêtre… Témoignages qui peuvent parfois connaître  une certaine diffusion comme ceux de Stanislas Hutin évoqués à la page 200.

Le retour des mobilisés

La deuxième partie, intitulée »le retour », est composée de 4 chapitres. Raphaëlle Branche analyse les conditions et les difficultés de réintégration plus ou moins grandes de ces jeunes dans la vie civile. Elle met en lumière les caractères particuliers de cette guerre que la société, les proches  et parfois les soldats eux-mêmes n’identifient pas comme telle. La reconnaissance des soldats comme ancien combattant sera très progressive et ce statut ne leur  sera conféré par l’État qu’en 1974. Cette lente reconnaissance est analysée finement au chapitre 7 car elle est associée à l’émergence d’une conscience collective chez les anciens de la guerre d’Algérie.

Le retour en métropole est une période délicate à gérer pour beaucoup, car elle correspond souvent  à l’entrée dans la vie adulte, le moment où l’on choisit une carrière professionnelle, où l’on fonde un foyer. Les soldats démobilisés rentrent dans un univers familial qui souvent considèrent l’expérience en Algérie comme une parenthèse à refermer et c’est ainsi que se mettent en place les silences familiaux : parfois l’on garde le silence car on ne souhaite pas parler mais  parfois aussi parce que l’on sait qu’on ne sera pas écouté…

Certains reviennent brisés et traumatisés par l’expérience algérienne. Outre les témoignages recueillies par l’historienne, celle-ci a également consulté les dossiers médicaux d’un certain nombre d’anciens combattants traités dans des hôpitaux psychiatriques. Cette dimension « psychiatrique » est peut être l’aspect le plus original et novateur  du livre.  Raphaëlle Branche analyse le retard de la psychiatrie française avec pour point de comparaison la prise en charge ses anciens combattants du Viet-Nam aux États-Unis et elle  met en  lumière les séquelles traumatiques de la guerre d’Algérie.

La transmission

La dernière partie, « L’héritage », analyse comment le temps passant, les anciens vieillissant, la mort se rapprochant, les pères cherchent à transmettre à leurs enfants et petits-enfants un peu de leur héritage algérien. Mais elle analyse  aussi comment les enfants et petits-enfants devenus adultes cherchent également à se saisir, à  s’approprier cet héritage algérien du père pour l’intégrer à l’histoire familiale. La parole se libère dans les familles et, en historienne, R. Branche replace ce mouvement de réappropriation de la mémoire algérienne  dans le contexte d’une société française qui à partir des années 80/90 accepte progressivement de regarder la guerre d’Algérie en face. Car « quand le temps social et le temps familial convergent, alors l’inscription de chacun et de chacune dans un héritage spécifique peut se faire plus simplement. » (p. 468)

On l’aura compris, « Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? » est un livre d’une très bonne historienne dont je recommande vivement  la lecture et ce, pour au moins trois raisons.  Au delà de la question de la mémoire de la guerre d’Algérie, le livre peut et doit être lu aussi  comme une analyse des évolutions de la société française des 80 dernières années.  Cette inscription de son sujet dans le cadre général de l’histoire de la France contemporaine est une grande réussite. Certains  lecteurs de ce livre pourront sans doute se reconnaître parce qu’ils sont eux-mêmes fils, filles ou petits-enfants d’un ancien combattant de la guerre d’Algérie. Les autres, ceux qui n’ont pas de proches ayant « fait l’Algérie » (ce qui est mon cas), y trouveront de quoi alimenter leur réflexion sur ces questions universelles et intimes que l’on se pose tous à un certain moment de sa vie : celle de la transmission au sein de sa propre famille.

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/papa-quas-tu-fait-en-algerie-enquete-sur-un-silence-familial.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/02/branche-e1613464037390.jpg 400 284
Missions sur Mars https://clio-cr.clionautes.org/missions-sur-mars.html https://clio-cr.clionautes.org/missions-sur-mars.html#respond Sat, 06 Mar 2021 16:21:19 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=38190 A la découverte de la planète rouge

Après la parution de « Missions sur la Lune » par Rod Pyle l’année dernière, Glénat poursuit la publication de livres dédiés à la conquête de l’espace. Ce nouvel opus s’intéresse aux différentes missions d’explorations et de reconnaissance de Mars.

En collaboration avec le journal Le Monde, ce livre a été écrit par Alessandro Mortarino et publié par la Libreria Geografica (Novara) en 2019. La traduction depuis l’italien est l’oeuvre de Sylvie Salzmann.

Le livre est préfacé par Hubert Reeves qui rappelle que la planète rouge fascine. Les sondes envoyées depuis la Terre se sont multipliées depuis la seconde moitié du XXe siècle. L’un des facteurs étaient de confirmer ou d’infirmer la présence d’eau, permettant éventuellement la vie sur Mars. Il termine par les projets de voyages habités à destination de Mars. Partir, oui, mais comment revenir ? L’agriculture hydroponique est une solution avancée à la fin de l’ouvrage.

Mars : de l’observation à l’exploration

L’ouvrage s’organise en 5 grandes parties. La première s’intéresse à la place de Mars dans les observations astronomiques depuis les premières observations réalisées en Egypte au IIe millénaire avant Jésus-Christ. Nommée Rê-Horakhty (« l’Horus de l’horizon ») par les Egyptiens, la planète rouge est également visible dans une collection de tablettes cunéiformes de la ville de Ninive en Mésopotamie. Indiens, Perses, Grecs puis Romains observent la planète, qui prend peu à peu le nom de Mars.

Les observations reprennent à partir du XVIe siècle sous l’impulsion de Nicolas Copernic (1473-1543), du danois Tycho Brahe (1546-1601), de son disciple allemand Johannes Kepler (1571-1630) puis de Cassini et Galilée. Diverses hypothèses sont mises en avant au XIXe siècle, notamment sur la présence ou non de canaux (réfutée par le Grec Eugenios Antoniadis au début du XXe siècle). Les progrès techniques permettent d’accroître les capacités d’observation et d’éliminer les hypothèses les plus farfelues.

La planète Mars est présentée grâce à de nombreux schémas et dessins techniques que pourront mobiliser les enseignants de SVT dans une séance de géologie. La seconde partie permet de comprendre l’origine et la composition du sol martien. La carte géologique de la double page 26-27 permet de découvrir l’hespérien, l’amazonien, le noachien, qu’il soit récent, tardif ou moyen. L’eau, le sol, les glaces, le volcanisme, l’atmosphère mais aussi le manteau et le noyau sont présentés de façon relativement simple pour un sujet aussi technique. Une habile infographie compare la composition de l’atmosphère martien (96% de gaz carbonique, 2% d’argon, 2,6% d’azote). avec celui de la Terre.

La partie centrale de l’ouvrage décrit en détail les différentes missions d’explorations depuis le lancement de la première sonde soviétique en 1962 jusqu’à Persévérance (2020) en passant par Curiosity. Les photographies des paysages martiens et les annotations techniques sur les différents engins sont précieux pour se rendre compte des contraintes inhérentes à ce type de missions. A la toute fin de l’ouvrage, la double-page 150-151 sera utile aux enseignants désirant mobiliser les exemples des programmes spatiaux (et martiens) de l’Inde, de la Chine et des Emirats Arabes Unis pour traiter de la connaissance ou du soft power. A ce titre, Emirates Mars Mission est une mission émanant de l’UAE Space Agency, dont les fusées sont tirées depuis la base japonaise de Tanegashima.

Source : Missions sur Mars, Alessandro Mortarino, Glénat, 2020, pages 114-115

Ce livre permettra aux élèves de collège et de lycée de trouver des informations fiables et des illustrations de qualité afin de réaliser un exposé en histoire-géographie (tronc commun et spécialité au lycée), sciences de la vie et de la Terre ou en physique-chimie. Il prolongera habilement les images aperçues lors de l’arrivée de la sonde Persévérance sur la planète rouge. Un très léger bémol est à émettre vis-à-vis du choix du papier noir brillant qui a tendance à laisser des empreintes très rapidement et de façon visible lors de la lecture.

Ce livre peut être mobilisé de plusieurs façons pour la construction d’un cours de terminale HGGSP pour le thème sur la conquête de nouveaux espaces. Il peut permettre de traiter trois jalons :

  • Le jalon portait sur « les enjeux géopolitiques d’une conquête : la course à l’espace des années 1950 à l’arrivée de nouveaux acteurs » dans le premier axe (« conquêtes, affirmations de puissance et rivalités »),
  • Le jalon « coopérer pour développer la recherche : la station spatiale internationale » dans le second axe (« enjeux diplomatiques et coopérations »)
  • Les deux jalons de l’objet conclusif sur la Chine (« à la conquête de l’espace, des mers et des océans »).

Pour aller plus loin :

  • Présentation de l’éditeur -> Lien

Antoine BARONNET @ Clionautes

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/missions-sur-mars.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2020/10/2020-10-23-13h38-07.png 400 284
Ian Fleming – Les vies secrètes du créateur de James Bond https://clio-cr.clionautes.org/ian-fleming-les-vies-secretes-du-createur-de-james-bond.html https://clio-cr.clionautes.org/ian-fleming-les-vies-secretes-du-createur-de-james-bond.html#respond Sat, 06 Mar 2021 16:06:20 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=46263 L’historien et anglophile Christian Destremau nous livre la biographie de Ian Fleming, un homme aussi fascinant que le personnage qu’il a créé, James Bond. A travers cette biographie, nous sommes replongés dans les vestiges d’une Angleterre qui n’existe plus, celle des années 30 à 50, avec son empire colonial, ses excès, ses mondanités, ses parcours de vie chaotique…

Il faut d’emblée souligner à quel point cette biographie est prenante. Le style de Christian Destremau est accessible, rigoureux et plaisant. Difficile de décrocher des 21 chapitres qui découpent cet ouvrage. Principalement parce que le lecteur est pris dans cette comparaison naturelle qui se fait entre le créateur et sa créature. Qu’est-ce qui relève de la fiction ou de la réalité? Du fantasme? Et, de la jeunesse à la mort de Ian Fleming, ce questionnement nous poursuit : qu’est-ce que James Bond de Ian Fleming et inversement? Est-ce que Bond est l’homme qu’aurait voulu être Fleming?

Une vie d’excès

A travers cette biographie solidement documentée, Christian Destremau se livre à une étude sans complaisance de la vie de l’auteur anglais. Nos suivons le parcours d’un enfant de très bonne famille, qui a suivi les meilleures études et qui, après une carrière honnête dans les services de renseignements, se découvre cette passion pour l’écriture. Il saura tirer de ses expériences et de son imagination une galerie de personnages hauts en couleur, de situations et de scénarii toujours plus rocambolesques et de femmes dénudées. Le tout saupoudré de ce qui fait la masculinité de son époque: un machisme assumé et une consommation excessive d’alcool et de cigarettes. Excès qui emporteront aussi Fleming à seulement 56 ans. Excès assumés:  Fleming dit de ses romans qu’ils «  sont écrits pour des hétérosexuels au sang chaud, qui les lisent à bord du train, dans l’avion ou dans leur lit ».

Néanmoins, c’est une recette magique qui a le don de captiver le lecteur. James Bond est un réel succès commercial populaire. S’il existe des critiques sur le style, l’abus de grossièreté et les multiples défauts de son héros, Ian Fleming peut savourer cette reconnaissance tardive, lui le cadet de famille qui a souffert de cette position. Mais ses excès ne lui permettent pas de pleinement vivre la réelle explosion du mythe James Bond avec son adaptation au grand écran, Sean Connery dans le rôle phare. De son vivant, il ne connaîtra que l’adaptation américaine par la CBS en série de Casino Royale. Une adaptation loin d’être restée dans les années de la télévision…

Cette biographie est donc un véritable coup de coeur. Elle emporte avec elle tous ceux qui ont été marqués par la saga James Bond, mais ceux aussi qui veulent découvrir la vie assez romanesque de son auteur. Un vrai régal.

Présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur

La biographie de référence du créateur de James Bond
Alors qu’un nouveau volet des aventures de James Bond sortira en avril 2020, l’intérêt autour de son créateur, Ian Fleming (1908-1964), n’a cessé de grandir, porté par une question lancinante : a-t-il été lui-même un des modèles de 007?

Né dans une famille écossaise fortunée, entouré de personnalités au caractère bien affirmé, Fleming, après une éducation des plus classiques, va longtemps chercher sa voie : un début de carrière militaire avorté, un passage très important chez Reuters, où il apprend à écrire simplement et rapidement, quelques années dans la banque… il est voué semble-t-il à un avenir relativement médiocre, dont le préservent d’une certaine façon ses succès féminins, qui en feront une sorte de roué. La guerre est le vrai déclic : Fleming rejoint le renseignement naval, où il imagine les plans les plus audacieux et se fait remarquer par sa capacité à résoudre les problèmes comme par le peu de respect qu’il manifeste pour la hiérarchie. Immédiatement après-guerre, il recommence à vivoter, entre piges journalistiques et séjours à la Jamaïque où il acquiert une maison en 1946 : « Goldeneye ».

Fleming entre en littérature un peu par hasard, en 1952, entamant une décennie d’intense création, livrant, coup sur coup, une dizaine d’épisodes de James Bond – le premier en 1953 : Casino Royale. Mêlant aventures exotiques, intrigues parfois absurdes, « méchants » invraisemblables, torture, sadomasochisme, séduction et sexe, le genre est totalement renouvelé et séduit un public de plus en plus nombreux. Dès la fin des années soixante, James Bond est un produit d’exportation majeur, un élément du « Soft Power » : il contribue, au même titre pourrait-on dire que la monarchie, au prestige mondial du Royaume-Uni. Son influence est telle que, dans le contexte de la guerre froide, l’on en vient à se demander s’il n’a pas même influencé la politique étrangère de l’Angleterre et des États-Unis…

Christian Destremau, fort de sa grande connaissance de la culture britannique, brosse avec maestria le portrait intime de ce génie créateur dont le héros, d’épisode en épisode, continue à fasciner des millions de personnes.

Présentation de l’auteur sur le site de l’éditeur

Christian Destremau, historien de la Seconde Guerre mondiale et fin connaisseur de la culture britannique, est notamment l’auteur d’une magistrale biographie de Lawrence d’Arabie (2014) et des très remarqués Ce que savaient les Alliés (2007), Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale (2011) et Churchill et la France (2017), tous chez Perrin.

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/ian-fleming-les-vies-secretes-du-createur-de-james-bond.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/03/9782262076917ori.jpg 400 284
L’or du bout du monde – Tome 1 Laureen https://clio-cr.clionautes.org/lor-du-bout-du-monde-tome-1-laureen.html https://clio-cr.clionautes.org/lor-du-bout-du-monde-tome-1-laureen.html#respond Sat, 06 Mar 2021 14:31:37 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=46259 L’or au bout du monde est un diptyque imaginé par Jérôme Félix sur les conseils de Philippe Esnos. Ce premier tome est centré sur la vie de Laureen, dont la vie bascule après avoir été mise enceinte par le fils du comte chez qui elle travaille comme domestique. Refusant cette grossesse, le comte renvoie Laureen qui commence une vie d’errance dans l’Irlande catholique du début du XXe siècle. Après avoir accouché et abandonné le bébé dans un couvent, sa vie prend à nouveau un tout autre chemin lorsqu’elle se retrouve être l »héritière d’un aventurier parti en Amérique à la recherche d’un trésor, le trésor d’Atahualpa. Cet aventurier, qui n’est autre que son père disparu depuis des années, lui laisse les indices pour retrouver ce trésor. Désirant récupérer sa fille et lui permettre de vivre une autre vie que celle d’enfant abandonné, Laureen s’embarque pour l’Amérique du Sud.

Pour cette œuvre, Jérôme Félix a été aidé par un aventurier français, Philippe Esnos, lui-même chasseur de trésor, en particulier du trésor d’Atahualpa. Mort en 2020, ce dernier a été sollicité par l’auteur pour qu’il lui raconte cette vie d’aventure. Un dossier lui est consacré en fin d’ouvrage, relatant quelque passages de sa vie, son rôle dans le processus créatif et se concluant par une interview d’un de ses amis proches. Marqué par cette rencontre, Jérôme Félix voulait consacrer une BD sur Philippe Esnos. Finalement, ce sera une aventure complètement fictive qui sera choisie, mais profondément nourrie des expériences de Philippe Esnos. Ainsi, les auteurs veulent nous livrer un scénario solide, documenté et fiable.

C’est sûrement ce processus de création qui rend ce premier volume haletant. Le rythme est extrêmement rapide et les péripéties s’enchaînent pour l’héroïne de ce volume. A travers elle, nous revivons à la fois la ruée vers l’or dans l’Amérique post-colombienne et la recherche des trésors amérindiens. Mais aussi les grands voyages d’exploration du XIXe siècle menés par des figures comme Livingstone, Stanley ou Burton, ce dernier étant présent d’ailleurs dans cet ouvrage, comme conseil de Laureen. Cette vivacité se retrouve aussi dans le style de Xavier Delaporte qui s’adapte parfaitement à ce récit d’aventure.

Cette BD est donc une belle surprise et est recommandé pour tous les amateurs du genre.

Présentation de la BD sur le site de l’auteur

Une ruée vers l’or disparu des Incas
Laureen hérite d’un manuscrit ancien rédigé en espagnol et d’un magnifique collier. L’historien et explorateur Sir Burton comprend qu’elle détient le moyen de parvenir au trésor d’Atahualpa et ses 700 tonnes d’or soustrait au conquistador Pizzaro en 1532. Pour Laureen, ce trésor est l’assurance de pouvoir récupérer sa fille qu’elle a dû abandonner. Mais Burton s’empare du manuscrit et du collier et part seul à la conquête de l’or du dernier empereur Inca. Laureen n’a d’autre choix que de le poursuivre jusqu’au cœur des forêts de l’Équateur et de tous les dangers qui s’y tapissent.  

Présentation du scénariste sur le site de l’éditeur. 

Après une formation à l’école BD d’Angoulême, Jérôme Félix a illustré des documentaires pour enfants chez Flammarion et dans le magazine pour enfants Mon Petit Quotidien. Il scénarise ensuite deux albums distribués régionalement, Le Fleuve mauve et Mystère sous la falaise (éditions A.N.B.D).  En 2003 sort l’album L’Arche, suivi du très remarqué Un Pas vers les étoiles. En 2009, il scénarise 3 nouvelles séries chez Grand Angle : L’Héritage du diableHollywood boulevard et Deuxième Chance. En 2019, sort le retentissant Jusqu’au dernier avec Paul Gastine au dessin. En 2021, il part sur les traces des chasseurs de trésor avec L’or du bout du monde avec Xavier Delaporte au dessin.

Présentation du dessinateur sur le site de l’éditeur.

Xavier Delaporte est né en 1967. Amoureux et dévoreur de livres en tout genre, il décide très jeune qu’il sera auteur de BD. Il dessine partout où il ne faut pas, à l’école, à la poste où il travaillera durant 17 ans… Il réalise un album en amateur et à 40 ans, poussé par les encouragements et les conseils de Franck Biancarelli et Richard Marazano, il attaque son premier album pro : Chaabi, publié en 2007 chez Futuropolis. La Lignée T2 chez Bamboo/Grand Angle est son deuxième album. En 2017, il s’essaye à la reconstitution des guerres napoléoniennes en dessinant la BD La nuit de l’Empereursur un scénario de Patrice Ordas. On le retrouve en 2021, sur les traces des chasseurs de trésors avec L’or du bout du monde avec Jérôme Félix à l’écriture.

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/lor-du-bout-du-monde-tome-1-laureen.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/03/l-or-du-bout-du-monde-volume-01.jpg 400 284
Quand le cerveau apprend https://clio-cr.clionautes.org/quand-le-cerveau-apprend.html https://clio-cr.clionautes.org/quand-le-cerveau-apprend.html#respond Thu, 04 Mar 2021 19:30:25 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=46153 Etablir des ponts entre la recherche et le terrain à propos du cerveau, tel est le projet de Mélissa Bonnet, docteure en neurosciences qui intervient depuis des années dans des formations pour les enseignants.

Mieux connaître le cerveau

L’ouvrage est structuré en quatre parties dont une intitulée « Jouons un peu pour mieux comprendre » qui se veut explicitement ludique. Elle permet d’éprouver certaines caractéristiques du cerveau auparavant mises en évidence. Comme l’auteure le dit elle-même, ce livre  se propose de révéler « un peu des dessous cachés du cerveau ». On adhère pleinement à sa formule : « connaitre pour comprendre, comprendre pour partager ». L’ouvrage comprend des zooms sous forme d’encadré pour mettre en avant une information ou encore des rubriques «  Pour aller plus loin ». Chaque sous-partie se termine par un résumé sous forme de quelques idées à retenir. Le livre comprend un certain nombre de figures en couleurs. 

Voyage au centre du cerveau

La première partie est composée de cinq entrées. Mélissa Bonnet précise d’abord quelques termes qui se ressemblent, expliquant que chacun dépend de l’angle d’étude adopté autour du cerveau. Parmi les premiers points développés, il faut savoir que le cerveau se développe jusqu’à 25 ans ou encore que l’erreur est un passage nécessaire pour tout apprentissage. L’auteure parle ensuite de la dynamique d’évolution du cerveau au travers des espèces, ce qui est l’occasion de régler son compte à quelques neuromythes comme celui qui lie la taille du cerveau à l’intelligence. La troisième sous-partie est l’occasion de préciser un certain nombre de mots de vocabulaire comme les neurones, les cellules gliales ou de souligner l’importance de la myélinisation.

Ensuite, l’auteure explique les différentes parties de l’hémisphère cérébral. Parmi les points fondamentaux à retenir il y a le fait que toutes les régions cérébrales sont connectées les unes aux autres et partagent leurs contenus informatifs. Elle évoque enfin la façon dont le cerveau communique en s’appuyant sur la chimie. C’est l’occasion de rappeler que si le cerveau ne représente que 2 % du poids d’un corps, il consomme 20 % de son énergie. Mélissa Bonnet décrypte aussi au passage le neuromythe qui voudrait qu’on n’utilise que 10 % de notre cerveau. 

Comment le cerveau apprend

Une fois ces bases posées, on peut envisager la question des apprentissages. Son propos est structuré autour de quatre points clés. Tout d’abord, elle insiste sur la plasticité cérébrale ce qui permet de comprendre qu’être doué en maths n’a rien à voir avec un profil familial, ou encore que l’on peut apprendre à tout âge. A ce propos, elle cite une étude sur les chauffeurs de taxi londoniens qui a montré des modifications de l’hippocampe des chauffeurs les plus expérimentés. Sur la mémoire, elle distingue mémoire verbale, mémoire non verbale ou encore mémoire de travail. Parmi les indispensables à connaître il y a la courbe de l’oubli et des apprentissages reproduite dans le livre. Elle souligne également que «  vivre nos apprentissages au travers de nos différentes modalités sensorielles, motrices et de verbalisation est la clé vers une optimisation de leur stabilisation et de leur récupération ».

Mélissa Bonnet insiste ensuite sur l’importance du sommeil qui sert notamment à consolider les apprentissages. Elle rappelle également les perturbations entrainées par la lumière bleue des écrans, ce qui implique d’éviter tout visionnage au moins une heure avant de se coucher. Elle parle enfin de l’attention. Parmi les neuromythes battus en brêche à cette occasion, celui qui voudrait que l’on soit capable d’être attentif à plusieurs choses à la fois. Pourtant, « dans le cas d’une absence d’automatisation, le système attentionnel devra basculer régulièrement… d’une tâche à l’autre. » et cela n’a rien à voir avec une quelconque jeunesse ou génération. On apprécie ce décryptage précis et concis sur ces idées toutes faites. Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, l’auteure détaille en quelques pages les principes de l’IRM fonctionnelle et ses apports. 

Le cerveau, un organe à protéger

Fort à propos, Mélissa Bonnet développe ensuite cette caractéristique essentielle du cerveau qui fait que l’on est autre chose qu’une machine, à savoir la sensibilité. Il faut ainsi mesurer que les émotions participent aux processus mnésiques et décisionnels. Dans un deuxième temps, elle explique que le cerveau fonctionne selon deux modes différents : «  un mode dirigé vers l’extérieur et un mode dirigé vers l’intérieur ». Elle montre que lorsque l’un s’active, l’autre « se désactive ». Elle souligne l’importance des pauses et elle dit aussi qu’il faut savoir s’ennuyer car c’est « utiliser un temps autocentré pour compiler ses acquis et dessiner les contours de ses projets à venir ». La dernière sous-partie propose une réflexion sur le cerveau « à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle ». Un cerveau fonctionne toujours à moindre coût donc plus un cerveau utilise le GPS, moins il est capable de se déplacer sans !

Pourtant, il faut aussi se rendre compte que « ne pas avoir assez de données en interne oblige le cerveau à s’en remettre a des données extérieures et à les croire sur parole ». Elle souligne l’importance de l’écriture manuscrite car le cerveau se nourrit de ses expériences motrices et sensorielles. Mélissa Bonnet n’est nullement technophobe et pointe les apports de l’outil numérique autour de trois axes majeurs : la recherche d’informations, la productivité et la planification. Elle conclut en rappelant cette belle citation de Victor Hugo : «  Savoir étant sublime, apprendre sera doux ».

Jouons un peu pour mieux comprendre 

Cette partie est, selon l’auteure, un moyen de découvrir et faire découvrir certaines de nos capacités cérébrales au travers de jeux. Elle insiste pour dire qu’il s’agit bien de moyens d’approcher des idées et pas de jugements absolus ou d’outils de détection d’éventuels problèmes. Chaque jeu est présenté de la manière suivante : un descriptif, des consignes, un encadré, le matériel qu’il nécessite et enfin une interprétation de ce qu’il peut amener à mettre en évidence. Ce dispositif est très clair et permet effectivement de pouvoir faire prendre conscience de certaines particularités du fonctionnement du cerveau.

On peut aborder ainsi la question de la mémoire de travail, de la mémoire procédurale ou encore de l’attention à travers quelques vidéos connues mais qui font toujours leur effet pour celles et ceux qui les voient pour la première fois. On trouve également des jeux qui permettent de prendre conscience de l’importance de l’attention ou de l’inhibition, tous points abordés précédemment dans l’ouvrage. 

L’ouvrage de Mélissa Bonnet permet donc une approche très complète du cerveau. Il réussit effectivement à faire le lien entre ce que dit la recherche et ce qui peut être intéressant de savoir pour sa classe. L’enseignant dispose d’une synthèse efficace que l’on peut même considérer comme indispensable, quelle que soit sa matière. La dernière partie ludique peut permettre de se lancer, de façon accompagnée, pour faire découvrir aux élèves les formidables potentialités du cerveau. 

Jean-Pierre Costille 

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/quand-le-cerveau-apprend.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/03/quand-le-cerveau-apprend.jpg 400 284
Allemagne et France au cœur du Moyen Age https://clio-cr.clionautes.org/allemagne-et-france-au-coeur-du-moyen-age.html https://clio-cr.clionautes.org/allemagne-et-france-au-coeur-du-moyen-age.html#respond Thu, 04 Mar 2021 19:22:45 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=46145 Proposer une étude qui brise les codes de l’histoire nationale, qui propose une vision dépassant le cadre francocentré ou germano centré était l’un des objectifs des manuels franco-allemands à destination des lycéens avec pour but principal de construire la paix et de donner des bases au projet européen. C’est également l’un des objectifs majeurs et affiché de cet ouvrage intitulé Allemagne et France au cœur du Moyen Age paru en novembre 2020 dans la collection Passés Composés.

Sortir des échelles nationales pour penser un cadre européen

Les auteurs dirigés par Dominique Barthélémy et Rolf Grosse proposent des articles d’histoire médiévale qui permettent de brosser un tableau de l’histoire médiévale des régions issues de l’ancien empire carolingien et tout particulièrement entre Loire et Rhin depuis les Serments de Strasbourg en 842 et le partage de l’Empire en 843 jusqu’à la bataille de Bouvines en 1214. Les espaces de l’ancienne Francie centrale devenue Lotharingie sont donc aussi objet de l’étude et le livre ne porte donc pas sur les seuls Etats contemporains que sont la France et l’Allemagne. Il est aussi question des actuels Pays Bas, Belgique et Luxembourg. L’ouvrage propose ainsi un cadre d’étude pour une histoire transnationale qui étudie de manière conjointe et comparée l’évolution des espaces issus de l’empire carolingien. Il met en relation les anciennes sociétés françaises et allemandes par le choix des sujets des articles des personnages, des évènements, des faits de société.

Le livre est ainsi constitué d’une vingtaine d’articles d’environ dix pages chacun écrits par des auteurs allemands, français, belges. Après une synthèse illustrée de différentes cartes sur l’histoire de cette région jusqu’en 1214 (Bouvines), les articles sont organisés de manière chronologique et thématique de telle sorte qu’ils peuvent être lus les uns à la suite des autres pour brosser un parcours cohérent à travers les quatre siècles ou être l’objet d’une lecture séparée, fragmentaire pour compléter un travail ou éclairer seulement une période. Certains articles peuvent aussi être utilisés comme support scientifique pour créer des études de cas plus pointues en 5ème (sur Bouvines, sur l’architecture gothique, sur l’héraldique et les tournois) ou dans des sections européennes (les serments de Strasbourg, Gerberge).

France et Allemagne : Elaborer une histoire commune

A travers les différents articles, l’ouvrage porte une triple réflexion. La première porte sur les sources de l’histoire médiévale et la manière d’écrire et d’élaborer une histoire commune, la seconde porte sur la construction d’une société aux principes partagés mais qui progressivement se différencie et la dernière sur les différents biais d’une rencontre des espaces germaniques et français.

Le livre est un « beau livre » au papier glacé et aux nombreuses illustrations de documents originaux : manuscrits avec leurs traductions, photos d’architectures, enluminures. Les articles portent des réflexions sur ces nombreuses sources. Souvent, l’objet d’un article est le document lui-même et l’on peut lire une réflexion sur les documents écrits ou iconographiques, sur leur élaboration dans un contexte politique et artistique particulier et sur leur réception par les contemporains et leur interprétation au cours des siècles. Les documents écrits sont donc nombreux. On parle de documents juridiques comme les Serments de Strasbourg, de récits imaginaires comme l’histoire de Lidéric le forestier pour expliquer l’origine de la Flandre, de récits historiques comme la Philippide qui évoque la bataille de Bouvines.

Sont analysés aussi des œuvres de la littérature courtoise française et leurs interprétations allemandes comme c’est le cas de « la métamorphose allemande de Parzival ». L’exemple des deux chartes ottoniennes retrouvées récemment dans les archives du Duc d’Arenberg sont aussi analysées et pose une réflexion sur les faux élaborés par les abbayes pour justifier des droits sur les terres et sur le rôle des avoués. En l’occurrence ici, le diplôme élaboré par Henri Ier l’Oiseleur pour l’abbaye de Crespin dans le Hainaut est un faux confectionné au XIIème siècle et apprend autant sur l’époque du XIIème siècle que sur celle du Xème siècle.

Ces interrogations menées à partir des documents écrits le sont autant autour de l’iconographie, les blasons et la naissance de l’héraldique mais aussi et surtout à propos des nombreuses enluminures qui illustrent les articles. Elles sont analysées en tant qu’exemples de propagande royale, comme illustration d’un document annexe ou comme objet de rayonnement culturel et intellectuel. Anne-Orange Poilpré décrit et analyse l’enluminure qui montre l’hommage des nations à Otton III entre 998-1001. Elle montre bien dans cet article comment ces évangiles et cette esthétique représentent ce que l’Empire aspire à incarner. Elle met en évidence que la souveraineté est articulée autour des deux ordines, ceux qui combattent et ceux qui prient et que la mise en scène architecturale s’inspire de l’iconographie gréco-romaine.

Révélateur de son époque, l’enluminure est aussi un programme politique valorisant le règne impérial dans un cadre chrétien. L’enluminure de la bataille de Bouvines est également analysée pour elle-même. Les auteurs montrent bien à quel point elle est anachronique, créée plusieurs siècles après la bataille et qu’elle répond à la propagande royale du XVème siècle. L’enluminure représentant les gouttes de sang et illustrant l’histoire de Parzival est aussi décrite et analysée par J.R Valette en complément de l’analyse littéraire. Cependant, un autre article, celui sur « l’enluminure messine du haut Moyen Age – fin VIIIème- milieu du Xième siècle » rédigé par Charlotte Denoël met en évidence la création de ces œuvres d’art comme un facteur de rayonnement artistique et culturel. Elle montre bien le rôle de Drogon, le fils illégitime de Charlemagne et évêque de Metz, qui fait venir des artistes pour enrichir le trésor de la cathédrale et répondre aux commandes impériales.

De ces documents, de ces sources, une dernière remarque émerge, celle de la question des langues. Le premier article est consacré aux serments de Strasbourg en 842. Imgard Fees montre l’importance diplomatique de l’usage des langues et insiste sur le fait que les deux langues que les deux princes parlaient étaient utilisées à part égale pour que les soldats les comprennent. Un autre article portant sur « la séquence de Sainte Eulalie et le Ludwigslied » rédigé par Jens Schneider s’attarde beaucoup sur cette question de la naissance des langues et cette différenciation. Il explique que ces deux textes sont considérés comme des jalons importants dans le processus d’émancipation des langues. Ils sont fondateurs pour la création d’ une littérature vernaculaire.

La constitution d’une société commune

La deuxième grande réflexion que porte l’ouvrage est la constitution d’une société commune, avec des repères et des principes partagés malgré des différences qui s’esquissent au cours des siècles. Trois repères peuvent être ici mis en avant : la place centrale du christianisme, la mise en place de la féodalité médiévale et l’évolution vers une société éduquée.

De fait, les références au christianisme sont très nombreuses surtout pour élaborer une réflexion sur les rapports entre le temporel et le spirituel. Les questions de droit sont ici centrales. Il en est question dans la charte ottonienne de l’abbaye de Crépin qui met en évidence le rôle des abbayes au niveau juridique, l’organisation des plaids et la place des avoués. Plusieurs articles font aussi référence à la querelle des investitures, à la réforme de l’Eglise et également aux querelles entre l’Empereur et le pape.

L’étude de « la lettre d’Yves de Chartres à Hugues de Lyon » par Christof Roelker interroge le rôle du roi dans l’investiture des évêques. Il tente de trouver un compromis entre l’interdiction du pape et l’importance du lien entre le roi et l’Etat dans la mesure où de nombreux religieux étaient en charge de l’administration centrale et étaient aussi des seigneurs. Cette lettre est ainsi un modèle pour le compromis élaboré lors du Concordat de Worms en 1122. On retrouve aussi cette problématique dans l’article de Harald Muller portant sur « Jean de Salisbury ou le schisme alexandrin en 1160 ». Au-delà de la question des investitures des évêques, il est intéressant de voir le rôle des empereurs et des rois dans les choix des papes.

L’article intitulé « la trêve de Dieu, de la Catalogne à Cologne » interroge la notion de « trêve de Dieu » et pose la question du détenteur du monopole de la violence légitime. L’article montre qu’il y a une différenciation entre le royaume de France qui va progressivement adopter un code juridique fondé sur les trêves de Dieu et les décisions prises en Allemagne. Il met l’accent sur l’adoption par l’archevêque de Cologne de la trêve de dieu pour son archevêché, ce qui contribua à la genèse de l’Electorat de Cologne. Il insiste aussi sur la mise en place de paix territoriales laïques (Landfrieden) dans de nombreux états allemands. Par ce système qui s’impose progressivement en terre germanique, ce sont les rois et les grands qui protègent les églises, les marchands, les populations civiles.

Enfin, le droit pose aussi la question de l’élaboration de règles juridiques prévoyant l’existence de non-chrétiens dans la société.  C’est ce qu’analyse Johannes Heil dans l’article intitulé « Persécution ou protection des Juifs en France et en Allemagne ». Il montre l’évolution des différents statuts dans les deux sociétés, et évoque l’importance du rôle des lettres de protection émises par les souverains carolingiens en 825. Celles-ci apparaissent comme les premières tentatives de garantir l’existence de non chrétiens au sein du monde chrétien. Il insiste également sur le fait que les souverains ont principalement manifesté la volonté de protéger malgré leur hostilité. Il montre enfin que les premiers pogroms apparaissent au moment des croisades, mettant en évidence deux tendances opposées. En France, les rois excluent et expulsent à partir de Philippe Auguste et sous Philippe le Bel tandis qu’en Allemagne les violences n’apparaissent que lors des vacances de pouvoir, des changements de régime.

Dans l’élaboration d’une société commune, l’ouvrage met aussi en évidence la formation d’une société féodale. L’enluminure ottonienne montre la naissance d’une société d’ordines consacrés à ceux qui combattent et ceux qui prient. L’article sur le Dimanche de Bouvines évoque les loyautés des chevaliers envers leurs suzerains tandis que deux articles évoquent la naissance d’une société courtoise dont les codes changent.

L’article de J.F Nieus sur « l’essor du tournoi chevaleresque et l’invention des armoiries » explique comment les transformations de l’idéal chevaleresque bouleversent les comportements sociaux et culturels de l’aristocratie européenne. Les modes de vie de la noblesse sont transformés : circuits de tournois organisés par les princes plus que par les rois induisant une nouvelle sociabilité, naissance des emblèmes héraldiques, littérature courtoise… L’analyse de l’adaptation du personnage de Perceval en Allemagne montre aussi le rôle de l’imaginaire symbolique de la chevalerie (combats et amitiés chevaleresques, place de la femme aimée).

Cette société qui s’urbanise est également marquée par l’éducation et les premières circulations estudiantines. Deux articles abordent ce point. Le premier évoque « les Allemands et Lorrains aux écoles de France » et montre comment s’élabore une sociabilité estudiantine. Jacques Verger y explique que les écoles étaient principalement sous le contrôle de l’église, dans les monastères et dans les palais. Progressivement, sous l’effet de la croissance urbaine, du développement de l’écrit, du dynamisme de la société, des centres urbains majeurs s’affirment comme Paris, Bologne, Oxford. Dans cette géographie universitaire, les échanges sont nombreux, les étudiants sont souvent itinérants mais on observe des rapports inégaux.

Les Allemands ont moins d’écoles et viennent davantage se former en France et aussi en Angleterre et en Italie. A l’inverse, peu de Français, d’Anglais, d’Italiens se sont rendus en Allemagne pour étudier. Un autre personnage, Jean de Salisbury incarne cette itinérance. On voit dans l’article précédemment cité qu’il a été longtemps formé en France, qu’il s’y est constitué un solide réseau d’amitiés. Cela lui a permis de se constituer un réseau d’informateurs qui ont donné beaucoup de valeurs à ses écrits. Cette formation en France lui a également permis de trouver un lieu d’accueil lors de son exil.

La rencontre des espaces de la France et de l’Allemagne

Le dernier grand axe de réflexion que porte l’ouvrage est celui sur la rencontre des espaces français et germaniques. Cette rencontre se fait surtout lors de grands évènements, de rencontres guerrières ou diplomatiques mais aussi s’incarne dans des personnages qui traversent les frontières ou qui fondent des dynasties. Certains lieux en deviennent alors des symboles.

Des évènements sont ici mis en avant pour symboliser la rencontre entre les espaces. Il est surtout question de rencontres diplomatiques et guerrières qui concernent les Grands, les rois. De fait, l’article qui porte sur « les faux semblants d’une rencontre au sommet – Mouzon et Yvois – 10-11 aout 1023 » montre les différents enjeux diplomatiques d’une rencontre entre Henri II et Robert le Pieux. On y voit l’importance de la Meuse comme lieu symbolique de la rencontre médiévale car frontière entre terre d’Empire et terre française. Patrick Corbet, l’auteur, montre qu’il y a une prééminence du royaume oriental dans le choix du lieu et de la date.  Dans la question du rapport de force diplomatique, les propositions émises par Jean de Salisbury deux siècles après à propos du choix du pape montrent que le royaume de France a toujours le choix du Pape qu’elle souhaite.

Les rencontres peuvent être aussi des affrontements plus ou moins directs. Deux évènements sont ici étudiés « une menace allemande contre Reims en 1124 » et « les Allemands à Bouvines en 1214 ». Le premier article rédigé par Gerhard Lubich raconte l’attaque allemande menée par Henri V en 1124 contre la France. Cette incursion jusqu’à Reims a été brève, l’empereur ayant dû faire demi-tour car des révoltes internes éclataient dans l’Empire. Il insiste sur le fait que cet évènement s’inscrit dans une configuration diplomatique européenne qui demeure jusqu’à Bouvines (une alliance allemande avec les rois anglais contre la France avec pour enjeu la Normandie) mais révèle aussi la distance qui s’est élargie entre les deux pays.

L’Empire germanique est alors en situation difficile, les princes travaillent pour eux et contre l’Empereur dans une situation de quasi guerre civile et de distance avec le pape tandis que la France consolide son royaume, a le soutien du pape et n’a qu’un problème, la Normandie. La perte de communication entre les deux espaces est alors flagrante. Ce conflit se retrouve également à Bouvines où l’article traite des relations avec les princes allemands et de la manière dont l’évènement est tourné à la faveur de Philippe Auguste.

Alors que les rencontres entre les deux pays témoignant de l’évolution des rapports de force diplomatique entre les deux pays sont mises en avant, les parcours de différents personnages à l’origine de dynastie ou de personnages faisant le lien entre les deux territoires sont étudiés en détail. Quatre se distinguent particulièrement : « le comte/ duc « Henri le Grand » fin VIIIème-milieu IX » étudié par Stéphane Lebecq, Gieslebert de Lotharingie dont « l’implacable portrait » est analysé par Jean-Louis Kupper et « Gerberge, une reine « allemande » de France » étudiée par Anne Marie Helvétius. Ces trois personnages sont des rois, reines, duc ayant réellement existé. Le dernier personnage est imaginaire, il s’agit du « forestier Lidéric ancêtre des comtes de Flandre » dont l’étude est menée par Jean Marie Moeglin.

Dans le cas d’Henri le Grand, Stéphane Lebecq évoque les exploits d’Henri dans ses combats contre les vikings sur le Rhin et sur la Seine à Paris où il meurt. Cependant il s’attache surtout à montrer l’importance généalogique de ce personnage pour les dynasties germaniques et françaises. En effet, par sa fille il est lui-même grand père de Henri Ier l’Oiseleur, roi de Germanie et membre de la dynastie des Ottoniens. Henri l’oiseleur est aussi le grand-père d’Hugues Capet. Le personnage de Lidéric en revanche est un personnage imaginaire inventée par deux monastères Saint Pierre de Gand et Saint Bertin de Saint Omer. Cette histoire est un instrument politique au service du Comte de Flandre et qui justifie la fondation du Comté de Flandre aux confins des espaces français et germaniques. J.M Moeglin montre comment cette histoire est recomposée, remodelée au fil du temps pour ne pas prêter d’allégeance trop forte ou à la France ou à l’Allemagne. Les espaces intermédiaires que sont les territoires issus de la Francie centrale revêtent une importance capitale.

La Lotharingie est en effet un lieu stratégique qui fait l’objet de convoitises et d’incessants jeux diplomatiques. On le voit bien dans l’étude menée sur le duc de Lotharingie Gieslebert qui ne cesse de changer de camp et de trahir, soit au profit de Henri l’oiseleur ou son fils Otton puis au service des carolingiens. Il prend part à une expédition contre l’empereur avec Louis IV et trouve la mort en se noyant dans le Rhin. Ce personnage est donc resté dans les mémoires comme le traître, il est comparé à Catilina et sa mort est interprétée comme une damnation. Sa femme Gerberge est ensuite étudiée et l’on peut voir dans son étude la place des femmes de l’aristocratie, le rôle des mariages dans la diplomatie, leur rôle en politique. En effet, après la mort de son mari Gieslebert, elle épouse Louis IV et prend le parti des Carolingiens (contre sa sœur Hadwige épouse d’Eudes et mère d’Hugues Capet). Elle assure la régence, mène des armées, les soldats lui prêtent serment, tente des réformes religieuses et gère ses domaines et abbayes.

C’est elle qui contribue à faire de Reims un lieu central pour le royaume de France. Mais l’attachement qu’elle et son fils Charles portent à la Lotharingie joue en la défaveur des Carolingiens. Les Allemands choisirent de soutenir Hugues Capet car celui-ci avait peu d’intérêt à cet espace et Otton, l’empereur, y accordait beaucoup d’importance. Ce qui frappe dans cet exemple c’est le fait que les deux sœurs allemandes du Premier empereur germanique ont épousé des princes français opposés et ont chacune tout tenté pour que leurs fils deviennent rois de France avec le soutien de leurs frères et neveu allemands.

Par la diversité des sujets abordés et par les réflexions qu’il permet de mener sur les sources de l’histoire européenne, sur l’élaboration d’une société commune et sur les lieux, moments et personnages qui favorisent la rencontre entre la France et l’Allemagne, cet ouvrage est passionnant et riche.

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/allemagne-et-france-au-coeur-du-moyen-age.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/03/france-allemagne.jpg 400 284
Le livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora https://clio-cr.clionautes.org/le-livre-des-9000-deportes-de-france-a-mittelbau-dora.html https://clio-cr.clionautes.org/le-livre-des-9000-deportes-de-france-a-mittelbau-dora.html#respond Thu, 04 Mar 2021 18:53:50 +0000 https://clio-cr.clionautes.org/?p=46178 Historien spécialiste des questions de répression et de déportation en France durant la Seconde Guerre mondiale, Laurent Thiery a soutenu en 2011 sa thèse, La répression allemande dans le Nord de la France, 1940-1944,  publiée en 2013 par les Presses universitaires du Septentrion à Villeneuve-d’Asq. Depuis 2013, il est également historien au Centre d’histoire et de mémoire La Coupole d’Helfaut-Wizernes dans le Nord-Pas-de-Calais, musée implanté dans le gigantesque bunker de béton construit par les nazis d’où devaient être tirées les V2, fusées stratosphériques qui auraient atteint Londres en cinq minutes. Il est aujourd’hui membre du comité scientifique de la Fondation de la Résistance et président du comité scientifique pour le projet de rénovation du Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne-Royallieu. Il est le directeur scientifique de cet exceptionnel ouvrage.

Un ouvrage scientifique, pédagogique et mémoriel fruit de 20 ans de recherches et de six années de travail collectif

Le livre est impressionnant : couverture cartonnée magnifiquement illustrée (quatre dessins réalisés par Léon Delabre, conservateur du musée des Beaux-Arts de Belfort, résistant déporté à Dora), plus de quatre kilos, près de 2500 pages, 3000 photos, 8971 notices biographiques qui font revivre tous ceux qui souffrirent dans l’enfer de Dora et dont la moitié y laissèrent leur vie. C’est un ouvrage scientifique, pédagogique et mémoriel. C’est un ouvrage d’une grande rigueur. Il s’agit du fruit du travail au long cours d’une équipe d’historiennes et d’historiens qui ont rédigé les notices, parfois longues et toujours vivantes et concrètes.

C’est maintenant la source possible d’études prosopographiques dont Laurent Thiery esquisse quelques-unes des pistes à la fin de son introduction. Il faut savoir gré aux Éditions du Cherche Midi d’avoir osé une telle entreprise. Les partenariats ont de surcroît permis qu’un exemplaire soit offert à chaque famille de ces presque 9000 déportés.

Après une préface d’Aurélie Filippetti (Professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, ancienne ministre de la Culture sous la présidence de François Hollande, dont le grand-père et le grand-oncle sont passés par Dora et morts en déportation), l’ouvrage propose un texte de présentation de l’Amicale Dora-Ellrich, de son implication dans la défense de la mémoire des déportés de Dora et de son rôle dans la genèse de ce dictionnaire, puis une solide introduction de Laurent Thiery, présentant à la fois la réalité historique du complexe concentrationnaire dont Dora était le centre, le projet scientifique du dictionnaire, les étapes et les modalités de sa réalisation.

Après les 2364 pages de notices biographiques, on trouve un glossaire/lexique, une liste des camps et lieux cités dans les notices, une liste des 40 camps annexes ou Kommandos de Mittelbau-Dora ou furent détenus les déportés de France, une carte du système concentrationnaire nazi, un index par département d’origine des déportés (en fonction du découpage en vigueur dans les années 1940), une bibliographie et la liste des 74 rédacteurs des notices biographiques.

La genèse et la réalisation du dictionnaire

En mai 1997, le Centre d’histoire et de mémoire de La Coupole était inauguré près de Saint-Omer (Pas-de-Calais). Cet immense souterrain avait été construit par l’Organisation Todt, entre septembre 1943 et l’été 1944, pour procéder au tir des fusées V2 sur l’Angleterre. Le dôme, qui donne son nom au musée, devait protéger le cœur de l’édifice. Le nouveau site culturel avait des objectifs pédagogiques et consacrait une part de sa thématique au camp de Dora dans une exposition, Images de Dora. Vers la même époque, André Sellier (ancien déporté de Dora) publia son Histoire du camp de Dora (La Découverte, 1998, 540 p.) L’exposition et le livre firent progresser la connaissance de Dora et l’Amicale Dora-Ellrich décida de réaliser un dictionnaire biographique des déportés de France à Dora. La direction scientifique en fut confiée à Yves Le Manner et André Sellier.

Un comité de parrainage composé de Pierre Sudreau, Geneviève Anthonioz-De Gaulle, Simone Veil et Stéphane Hessel vit le jour. Le projet fut relancé une première fois en 2005 quand parut le Livre Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression, à l’issue des travaux de recherche menés par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, et quand Laurent Thiery fut recruté par La Coupole et chargé de procéder au recensement des déportés de France à Dora, à l’aide de toutes les archives disponibles. Fin 2006, un premier bilan fait état du recensement de 8745 déportés.

Mais en octobre 2008, le projet est stoppé, faute de financement. Il est relancé en mars 2013, et la réalisation du dictionnaire biographique est alors programmée. Laurent Thiery est recruté comme historien à La Coupole, et chargé de la direction scientifique du projet. La parution du dictionnaire est programmée pour avril 2020, à l’occasion des 75 ans de la fin de Mittelbau-Dora et de la découverte du système concentrationnaire.

A partir de ce moment, se mit en place un comité des auteurs et des journées d’étude furent organisées. L’équipe des rédacteurs s’étoffa. Il fallut inventorier et exploiter les sources, recenser et enregistrer les parcours de déportés, contacter les familles de déportés, établir un cahier des charges à destination des auteurs, regroupant les informations qui devaient obligatoirement figurer dans les notices et la manière de les présenter. Les notices rédigées furent validées par des historiens spécialistes des questions de déportation et de répression, puis soumise à un comité de relecteurs.

La symbiose totale et infernale entre un camp de concentration et une usine

Mittelbau signifie « construction du centre », nom de code donné par les SS, à partir du 1er novembre1944, au dernier des camps de concentration nazis qui regroupe Dora, Ellrich, Harzungen et une quarantaine de Kommandos. L’étude en français la plus complète sur le camp est celle d’André Sellier, Histoire du camp de Dora, « Né du lien étroit tissé entre des scientifiques brillants comme Wernher von Braun et la SS, il est le théâtre des pires atrocités de la guerre afin de satisfaire les ambitions hégémoniques et conquérante du Reich nazi. » Un tiers des 60 000 détenus passés par ce camp, toutes nationalités confondues, entre août 1943 et avril 1945, n’a pas survécu, ce qui en fait un des camps de concentration les plus meurtriers.

Les recherches historiques ont montré que Von Braun (qui fut un héros américain de la conquête spatiale, l’ami de Kennedy, qui fit des films avec Walt Disney et la une de Paris Match) n’ignorait rien des conditions inhumaines infligées aux déportés de Dora pour produire la fusée V2. Il était entré au parti nazi en 1937 et avait un grade dans la SS.

Von Braun avait dirigé le centre de recherche et l’usine de Peenemünde qui assemblait les missiles balistiques V2 inventés par Von Braun, lancés à des milliers d’exemplaires sur Londres et Anvers. En août 1943, les Anglais bombardèrent le site, ce qui fit peser une menace sur la production des armes secrètes. Hitler décida de transférer cette production dans un site souterrain et protégé des bombardements. Il ordonna que la main d’œuvre soit exclusivement concentrationnaire et encadrée de civils allemands. Le choix pour implanter l’usine se porta sur un site souterrain de Thuringe, au cœur de l’Allemagne. Une entreprise avait commencé d’y creuser deux tunnels destinés au stockage d’hydrocarbures. La société Mittelwerk acheta des terrains pour installer un camp. Situé à 80 km de Buchenwald, ce dernier ferait office de réservoir de main d’œuvre. L’effectif du nouveau camp atteignait 12 000 hommes en janvier 1944.

Pendant la première période d’existence du camp, de septembre 1943 à avril 1944, des milliers de détenus furent hébergés en permanence dans les galeries dites « dortoirs » ou « clapiers » faites de simples châlits. Les travailleurs du Tunnel s’y succédaient par équipes de 12 heures et subissaient des conditions d’hygiène dramatiques, dans la poussière, le bruit infernal et les explosions, alors que le chantier était en perpétuelle activité. Il n’y avait aucun baraquement. 6000 détenus moururent pendant ces quelques mois : ce fut « l’enfer de Dora ».

L’usine Mittelwerk était immense. Les deux tunnels A et B, parallèles de près de 2 km de long, larges de 9 m et hauts de 7 m, étaient rejoints par 48 galeries transversales de 150 m de long. Les détenus étaient privés en permanence de la lumière du jour. Au pied de la colline furent érigés dans un second temps une soixantaine  de baraquements. Les détenus y logaient et étaient envoyés en Kommandos dans les tunnels pour 12 heures de travail, jour et nuit, sans jour de repos. Début juillet 1944, la production des bombes volantes V1 de toute l’Allemagne fut concentrée à Dora : ce fut l’usine Mittelwerk II. Le complexe continua de s’étendre. Ellrich et Harzungen furent après Dora les camps les plus importants, mais une trentaine d’autres chantiers virent aussi le jour. Les conditions de travail étaient partout aussi inhumaines.

« A la fin de l’été 1944, le camp de Dora était donc au centre d’un vaste complexe militaro industriel. »  Le 1er novembre 1944, naquit le 13ème et dernier camp de concentration nazi, celui de Mittelbau, par la réunion de Dora, Ellrich et Harzungen. Le camp abritait 33 000 détenus, qui ne passaient plus par Buchenwald et étaient directement immatriculés au nouveau camp. Des milliers d’hommes arrivèrent en janvier et février 1945, souvent dans un état physique épouvantable, quand ils n’étaient pas morts à l’arrivée. Fin février 1945, lors de l’évacuation du camp, il abritait 43 000 détenus. Dans des conditions dantesques, l’usine continuait de produire. L’évacuation par des « marches de la mort » vers les camps de Bergen-Belsen et Ravensbrück fut terrible.

8971 existences broyées

Laurent Thiery introduit ainsi l’ouvrage : « Près de 9000 hommes et 7 femmes originaires de France ont été immatriculés à Mittelbau-Dora entre 1943 et 1945. Autant d’histoires individuelles reconstituées aujourd’hui après deux décennies de recherche, de collecte d’informations, d’accumulation de documents et de données. Lancée en 1998, l’idée de réaliser un dictionnaire biographique des déportés français de Dora avait plusieurs objectifs. Il s’agissait dans un premier temps d’identifier, pour la première fois depuis la fin de la guerre, le nombre de déportés de France passés par ce camp aux caractères si spécifiques.

Reconstituer puis écrire l’histoire de chacun d’eux allaient non seulement permettre d’inscrire pour la postérité leur passage sur la terre et leur martyre, mais participait en outre d’un renouveau historiographique lancé à la fin des années 1980. En effet, l’approche prosopographique et l’étude systématique d’une cohorte cohérente d’individus servaient à combler les lacunes historiques nées principalement du manque et de la destruction des archives issues du système concentrationnaire (…) L’objet du dictionnaire portait enfin, une dimension transgénérationnelle destinée à faciliter la transmission de la connaissance de cette période vers des générations privées de témoins directs des faits ».

Approche prosopographique

« Ce dictionnaire est à considérer comme le reflet d’un état de la recherche à un temps donné ». Il a été choisi de retenir le complexe de Mittelbau-Dora « in extenso », tel qu’il apparaît en 1945, c’est-à-dire avec l’ensemble des 40 camps annexes et les Brigades mobiles. Au terme des recherches, 8971 déportés sont recensés. 4840 hommes (54%) sont morts. Ce bilan humain est dramatique et fait de Mittelbau-Dora l’un des camps de concentration les plus meurtriers du Reich nazi : le taux de retour est de 15 points inférieur à celui de la moyenne nationale. Au moins 682 étaient de nationalité étrangère, et originaires de 40 pays différents.

Ils sont de tous les âges et de tous les milieux sociaux ; un quart d’entre eux ont été arrêtés en tant que membres d’une organisation de résistance ; 12% pour tentative de franchissement d’une frontière (la frontière espagnole le plus souvent, pour rejoindre la France libre). Près de la moitié des déportés de Dora embarquent dans 8 convois partis du camp de Compiègne-Royallieu entre le 25 juin 1943 et le 27 janvier 1944, dans des conditions épouvantables : entassement, faim, soif, puanteur, extrême violence. Près de 500 déportés de Dora ont été classés dans la catégorie « NN » et embarqués dans une multitude de convois.

Un mémorial de papier

Laurent Thiery termine son introduction par ce paragraphe : « Pour la première fois, un mémorial de papier conçu à partir d’un programme de recherche lancé il y a plus de quinze ans réunit ces 9000 victimes de la barbarie nazie : depuis Abada Roger, résistant communiste immatriculé 11 7858 à Dora, jusqu’à Zyman Benjamin, membre de l’Organisation juive de combat, tous sans distinction face à l’arbitraire d’une période dramatique pour l’histoire de l’Europe. Le Livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora rend compte des souffrances terribles endurées par tous ces hommes. Il laisse une trace indélébile de leur parcours de vie et de leur parcours concentrationnaire. Il rend enfin justice à l’engagement et au combat mené par de nombreux déportés en faveur de la liberté, de la démocratie et après la guerre, de la construction de l’Europe. »

© Joël Drogland pour les Clionautes

]]>
https://clio-cr.clionautes.org/le-livre-des-9000-deportes-de-france-a-mittelbau-dora.html/feed 0 post_thumbnail https://clio-cr.clionautes.org/wp-content/uploads/cliotheque/2021/03/715prsxmul--ac-ul320-.jpg 400 284